Mardi 8 novembre 2011 2 08 /11 /Nov /2011 05:55

Juste derrière nous la grande histoire éructe. Elle commençait alors à finir de se réinventer en vain. Et la petite a bon dos. Et la personnelle ne sait s'éclipser. Les études, relectures, discours, thèses, articles détaillés, coupures de journaux, bouts de chiffons et gommes tailladées sont formels. 1996 ne se tient pas.
Elle semble coupée de 1990-1995 dans le sens de la longeur.

1996 ne se tient pas et il n'y a aucune logique à cela. Aucune logique sinon une barre sur un front moite apparue le long de la première moitié de la décennie.
Rechercher aujourd'hui des significations cachées à ce qui en avait si peu à l'époque n'a plus ou moins aucun intérêt. Parce que 1996 ne se tient pas. Personnellement, régionalement, nationalement et internationalement. Artistiquement - quoique - et politiquement. Scientifiquement et socialement. Humainement.
Vérifions rapidement.
Année internationale pour l'élimination de la pauvreté. Rien que ça. L'Amérique riche. L'Europe dans l'illusion pleine. Le Japon d'un coup au fond du gouffre, déjà. La Chine tiers-mondiste seulement.
En France au début un vieux voleur menteur cancéreux finit ses jours tel qu'il l'avait rêvé. Sans succession. Genre après moi le déluge. Et à la fin nous avons un attentat. Genre blasé après les exactions de l'année précédente.

C'est aussi en littérature l'année de la mort d'une vielle peau - groupie du précédent - sur la tombe de laquelle on nous demande de nous incliner.

Un bon cru cinématographique peut-être, avec - chez nous - "Casino", "Seven", "Mission Impossible", "Trainspotting", "Toy Story"...

et "Independence Day"

1996 ne se tient pas.

Je me souviens avoir aimé "Disjoncté". Le film a-t-il bien vieilli ?

 

1996 ne se tient pas, parce que l'ensemble de ce qui a suivi n'a fait qu'appuyer les élans désespérés d'une nouvelle génération gâchée qui ne pouvait alors qu'à peine utiliser internet pour les messageries instantanées, avec ce son caractéristique de la porteuse qu'on entendait dans un modem 28,8 au moment de la connexion.
1996 ne se tient pas, parce qu'à l'époque ce son homonymait le futur.

Le jeu vidéo quant à lui, ou du moins une certaine idée du jeu vidéo, parvenait lentement mais sûrement à son apogée.
1996 est à l'image de la Sega Saturn et de ses deux processeurs centraux. Bancale, complexe et perdante d'avance. Bien que culte. En y réfléchissant bien. Au final. A posteriori. Peut-être. En en appelant à la nostalgie la plus basse de plafond. On peut supposer. Culte, oui, admettons. Au moins pour la génération citée au dessus.

Certes, la contradiction est très facile à apporter : 1896 1976 1986 ou 1997 et les autres auraient-elles un sens, elles ? Non, peu probable. Voire pas envisageable. Pourtant, avec l'apparition des premières rides sur les visages déjà fatigués, les questionnements changent, évoluent. Puis laissent place à des affirmations désagréablement lancinantes.

1996 ne se tient pas. Et elle ne tient pas à se tenir. Elle tient seulement à son goût âcre. Elle irradie des vies poussives comme on balise des fonds marins. Elle obture à l'envi des pans entiers d'âmes mêlées pour s'ouvrir d'un coup et aveugler sans ambages ce qui nous restait de souvenirs paisibles et sereins. Devenue sableuse, elle glisse entre les doigts de la mémoire sélective et se répand sur le sol en un commandement limpide impressionnant un négatif dépassé par la technique. Un simple mot phosphorescent.

Oublie.

Oublie le mauvais comme le bon, parce que l'amalgame empoisonne.

 

 

 

1996 ne se tient pas.

Par injektileur - Publié dans : divagations
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Samedi 5 novembre 2011 6 05 /11 /Nov /2011 04:44

(la suite de ça)

 

 

Novembre entre dans la place. Plus qu'aucune autre, elle est blasée plutôt qu'en colère. Le bordel apparaît innommable.

D'une voix forte et suffisamment assurée, elle appelle.

 

N : Octobre ! Octobre ! T'es où ? Qu'est-ce que tu fous ?

O : (entre dans la pièce à 2 à l'heure. Yeux cul de poule, cheveux Waterloo, habillée d'un simple bas de pyjama, assez sexy mais un peu sale) Ouais, ouais, j'arrive, j'arrive, crie pas, steuplaît.

N : Tu te moques de moi ? T'as vu l'heure ?

O : (se gratte le sein droit) euh, non... mais tu vas me le dire (baille)

N : Il est exactement 15h43 !

O : Ah weh, quand même...

N : T'as fait quoi exactement, depuis ta prise de poste ?

O : (elle essaye de réfléchir) Bah, pas grand-chose, j'imagine ?

N : Tu peux préciser? J'ai pas très envie de crier, mais ça m'intéresse quand même ! (en fait, si, elle commence déjà à hausser la voix...)

