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Mardi 30 avril 2013 2 30 /04 /Avr /2013 20:20

 

 

 

Battu par le vent sec je marche seul

jusqu'à atteindre le ciel de l'oubli

 

Je me perds dans mes pensées grises et belles

agacé de pas pouvoir effacer mes traces de pas

je me perds dans mes pensées vides et belles

avec ma rhapsodie intérieure comme seul soutien

 

Je me lamentais à me dire que ça n'aura jamais de fin

et je m'accroche à cette histoire fondue comme la glace

 

Alors sous le ciel de velours j'entends un chant une voix

je fuis mes drames pathétiques et j'entends ma voix

 

La pluie est froide, j'allume une cigarette

je fais comme si je n'étais pas touché par tout ça

je voudrais aller de l'avant mais impossible d'oublier

je m'accroche à cette histoire dans laquelle j'étais enfermé

 

Sous le ciel de velours j'entends un chant une voix

je fuis mes drames pathétiques et j'entends ma voix

dans le ciel de velours qui tourne à vide c'est une voix que j'entends

ce triste ciel éclatant c'est bien ma voix que j'entends

 

Il paraîtrait qu'il est facile d'abandonner

mais pas pour moi, je le sais, pas pour moi

je me débattais à me dire que ça n'aura jamais de fin

mais cette histoire inachevée, c'est la mienne, je la garde

 

Sous le ciel de velours j'entends un chant une voix

je fuis mes drames pathétiques et j'entends ma voix

dans le ciel de velours qui tourne à vide c'est une voix que j'entends

ce doux ciel triste c'est bien ma voix que j'entends

 

Je crois en moi, j'ai confiance en moi, j'ai confiance en ma vie

 

Sous le ciel de velours j'entends un chant une voix

je fuis mes drames pathétiques et j'entends ma voix

dans le ciel de velours qui tourne à vide c'est une voix que j'entends

ce triste ciel éclatant c'est bien ma voix que j'entends

 

que j'entends

j'entends ma voix

je l'entends

je l'entends

 

Battu par le vent sec je marche seul

jusqu'à atteindre le ciel de l'oubli

 

 

 

 

kawaita kaze ni fukare hitori kiri aruiteru
bôkyaku no sora e tadoritsukeru made

haiiro de kirei datta omoi o sagashiteru
ashiato kesenai kara iradachi kasaneta kedo
kûhaku de suteki datta omoi o sagashiteru
boku dake no rapusodî ga tegakari de

itsumo kurikaeshita dake to fusaide ita
kôri ga tokekitta ato no sutorî mune ni daite iru

dakara berubetto no sora no shita utau koe wa kikoeteru
detarame no daunâ kawashiteru boku no koe ga kikoeteru

tsumetai ame ga fureba tabako ni hi o tsukete
sukoshi dake heiki na yousu de iyou
iki isoide itai keredo wasurete nai
toriko ni natta toki kimeta sutorî kyô mo daite iru

dakara berubetto no sora no shita utau koe wa kikoeteru
detarame no daunâ kawashiteru boku no koe ga kikoeteru
kara mawaru berubetto no sora de kitto koe wa kikoeteru
azayaka de kanashii kono sora de boku no koe ga kikoete iru kara

dareka wa akirameru koto ga raku to itta
seihantaisa to kokoro de omotta
itsumo kurikaeshita dake to mayotta kedo
mikansei da toshite mo ii sutorî mune ni daite iru

dakara berubetto no sora no shita utau koe wa kikoeteru
detarame no daunâ kawashiteru boku no koe ga kikoeteru
kara mawaru berubetto no sora de kitto koe wa kikoeteru
yawaraka de kanashii kono sora de boku no koe ga kikoete iru kara

I believe me, I trust me, I believe my life

 

dakara velvet no sora no shita utau koe wa kikoeteru
detarame no downer kawashiteru boku no koe ga kikoeteru
kara mawaru berubetto no sora de kitto koe wa kikoeteru
azayaka de kanashii kono sora de boku no koe ga kikoete iru kara

 

kikoeteru

boku no koe ga kikoete iru kara

kikoeteru

kikoeteru

 

kawaita kaze ni fukare hitori kiri aruiteru
bôkyaku no sora e tadori tsukeru made

 

 

SADS : bôkyaku no sora (2000)

musique et paroles : Kiyoharu

transcription et traduction française : injektileur

 

 

Bonjour à toutes et à tous. Je sais pas si je suis d'humeur J-Pop, mais bon, j'avais dit que je traduirais des trucs. Désolé pour la qualité de la vidéo, c'est la seule que j'ai trouvée.

