Jeudi 26 août 2010
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On a beau ne pas se tenir au courant, ça fait toujours un énorme choc quand un artiste que vous appréciez meurt, surtout dans la
force de l'âge.
Kon Satoshi nous a quittés ce 24 août. Le cancer l'a emporté alors qu'il
allait sur ses 47 ans. Son nom n'est pas vraiment connu du grand public par chez nous, mais nombreux sont celles et ceux qui se souviennent de son premier film "Perfect Blue" sorti en 1998, salué
par la critique et le public amateur d'animation de qualité. Ce polar très sombre - une histoire de dédoublement et de traquage de starlette au milieu de crimes sanglants - était malgré tout
perfectible, comme tous les premiers longs-métrages ou presque - notamment dans l'animation. Perfectible mais inoubliable.
Les suivants ont, je le pense, atteint le statut d'oeuvre d'art. J'avais vu "Millenium Actress" ("Sennen Joyû") lors de mon premier
séjour au Japon en 2002, et avais été surpris du manque de spectateurs pour un jour de sortie. Excellent film que je vous conseille, malheureusement à peine distribué en salles ailleurs qu'au
Japon, mais trouvable assez facilement en DVD.
C'est surtout la géniale comédie "Tokyo Godfathers" qui m'a conforté dans l'idée que ce réalisateur était en train de devenir un
très grand réalisateur, plein d'idées et d'humour. Il était venu lui-même le présenter au festival des nouvelles images du Japon, fin 2003, et je me souviens comme si c'était hier de son émotion
toute contenue face à une salle comble et un public étranger mais conquis qu'il n'avait jamais réellement rencontré de cette façon.
Malheureusement toujours, un festival reste un festival et si mes souvenirs restent bons je ne crois pas non plus que le film soit
sorti sur les écrans français, en dehors de ce jour-là - le coffret DVD, sinon, a été plutôt soigné. Il s'agit d'un hommage appuyé aux comédies américaines, un western moderne et déglingué qui
garderait un solide ancrage au Japon, prenant place et action au beau milieu d'un milieu ( les sans-logis) trop peu dépeinte au cinéma.
En 2006, "Paprika", son dernier long-métrage en date, a fait plus ou moins un bide en France et cela m'a encore une fois beaucoup
peiné. L'histoire assez complexe était en fait une sorte d'"Inception" avant l'heure, en beaucoup plus barré. Mais l'ambiance, les couleurs et la musique en font aujourd'hui une oeuvre unique que
contrairement aux daubes de David Lynch les spectateurs n'ont pas voulu comprendre.
Il avait auparavant réalisé vers 2004 une série que je n'ai pas encore vue en entier, "Paranoia Agent" ("Môsô Dairinin"), mais qui
gardait d'emblée tous les délires de l'auteur comme marque de fabrique, avec beaucoup de réussite à ce que j'ai pu constater.
Toujours pour éviter de m'enflammer, je ne vais pas m'étendre sur cette disparition qui m'attriste énormément. Disons que cela fait
un moment que beaucoup de personnes, dont moi, se "préparent" à l'après-Miyazaki ou l'après Takahata, et c'est donc assurément, pour tous ceux - comme moi, donc - qui n'était pas assez à l'affût
de nouvelles de ce monde-là pour être au courant de la maladie de Kon, une très mauvaise surprise, et je pèse mes mots. Une grande perte pour le cinéma d'animation japonais, et mondial. Il avait
de quoi assurer la relève de tous les autres, comme Ôtomo et consorts. Il avait encore plein de choses à raconter. Il aurait dû encore avoir le temps de nous faire peur, rêver et/ou
rire.
Je ne répèterai donc jamais assez combien je suis triste. Et encore plus triste de bien avoir senti depuis longtemps combien ce
grand réalisateur n'a pas tout à fait eu la reconnaissance qu'il méritait. Ce genre de choses prend du temps. Ce simple temps que la vie ne lui a pas laissé.
Je suis triste, oui. Très triste. Affreusement triste.
ご冥福を祈ります
Qu'il puisse reposer en paix.
Et que ses films, eux, ne reposent pas au fond de placards poussiéreux.
(vidéo : extrait de Paprika)
edit 28/08/10 : bon, je viens de
chercher un peu de quoi réfuter ma thèse comme quoi les (derniers) films de Kon n'ont pas eu le succès qu'ils méritaient. Et la vérité est qu'à part les récompenses dans les festivals
internationaux, nombreuses, je voudrais vraiment qu'on me confirme le nombre d'entrées, que je crois faible, et que j'ai pu constater, je le répète, de mes yeux au Japon. Merci d'avance. de bien
vouloir participer.
Sinon, de fait, pour me laisser le
bénéfice du doute, j'ai ôté l'épithète "internationale" à "reconnaissance" dans le dernier paragraphe. En gros, selon moi, les festivals ne font pas tout, et les films ont très peu été distribués en
dehors de ces circuits, limitant par définition le succès commercial dont j'ai pu avoir quelques échos, et dont je doute un peu beaucoup, rien qu'à la vue des chiffres sur IMDB. Reste à connaître
les chiffres de vente des DVD.
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