O : S'il te plaît, pas trop fort. On a vachement arrosé le passage à l'heure d'hiver, depuis la semaine dernière, j'ai un mal de crâne à se couper le bras pour penser à autre chose.

N : (soupire) Arrosé ? Avec qui ?

O : Bah, avec Juillet et Août, au début. Elles s'étaient engueulées, toutes les deux, beaucoup, et s'en voulaient d'avoir laissé au final tout le rangement et le boulot à faire à Septembre, qui avait aucune envie de travailler non plus... Alors elles sont repassées à l'appart, parce qu'elles voulaient se faire pardonner.

N : Septembre était là aussi ?

O : Non, pas au début. Mais on l'a pas attendue et les apéritifs sont tombés très vite.

N : Je veux pas savoir, c'était la semaine dernière, t'avais eu tout le temps avant, pour faire le ménage !

O : Bah, je sais, je sais, j'étais pleine de bonne volonté, je te jure. Je me suis dit que ça pouvait bien être à mon tour de faire un effort. Mais qu'est-ce que tu veux, j'ai perdu le fil. J'ai commencé à jouer à l'ordinateur, à mater la télé. Et pis, tu sais qu'on se sent seule, ici, alors j'ai cherché un peu de compagnie. Et je suis tombée sur un mec du calendrier lunaire...

N : (stupéfaite) Là, je suis sans voix

O : (explique) faut pas, faut pas. On a fait ça dans les règles de l'art. On a appris à se connaître, et on a vite enchaîné avec les cochonneries.

N : (moue dégoûtée) je veux pas savoir...

O : (sourire épanouie) en tout cas c'est vraiment un bon coup, et il est adorable. Le seul problème est qu'on a dû mal à accorder nos emplois du temps...

N : (sarcastique) Je suis bien désolée pour toi

O : (explique toujours) faut pas faut pas, je suis sûre qu'on trouvera un moyen.

N : Laisse tomber. Le prends pas mal, mais là, tes histoires de cul, je m'en fous royal. On a surtout une coloc à faire tourner. Septembre, elle a fait quoi, alors ?

O : (se gratte le ventre, le temps de remettre ses idées en place ) Bah, Septembre, elle est arrivée après la dégustation des vins... Le mal était déjà fait, je te le dis, moi. Mais elle a une descente d'enfer donc on a bien bien rigolé jusqu'à hier soir où je crois qu'Août a manqué de peu le coma éthylique. Juillet l'a ramenée, genre transportée à la gare, et elles sont finalement parties toutes les deux. Je t'avoue que je sais pas trop vers où ; j'étais bien torchée aussi (elle gémit et porte les mains à ses tempes)

N : (ton réprobateur) Franchement, vous avez quel âge ?

O : (arrangeante) Bah, une année de temps en temps ça fait de mal à personne...

N : Si, à moi, déjà, maintenant, et à nous toutes. Ce bordel va pas pouvoir s'accumuler très longtemps. Il va vraiment falloir agir...

O : (montre la caméra) Bah, l'autre con, derrière l'écran, là, il dit qu'il manque d'idées, qu'il est fatigué...

N : (décisive) On s'en fout, il fera ce qu'on lui dit de faire, c'est lui qui nous obéit, pas l'inverse !

O : D'accord, d'accord, tant mieux, mais par pitié, arrête de crier, s'il te plaît !

N : Et va pas croire que je ne vais pas te punir après avoir entendu et constaté ta conduite, vos conduites inqualifiables, à toutes les trois !

O : (inquiète) ah ? Et ce sera... quel genre de punition ?

N : Les Guns'n Roses, mon heure de gloire, avec plein de solos de guitare ! (sadique)

O : NAAAONNNN, PITIÉÉÉÉ !

 

 

 

 

 

(T : yep, et en plus il pleut vraiment au moment où je mets en ligne. Si ça c'est pas la classe, alors dites-moi ce qu'est la classe...)

Par injektileur - Publié dans : calendes drillées
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Samedi 29 octobre 2011 6 29 /10 /Oct /2011 01:21

Les peurs tangibles. Ou encore la paranoïa justifiée. Vous connaissez ? Vous voyez vers où nous nous dirigeons ? Peut-être pas.

Et peut-être avez-vous raison. Peut-être que les signes trompent, que les affichettes trompent, les unes avant les autres, et les autres après d'autres autres.

Mais la défiance malsaine ne s'émeut pas du passif de chacun, et elle n'a aucun besoin particulier de s'exprimer sur la chose.

Elle juge et elle sait. Elle appauvrit et humilie. Elle camisole et enferme.

Voyez les affichettes. Comptez-les. Et imaginez, multipliez au hasard par les histoires réelles de début de la fin.

 

Celles et ceux qui doivent boire boiront quoi qu'il arrive.

Et celles et ceux qui ont les moyens de manger n'y entendront jamais rien.

 

 

 

 

 

 

(music unrelated, comme on dit)

Par injektileur - Publié dans : poyézie ou presque
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Jeudi 13 octobre 2011 4 13 /10 /Oct /2011 05:55

Imaginons que nous soyons des pigeons, le temps d'une journée.