Portez-vous bien.

Par injektileur - Publié dans : traductions
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Vendredi 22 février 2013 5 22 /02 /Fév /2013 16:16

 

 

Un matin, le Père Noël est mort

et D'Addario Camaro* m'a donné

une autoroute, une mitrailleuse en sucre

la vague frontière a disparu

 

J'avais pas envie de tourner au tournant

alors j'ai lâché le volant

la comptine s'est déchirée en deux

et elle a fait pleuvoir

 

Si j'étais né sur une étoile d'hiver

est-ce que je ressemblerais à Sharon ?

des fois, j'y pense, vraiment, des fois

Hé Sharon, tout ce que je veux,

c'est cette température transparente

quand elle s'échappe de la lune

c'est tout, vraiment, c'est tout, Sharon

 

Le métro chante sa mélodie

personne la connaît, mais tant pis

y'a un lapin qui est mort de tristesse

et ça m'a même pas surpris

 

Si j'étais né sur une étoile d'hiver

est-ce que je ressemblerais à Sharon ?

des fois, j'y pense, vraiment, des fois

Hé Sharon, tu vois, du verre bleu dans son bec,

le corbeau rose qui vit dans le désert,

il s'envolera vers les tournesols, un jour, Sharon

 

Là, à tous les coups elle est partie à Parco**,

et elle a dû se trouver un décoloré avec qui coucher

parce qu'elle sait bien que le pays des merveilles

il existe nulle part dans ce monde

 

Si j'étais né sur une étoile d'hiver

est-ce que je ressemblerais à Sharon ?

des fois, j'y pense, vraiment, des fois

Hé Sharon, tout ce que je veux,

c'est cette température transparente

quand elle s'échappe de la lune

c'est tout, vraiment, c'est tout, Sharon

*D'Addario est une marque de cordes de guitare, Camaro un modèle de Chevrolet
**chaîne de centres commerciaux japonais

santa kurôsu ga shinda asa ni

dadario-kamaro ga kureta

kyandi-haiuei amai mashingan

bôdarain ga nijinde kieta

 

kâbu o magaritaku nakatta

handoru kara te o hanashita

komoriuta ga mapputatsu ni

hikisakarete ame furaseta

 

fuyu no hoshi ni umaretara

sharon mitai ni nareta ka na

toki doki omou yo toki doki

ne sharon tsuki kara nukedasu

tômei na ondo dake

hoshii yo sore dake sore dake

sharon

 

chikatetsu ga utau merodî

dare mo shiranai merodî

kanashii kara usagi wa shinda

sonna koto wa wakatteta no ni

 

fuyu no hoshi ni umaretara

sharon mitai ni nareta ka na

toki doki omou yo toki doki

ne, sharon sabaku de kurasu

pinku no karasu aoi garasu kuwaete

himawari e to yuku n darô sharon

 

ano ko wa kitto paruko ni demo

itte imagoro wa chapatsu to

nemutteru darô

wandârando wa

kono sekai ja nai tte koto o

shitteru kara

 

fuyu no hoshi ni umaretara

sharon mitai ni nareta ka na

toki doki omou yo toki doki

ne sharon tsuki kara nukedasu

tômei na ondo dake

hoshii yo sore dake

sore dake sharon


ROSSO : Sharon (2002)
musique : Rosso
paroles : Chiba Yûsuke
transcription et traduction française : injektileur

 

Bonjour à toutes et à tous. Ça fait un bail. J'espère que vous allez bien.