Parfois un instant précis peut revêtir une importance tellement primordiale qu'il en devient un monde infini, et tout ce qui se trouve à l'extérieur de cet instant, les lieux passés et futurs, devient le folklore de ce monde.

Imaginons que tous les deux nous survolions le Királyi-palota et que nous puissions le voir comme le voient ces pigeons. Une magnifique culture des points de vue divergents, comme les anges-ânes au-dessus de la ville.

Mais même dans ce monde de l'instant infini nous ne pouvons choisir la plume de notre oiseau ; le pigeon se rêve oie, et l'âne se rêve pigeon, et ainsi de suite.

 

Le fait est que tandis que notre monde éclot au creux d'une seconde, un des pigeons se noie fasciné dans un tourbillon d'amour et d'euphorie des possibles, là où un autre vit sa vie d'être inférieur honteux de larguer sa merde depuis le ciel, résigné à n'être que le foutu nuisible dépeint par ceux sur qui elle tombe.

 

Au bout du compte, malgré la rapidité avec laquelle notre monde éclot, notre monde est discordant, et nos pigeons sont blessés, et nous mourrons comme meurt notre monde, et notre espèce disparaît.

 

Si seulement nous pouvions nous tuer encore et encore jusqu'à ce que ça s'arrange.

 

De la même façon que tout un genre musical peut naître de dix secondes d'une suite de syncopes accélérées, un orchestre symphonique entier peut se retrouver à l'unisson et créer cet instant parfait, et ainsi chaque instant peut donner naissance à un monde complètement nouveau, et chaque monde peut abriter l'instant parfait, et quand bien même ces syncopes seraient trop syncopée pour qu'on puisse les identifier, l'orchestre saurait alors s'adapter et engendrer un barrage dissonant d'une tristesse colossale, pour que l'instant désintègre le monde et que le monde étouffe l'instant sous son poids.

 

Ces chants sont des chants d'amour et de chagrin.

 

 

 

(Ceci n'est pas de moi. Il s'agit d'une traduction que j'ai faite du texte qu'a écrit Aaron Funk - Venetian Snares dans le livret de cet album que j'aime tant et dont je vous ai souvent parlé. Merci d'ailleurs à Pierre-A qui vient de me l'offrir. Ca m'a pris comme d'habitude trop de temps, mais ça me permet de ne pas faire d'erreurs, a priori. Királyi-palota est l'un des noms du château de Buda, en Hongrie. Je ne sais en revanche pas de quoi il parle avec ces "anges-ânes". J'ai aussi traduit "breakbeat" par "syncope".)

(Et pour souvenir)

Par injektileur - Publié dans : traductions
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Jeudi 6 octobre 2011 4 06 /10 /Oct /2011 05:25

Ne vous méprenez pas je consomme aussi. Malheureusement. Mais si "changer le monde" c'est retrouver tous les hipsters et moins hipsters du monde entier avec les mêmes jouets hors de prix dans les mains - et se les faire voler, agression en option - ou sur leur bureau alors très peu pour moi. La mort d'un homme n'est jamais quelque chose de gai, surtout lorsqu'elle si longue et douloureuse. Mais personnellement, je ne pleurerai pas.

Je ne pleure jamais les hommes d'affaires, c'est contre ma religion. Je ne pleure jamais les vendeurs de rêve écran-tactilé, les entrepreneurs des "things to get", des "places to be". Peu importe leur réussite je ne pleure jamais ceux qui font fabriquer en Chine. Je ne pleure jamais ceux qui privilégient l'emballage au contenu. Je ne pleure jamais ceux qui créent des besoins en laissant croire qu'ils existaient déjà. Je ne pleure jamais ceux qui avec contrepartie créent et creusent les différences sociales à l'aide de pathétiques objets de désir soutenus par des pubs insupportables.

 

Oui, la technologie derrière tout ça est formidable, extraordinaire. Je le sais, je m'en rends compte et ça me suffit. A la limite je m'en fous. Ce que je vois et méprise - bien malgré moi - ce sont les soi-disant "communautés" qui gravitent autour de ces graals modernes.


Mais non, je ne pleure jamais ceux qui se déifient eux-même, ceux qui se créent un personnage.

Je ne pleure jamais les hommes et les femmes d'argent. Car c'est tout ce qu'ils sont, aux origines.

Désolé.

 

On me rétorquera que ces personnes-là ont toujours existé. On me rétorquera que si j'avais pu écrire exactement la même chose il y a 80 ans à la mort de Thomas Edison je l'aurais fait. Peut-être. Tant pis pour moi. Je ne pleurerai pas. Et ce, malgré les chefs-d'oeuvre des studios Pixar, par exemple.

J'abrégerai, même, je bâclerai pour m'éviter de revenir là-dessus dans quelques jours, ulcéré par le battage médiatique prévisible que nous allons tous subir, notamment sur la Toile.

Désolé.

Par injektileur - Publié dans : gueulantes
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