Les derniers gentils commentaires de Terra m'ont donné envie de me (re)mettre à quelque chose qui me trottait dans la tête depuis un moment : la transcription et la traduction de chansons japonaises que j'aime bien et qui ne sont pas trouvables ailleurs sur le net, encore moins en français. Français correct, s'entend. Celle-ci reste un classique que j'espère vous apprécierez.

Rosso est un groupe que j'ai découvert seulement en 2006, au moment de son dernier album et de sa séparation. Le chanteur Chiba Yûsuke a eu un groupe avant, Thee Michelle Gun Elephant, et joue depuis dans The Birthday. Je vous dirai pas que je suis fan de tout ce qu'il fait, mais franchement, il a une voix qui dépote, et il y a quelques chansons de Rosso, notamment celle-ci, qui valent le coup, et c'est pour ça que je voulais la partager avec vous.

Je chercherai d'autres choses sympa à transcrire et traduire, probablement encore de Rosso, une ou deux chansons avec des paroles cools.  N'hésitez pas à me faire des suggestions. Si ça me plaît, et tant qu'on ne les trouve pas déjà ailleurs - sauf en tant que vidéo youtube ou dailymotion, c'est plus pratique - je me débrouillerai pour faire ça au mieux.

Ça permettra aussi de faire vivre ce blog pendant que je continue de travailler sur mon roman.

 

Portez-vous bien toujours, et couvrez vous comme il faut en cet hiver qui caille sévère.

Par injektileur - Publié dans : traductions
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Mercredi 12 décembre 2012 3 12 /12 /Déc /2012 02:12

Ils sont loin d'être courants, on va dire qu'on en a douze par siècle et que malgré ma fascination pour eux je ne pourrais pas forcément me situer dans chacun. Le 12 décembre 2012 - j'écris cet article en avance - sera un jour tout à fait comme les autres a priori. Je ne parle pas de fin du monde, non, ni même de mariage comme le 7 juillet 2007 ou pire, des naissances programmées le même jour. Non. Le 12 décembre 2012 des enfants naîtront, peut-être programmés aussi, d'autres vieux et moins vieux mourront, les cycles se suivront et j'aimerais être en mesure de vous citer de tête l'extrait du sûtra du Lotus qui m'avait tant plus il y a de cela tant d'années, mais j'en suis incapable. Mes excuses.

Cela parlait des cycles de la souffrance asbolue qu'est la Vie sur cette Terre.

Je chercherai.

 

12 décembre 2012. Je me demande en vérité si les gens nés le 13 deviendront des frustrés, si ceux nés le 11 garderont toujours un train d'avance sur les événements qui jalonnent l'existence humaine et universelle et intersidérale. Ils auront en tout cas mon âge entre 2043 et 2044. Un peu trop tôt pour Wong Kar-Wai, oui. Inutile d'essayer de prédire ce que seront ces années, et pourtant c'est irrésistible nous le savons bien. J'aurais pour ma part 61, ou 62 ans, l'âge de mon père aujourd'hui, qui garde la santé, et j'en suis heureux, déjà pour lui, pour ma famille et nos proches, et aussi un peu pour moi, car si ce n'était pas le cas ma vie se transformerait techniquement en enfer.

Pourquoi parler maintenant de mon père ? Parce qu'à propos de ces dates charnières j'ai une anecdote amusante - je l'espère - à vous raconter.

Je l'ai déjà écrit plusieurs fois, je suis né le 10 septembre 1981, aux alentours de minuit vingt ou minuit et demi. Mon père m'a raconté qu'il aurait beaucoup aimé que je naisse plus tôt, le 9 septembre, car il est vrai que naître le 9/9/81, dernier jour carré du XXème siècle, aurait eu beaucoup plus d'allure. Malheureusement, le ciel en a voulu autrement, et j'ai beau avoir été expulsé du ventre de ma mère comme un boulet de canon - dixit elle-même - je suis tout simplement né trop tard pour être né quand il faut. Mon père a tenté de parlementer avec les infirmières, l'hôpital, mais rien n'y fit. Ils n'ont pas cédé. Peu importe que l'heure légale ne soit pas l'heure exacte du soleil et qu'à cette heure exacte du soleil je sois bien né le 9. Je suis né trop tard pour être né quand il faut, oui. Non seulement en pleine nuit, mais en retard sur une jolie date.

Mes premiers ennuis sont arrivés très vite après ça mais je ne suis pas là pour vous écrire mon autobiographie. Même son début.

Non, le 12 décembre 2012 je ne sais pas ce que je ferai, enfin si, j'en ai une petite idée. Je serai perdu en forêt pour mon plus grand plaisir et je laisserai le monde décider de la Vie et de la Mort à ma place. Je me réserverai la Nature.

Le 12 décembre 2012 est une jolie date, oui, assurément, et je suis, dans mon pessimisme sans égal, obligé d'avoir une pensée pour celles et ceux qui naîtront le lendemain.

Je prierai longuement et sincèrement pour qu'ils aient une vie plus belle, plus riche, plus épanouie que la mienne.

 

En 2043 j'espère bien que j'aurais fait mes adieux depuis longtemps. Trop de frustration, de haine, d'amour à sens unique vous liquéfient le cerveau. Croyez-moi. 2044, oui. Il se peut qu'on ait alors tous très chaud et très soif. C'est comme ça que je le vois. Je crois en la paix relative, mais quand les milliards d'humains à naître seront au bord de la déshydratation permanente, je crains que nous vivions la pire des guerres jamais imaginées.

 

2012, 2043, 1981. Pourquoi pas. Au Japon, un beau soir, au travail j'ai rencontré une jeune femme - j'étais moi-même jeune alors - née exactement ce même jour du 10 septembre 1981. Ça ne m'était jamais arrivé et ça ne m'est plus arrivé depuis. Elle ne m'avait pas l'air plus traumatisée que ça. À part le fait que je crois bien qu'elle servait d'escort girl à un homme plus âgé qu'elle. Mais ici j'extrapole.

 

Pendant longtemps, maintenant que j'y pense, j'ai cru être né le même jour que Dylan Klebold, l'un des deux tueurs de Columbine. C'est ce dont je me souvenais. Apparemment, non, il était du 11. Encore plus à la ramasse que moi, ça existe.

 

De toute façon, pour positiver un peu, rappelons-nous ensemble que le 9 septembre 1981 est mort cette vieille ordure de Jacques Lacan.

Finalement oui, ça a peut-être du bon d'être arrivé en retard. Tant qu'on ne me parle pas de réincarnation........


 

Bref, oublions tout ça et redevenons sérieux.

Ayez juste de ma part une pensée pour ces enfants du 13 décembre 2012. Merci. Et oubliez la fin du monde. Nous aurons soif bien avant qu'elle n'arrive.

Par injektileur - Publié dans : insanités
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Lundi 3 décembre 2012 1 03 /12 /Déc /2012 08:22

Keine Angst, qu'il a dit. Il m'a regardé, il a ri de mes yeux surpris et m'a dit : keine Angst.

J'ai beaucoup bu pour arriver jusqu'ici. Je suis passé par plusieurs stades, plusieurs points. J'ai pris des photos, des vidéos, j'ai marché, j'ai bu. Je me suis bouché les oreilles aussi, attaqué par le volume militaire en opération de la musique au Berghain. J'ai suivi des filles, j'ai marché, j'ai bu, j'ai un peu pris le train, le métro, le tram. Keine Angst, qu'il a dit. J'ai marché, oui, Dieu que j'ai marché.

Ne t'en fais pas pour moi, mon ami, non, je n'ai keine Angst. Le vocabulaire allemand j'en garde trop peu. Mais la peur, die Angst, je te le dis, écoute-moi bien, je sais, je sais bien, je ne l'ai pas. Je ne l'ai plus. Je suis bien entouré, mes heures sont comptées. Elles m'abandonneront comme les milliers avant elles. Elles oublieront comme les milliards d'après. Ne t'en fais pas pour moi, je n'ai keine Angst. Je me sens vieux et dépassé, mais je n'ai pas peur. L'expérience est rare, je la chéris. Je suis ralenti et paisible dans la douleur de ne jamais jouer dans ma ligue.

Keine Angst, qu'il a dit. Moi, je me laisse aller à la sérénité par la sérénité pour la sérénité. Non, je n'ai pas l'habitude. Je le concède. Et Non, non, je n'ai pas peur, c'est un fait réel, spontané, pernicieux dans ses excès. Souvent je mens, il est vrai, souvent je mens mais ici, sous la Terre, d'anciennes visions que je croyais oubliées s'offrent à moi en vestales blasées de leur sacerdoce.

 

Et les vestales me disent : Regarde-toi, regarde-toi, tu n'as pas peur, mais le feu s'éteint, le feu s'éteint et toi tu bois, tu ne fais que boire, boire et attendre platement celles qui n'existent pas. Nous non plus, nous n'avons pas peur, nous savons périr chastes ou impures, fouettées et brûlées vives, ou enterrées vivantes. Mais nous sommes fatiguées. Nous voulons avancer. Nous faisons corps avec toi pour te prévenir du danger qui vient tandis que tu fais semblant de ne pas nous écouter. Le feu s'éteint, oui, le feu s'éteint, et un jour tu souffriras autant que nous.

 

Keine Angst, qu'il a dit. Non, putain, non, je n'ai pas peur, je n'ai plus peur de rien, je n'ai survécu à rien et ne fais rien que traîner mes guêtres de place en place, de parcs en parcs et de sous-sol en sous-sol.

Keine Angst, je me rends compte, c'est le temps lui-même qui a coulé sous les ponts, dans les canaux, dans les torrents, dans les bouteilles qui crissent et les verres qui claquent. Nous nous hydratons tous au même liquide, oui. En tentant d'occulter le fait que du point le plus haut vers le point le plus bas il nous écrasera toujours.

Où que nous soyons nous trébuchons sur les mêmes aspérités de la vie, la vraie. Ici à  Berlin elles prennent une forme particulière. Quand à cinq, six heures du matin les jeunes descendent encore. Quand à sept heures on ne voit pas l'aube brumeuse succèder à la nuit brumeuse. Quand on ne se connaît pas et qu'on se dit tout. Quand les coordonnées s'échangent. Quand elles ne s'échangent pas. Quand nous rentrons seul.

Les codes ne changent pas, non. On vieillit, on meurt aussi parfois j'imagine, mais les codes ne changent pas. Ou si peu. Sans vraiment de subtilité, non. À chaque époque sa musique, son alcool, ses caves, son obscurité, ses drogues et sa baise. Mais à chaque époque aussi cette impression d'être en dehors de tout et de tout le monde. Cette impression de se tenir en triste spectateur permanent d'actes, d'images, de sons et de paroles plus ou moins inoubliables, riches, drôles, actées, datés.

Keine Angst, qu'il a dit, lui. Rien d'inoubliable, de riche, de drôle, d'acté ou de daté, il est vrai.

Sauf pour moi, je suppose.

Je n'ai keine Angst, non. Ma Pilsner à la main je suis assis à côté du vestiaire et je vois, je regarde, j'admire, je m'interroge, j'analyse, je rejette, j'envie, je gère, j'interagis avec le climat et les gens. Oui. Je ne connais pas la peur, en ce long instant précis elle est derrière moi.

Les vestales râlent de plus en plus fort, il se peut qu'elles finissent par m'abandonner à leur tour. Mais soudain apparaît sur ma gauche une jolie jeune fille qui me caresse la joue en prononçant mon nom. Elle s'est souvenue de mon nom. Les vestales, ébahies par tant de hardiesse, se calment rapidement.

Cela ne durera pas. Elle s'est souvenue de mon nom pour l'oublier dans l'heure, et les vestales riront alors à gorge déployée avant de reprendre leurs jérémiades.

 

Je n'ai keine Angst, cher ami anonyme, je te le confirme, je n'ai keine Angst. La musique se fait de plus en plus forte. Elle est bonne, corsée, décalée, fédératrice comme je les aime. Tellement forte, oui.

Je me mets à parler aux vestales de façon à ce qu'aucun humain ne puisse entendre. Je leur commente l'action, je leur décris les gens. Alors elles finissent par se taire. Je leur fais part de mes conclusions. Je leur rappelle mon âge, je leur rappelle où je suis, ce que je bois, combien j'ai bu, qui je viens de rencontrer, qui je voudrais rencontrer, qui je voudrais connaître, qui je voudrais revoir. Je les supplie de me laisser croire quelques minutes encore que je reverrai ce monde-là. Et surtout je les enjoins à ne pas céder à la peur.

Cette peur irraisonnée de regarder la vie passer devant vous, sans même sentir une seule seconde l'envie de l'attraper par le bras et lui dire de ne pas filer trop loin trop vite. De ne pas vous abandonner. De ne pas vous rater. De vous laisser une chance.

La peur cristallisée de comprendre à quel point la vie ne fera que vous passer la main sur le visage.

La peur réelle qui surgit comme une lame de fond quand vous comprenez qu'elle s'est souvenue de votre nom et qu'elle n'en fera rien de plus.

 

Keine Angst, qu'il a dit.

 

Non, je n'ai pas peur, non. Mais certains matins gris enfin au milieu du silence de la ville et des vestales qui hurlent, je me demande quand j'arrêterai d'être terrifié par les liquides sous les ponts.

Par injektileur - Publié dans : villes et veaux par monts
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Lundi 19 novembre 2012 1 19 /11 /Nov /2012 04:44

Ces derniers temps, j'avoue, je vais moins au cinéma, ce qui me permet de m'arrêter et de vous parler rapidement de la dernière horreur que je viens de voir hier : Après Mai, d'Olivier Assayas.

De lui, j'avais vu Demonlover, Clean et Boarding Gate qui chacun dans leur genre m'avaient poliment fait chier, mais j'arrivais à admettre que cela puisse plaire à une certaine frange de la population de critiques bien parisiens et de spectateurs se sentant obligés d'aimer. Non, je suis sévère, ces films avaient au moins certaines qualités esthétiques.

Et celui-ci ne déroge pas vraiment à la règle.

On est avant tout dans du "cinémaaa français" tiqueux fémisseux, donc c'est forcément autobiographique autofictionnel prétentieux.

1971, Paris, et les manifestations lycéennes réprimées dans la violence. Le film commence bien, assez dur. La suite immédiate n'est pas mal non plus, on suit le héros et ses copains dans leur besoin de se rebeller face au système. Ils vont loin mais pourquoi pas. C'est l'époque où être de gauche pouvait encore, à la limite, signifier quelque chose. Intéressant, au moins du point de vue documentaire. Surtout qu'évidemment, les jeunes personnages ne sont pas de gauche, mais plutôt anarcho-communistes. Et qu'au final on voit bien qu'ils ne savent pas à quel saint politique se vouer. Et c'est tant mieux, et c'est assurément là-dessus qu'Assayas aurait dû faire tourner son film. La photo est jolie, et la musique est à l'avenant, très bien choisie, et elle le restera tout au long des 2 heures que dure cet interminable machin. Quelle chance.

Et le machin a eu le prix du meilleur scénario à Venise. Ça peut objectivement se concevoir. Pour quiconque aime l'histoire - et j'en fais partie - il pourrait y avoir un très grand intérêt à se pencher sur ces années particulières de notre histoire. Juste avant la Crise.

Malheureusement, très très vite s'installe un très très grand malaise qui devient très très vite insupportable lorsqu'on se rend compte que tout le monde fait semblant de pas le voir.

En quelques mots clairs, c'est horriblement, douloureusement mal joué. Plus que ça. C'est à se tirer une balle tellement les acteurs sont mauvais, et qu'il n'y en a pas un pour rattraper l'autre. C'est à se tirer une balle d'imaginer un cinéaste, avec une telle expérience, se satisfaire d'une telle immondice de casting. Alors, énervé, très énervé, on revient chez soi, et en quelques clics on apprend que la majorité des acteurs sont débutants... Et alors ? Ça justifie tout ? Ça justifie les dialogues inaudibles, plats, inconsistants ? Ça justifie la mono-expression commune à tous les gamins ? Ça excuse l'absence totale d'émotion ?

Non, évidemment non, et ça met potentiellement en colère de voir des journaux - toujours les mêmes - porter aux nues un tel ridicule.

Mention toute spéciale à Carole Combes, la première amoureuse du héros. J'avais pas vu pire jeu depuis... depuis... Ah. En fait non, j'ai jamais vu pire dans un film qui se veut haut de gamme. C'est assez difficile à décrire, et très facile à imaginer. Une sorte de fille sans intérêt, sans étincelle dans les yeux, a priori - je dis bien a priori - jolie. C'est important à noter, parce que le héros est amoureux d'elle et qu'on a beau tourner le truc dans tous les sens, on se demande vraiment bien pourquoi. Elle balance ses répliques et se tient dans son rôle d'une manière tellement plate que même la Belgique prendrait peur. Et encore, plat, quand on comprend ce qu'elle dit.

Elle garde un regard vide que parfois j'ai pu retrouver chez certains chiens que j'ai croisés dans ma vie. Une diction si inodore, incolore, sans saveur qu'une page du Journal Officiel passerait pour du Ronsard. Mais je ne veux insulter ni Ronsard ni le Journal Officiel.

Bref, une horreur absolue qui pourrit le film presque de bout en bout.

Aucun humour, aucune fantaisie. Les gamins sont censés avoir moins de 20 ans. Le réalisateur semble penser que déshabiller les filles fera passer la pilule. Mais je me suis déçu. Oui. Parce que non, la pilule est pas passée chez moi, du tout. Normalement, je suis un mec basique, binaire, stupide, content dès qu'il voit des boobs, mais là...

Les filles - on va les réduire au nombre de trois - sont tellement ternes qu'elles en deviennent laides. Je peux à la rigueur épargner - un peu - Lola Créton, mais les autres...

Outre la Jane Birkin de supermarché que j'ai citée au-dessus, on a aussi une Américaine, Leslie, interprétée par on s'en fout désolé une rousse, et là... j'avoue je répète, je suis basique, con, binaire, une rousse à l'écran aurait dû m'intéresser, mieux, m'émoustiller, mais après deux minutes...

Dieu qu'elle n'a aucun intérêt. Dieu qu'elle ressemble à un cocker malade. Dieu que son personnage me donne envie de courir dans la direction opposée. Dieu, ô mon Dieu dites-moi ce que j'ai fait pour mériter une telle torture cinématographique. J'ai péché par prétention ? Par naïveté ? Par snobisme ? J'ai cru que le cinémaaa français pourrait m'émouvoir, m'apprendre quelque chose d'utile ?

 

Attendez, attendez, le plus marrant c'est que certains spectateurs allocinéens osent écrire noir sur blanc "félicitations aux jeunes acteurs, tous formidables".
Je les soupçonne de venir directement de la boîte de prod, voire d'être leurs agents. Franchement.

Je vais passer rapidement sur les garçons, ce serait mauvais pour mon cholestérol. Vous avez un roux - encore - avec une énorme touffe sur la tête. Censé être un activiste exalté. Il aurait pu, il aurait dû être beau, touchant, amusant, irritant. Un jeune quoi. Il est juste pathétique d'ennui.

Le héros ? Quel héros ? Ah oui, le gamin à la mèche dont le seul mot d'ordre est de faire semblant de s'impliquer puis de laisser tomber ? Alors c'est un anti-héros ? Mais attendez, attendez, un anti-héros, c'est toujours un peu drôle, en général, non ? Non ?

 

Assayas, franchement, de mon côté, je sais, je suis irrécupérable, on me dit souvent que je suis né vieux, mais vous, vous, avez-vous déjà été vraiment jeune ? La jeunesse, oui, vous savez, quand on rit, sourit, pleure, crie, VIT quoi...

Les années 70 ? Où ça ? Dites-moi où !

La révolution ? Vous croyez que vos personnages sont crédibles dans leur envie de faire la révolution ?

Le cinéma, c'est un art vivant. Pas seulement des lignes de mauvais dialogues à sortir les unes à la suite des autres comme si on pointait à l'usine. Le cinéma et les acteurs sont là justement, normalement, parce qu'ils ne veulent pas pointer à l'usine. Vos jeunes sont aussi tristes qu'un Noël passé seul.

Sans même parler du fait que les personnages qu'incarnent ces acteurs sont pour la plupart censés interpréter des artistes ? C'est une blague ? C'est ça, un artiste ? Vous étiez comme ça à 18 ans ? Mon Dieu.

 

J'irai pas sur le chemin de la sobriété des acteurs, du naturalisme. Il y a des milliers d'exemples bien meilleurs que ce salmigondis indigeste et mal maîtrisé d'idées démodées posées à la va vite sur de la bonne musique. Le naturalisme, si je le veux, je vais le chercher chez les frères Dardenne, par exemple, et je le trouverai. Des débutants ? Émilie Dequenne aussi était débutante, et ça avait une autre allure, vraiment...

 

Non, franchement, ce film est intenable sur la durée. On se fait chier, mais en s'énervant, méchamment. Pas la moindre note d'humour. Pas le moindre éclair d'émotion. Je ne plaisante pas. J'en tiens pour preuve cette scène de soirée où le héros s'en va sans dire au revoir à son Amoureuse et qu'elle le cherche. Rien qu'à y repenser, je me dis qu'il faut mieux en rire qu'en pleurer. Il y a même un incendie qui va l'obliger, elle, à sauter par la fenêtre. Et à se tuer. Là, vous comprendrez bien que n'importe quelle actrice cherchera, même sans dialogue, à insuffler un minimum d'inquiétude, de tristesse, d'interrogation, puis de désespoir, de peur, de fatalisme dans l'attitude, dans le regard. Mais non. C'est du cinémaaa français et Carole Combes nous gratifie tout le long de sa grande scène de sortie d'une magnifique gueule inerte de mannequin sur un podium. À part ridicule, pathétique, lamentable, je crains manquer d'adjectifs pour finir cet article, qu'il se peut que je modifie par la suite pour y rajouter de mon fiel de chômeur frustré.


Mais après tout, puisque les critiques sont dithyrambiques, voyez-le, ce film, et pensez à ce que je viens d'écrire, peut-être.

 

Je n'aurai de cesse de m'insurger contre ce cinéma-là. Mal joué, prétentieux, péremptoire. Je n'aurai de cesse de cracher sur Despleschin, Rohmer, Godard et sur celles et ceux qui me crachent dessus parce "qu'ils ont lu les Cahiers" et qu'ils savent mieux que les autres ce qui est bon, et vrai.

J'essaierai plutôt de vanter les mérites - même s'ils en ont pas besoin - des gens comme Jacques Audiard, Kervern et Delépine, qui voient les choses différemment, en matière de vérité à l'écran.

Même François Ozon. Je crois que je serai en mesure d'apprécier les films de François Ozon. Mais c'est certain je ne cautionnerai plus Assayas.

 

C'est juste que des fois, le cinéma français me sort par les trous de nez.

Un jour, promis, j'essaierai de vous parler d'un film de chez nous qui m'a plu.

 

L'exemple typique de ce "Après Mai" me déprime pas mal, j'en suis désolé. Surtout quand on le met, par exemple, en face du film de Ben Affleck, Argo, que j'ai vu juste avant.

Oui, allez plutôt voir Argo. C'est drôle, prenant, instructif, historique, romancé, plein de tension. Biaisé certes, mais BIEN JOUÉ. Bref, Américain dans le bon sens du terme. C'est tout simplement ce que j'appelle du cinéma.

Allez sinon voir la Chasse, de Vinterberg. C'est pas très fin, des fois pesant, énervant, attendu, à la limite du Lars von Trier - beurk - mais BIEN JOUÉ. C'est tout.

 

Je sens qu'il se peut que je regrette un jour ces derniers conseils. Mais ils sont le fruit du moment, de l'instant. Vinterberg, lourd, oui, même Vinterberg, plutôt qu'Olivier Assayas, prétentieux, lent, raté. Parce que 1971 a forcément dû être plus fun que ça. Juste avant la fin des 30 glorieuses, et notre arrivée à nous, les chanceux, les enfants de la Crise. C'est pas possible autrement.

Par injektileur - Publié dans : titkroniks
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