une zik une humeur

Mercredi 22 décembre 2010 3 22 /12 /Déc /2010 22:08

 

 

 

Parce que quand les travers se croisent trop souvent il vous reste toujours quelques sons qui vous dissolvent comme si l'acide pouvait être bénéfique. Combien y a-t-il d'ondes de cette sorte, qui vous relèvent comme personne n'a jamais su vous relever, qui vous sauvent de justesse à chaque fois que vous criez à l'aide ? Le clavecin règne sur cette jungle moderne qu'est notre petit monde, en maître partial et fidèle. Partial parce qu'il rejette celles et ceux qui ne s'agenouillent pas devant lui. Fidèle parce qu'il ne sait pas trahir ses sujets, alors que vous-même êtes et resterez un de ses plus fidèles sujets. Le clavecin est  à la fois l'arithmétique et la science physique, chimique, les lettres et la poésie, la comédie comme le drame, l'intime ou l'intériorisation comme le grandiose le plus exacerbé.

Il est né alpha exactement là où le piano devient l'omega.

En tant que panacée sensorielle ses propriétés curatives devront être mises en avant, efficaces contre les milliers de cancers de l'âme qui pourrissent l'existence. Sans aucune prétention ou nonchalance il fait son office, et débarrasse celles et ceux qui en besoin de tout l'énorme paquet d'immondices qui leur recouvre les épaules. Et il ne finira pas, puisque les cils auditifs qu'il convoque gardent gravés sur eux la présence de ses cliquetis reconnaissables entre des millions.

Le clavecin est humble, parce que grâce à son plus grand mécène il sait pertinemment qu'il a tout inventé avant tout le monde, le clavecin sait avoir son groove, le jazz, le rock le plus dru réside déjà, de façon la plus indélébile dans ces paquets de pages qui traversent les siècles beaucoup mieux que toutes les religions collées ensemble.

Il ne cherche pas à se voir enfermé dans des cases, dans des milieux, des ambiances qu'il crée malgré lui, des hallucinations collectives ou individuelles de grandeur auxquelles tout humain un tant soit peu conscient du sens général de l'art dans la vie se voit confronté entre sa naissance et sa mort.

Si le piano est à la musique ce que l'eau est à la vie, peut-être faudra-t-il considérer que le clavecin en est l'air, comme le violoncelle la terre et les percussions le feu. Des valeurs de réalités archaïques mais essentielles intégrées à notre monde à chaque décennie plus ultra-moderne que la décennie précédente.

Et de s'interroger sur ce qui aura subsisté, aux alentours de la fin de la fin.

 

(Bach, concerto pour clavecin No. 1 BWV 1052, premier et troisième mouvements, interprétés par Trevor Pinnock et le English Concert. Vidéos youtube mises en ligne par SoliDeoGloria8550)
Par injektileur - Publié dans : une zik une humeur
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Dimanche 19 décembre 2010 7 19 /12 /Déc /2010 04:51

 

 

 

 

En voilà une qu'il n'est pas facile d'oublier une fois entendue. Elle continue de nous accompagne tous depuis hier jusqu'à demain, grande soeur, petite soeur, nièce, fille ou petite-fille. Ceux qui ne la connaissent pas sont toujours très surpris la première fois. Et puis ils s'habituent, parce qu'une fois que le coeur y est il y reste. Oui, elle pourrait avoir 15 ou 75 ans, mais l'idée ne traverse l'esprit de personne dès que le son augmente. Sa mort a eclipsé ses excellents musiciens qu'elle éclipsait déjà un peu trop de son vivant.

Mais trop a été dit déjà et le pressant manque d'envie d'en rajouter se pointe comme à son habitude. Elle a incarné les abus qui ont marqué jusqu'à sa voix. Elle n'était probablement pas la personne la plus paisible à vivre. Elle était laide comme ses villes infinies mais indispensables une fois qu'on y réfléchit et qu'on se laisse un peu aller à la vraie empathie artistique. De sa voix elle a à elle seule redéfini l'idée d'une certaine beauté au XXème siècle. Indispensable, donc, inoubliable et finalement très triste. Si la justice existe après la mort, au moins, on a forcément dû lui faire une jolie place là-haut, où elle doit forcément reposer en paix.

 

 

 

 

 

 

 

(vidéos : Ball and Chain par Janis Joplin, concert à Francfort en 1969. Interview par Nick Cavett, 1970. Mises en ligne sur youtube par atim58 et CandiceSoloman. Merci aussi à wikipédia d'avoir mentionné cette interview dans l'article. laule)

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Vendredi 10 décembre 2010 5 10 /12 /Déc /2010 04:16

 

 

 

 

 

Il paraît qu'il faut savoir se renouveller. Il paraît qu'il faut apprendre à surprendre constamment. Mais la neige est lourde sous les semelles. Le blanc-gris se fait gris opaque pesant sur les muscles. Vous ne savez pas vous renouveller, non, mais vous la connaissez bien cette envie insatiable de marcher jusqu'à ce que vos pieds saignent. Et quand vos pieds saignent vous ne pensez plus à vos bras pleins à céder de projets vidés de leur substance.

La part la plus passive de votre personnalité attend et attend encore l'étincelle, là où la boue glacée froisse le peu d'horizons visibles. Dans l'amalgame du brouillard du givre et des ressentiments avouables il y a la voix qui vous guide. Familière et inquiétante. Elle affirme avec force que la plénitude est de l'autre côté d'une forêt à peine allégorique. Tes projets n'aboutiront en rien. Tes projets n'aboutiront à rien mais moi, je serai de l'autre côté de la forêt. Dixit. Pour toi je viens de loin. Alors continue de marcher. Verbatim.

De fait vous vous laissez mener sans trop y trouver à rechigner. Mais le fait du fait est que vous n'avez plus envie de chercher à admettre que rassembler les éléments sur lesquels vous auriez la possibilité de rechigner vous serait... indéfinissable. Lassitude étudiée.

Alors vous continuez de marcher et vous ne sentez plus vos pieds. Célérité indéterminée tendant vers zéro. À l'esprit vous vient l'idée que plus lent que ça il n'existe que la marche arrière.

Je serai de l'autre côté de la forêt. L'immobilisme a ceci de rassurant que le risque qu'il implique ne se fait entendre que sur le long terme. Mais la marche quasi arrêtée vous entraîne comme une hypnose en brusque dévaluation.

Je serai de l'autre côté de la forêt.

Vous vous étiez pourtant promis de jamais n'accorder de crédit à ce genre de saletés. Mais cela ne vous retient pas pour autant de continuer de marcher comme quand vous arriviez encore à vous amusez de vos désillusions. De plus en plus lent et blême rougi de froid mordant vous savez que vous avez tout votre temps. Vous ne sentez plus rien et demain cesse de se prétendre un autre jour.


Je serai de l'autre côté et je t'apporterai mon amour.

 

 

 

(musique : to bring you my love - PJ Harvey. Vidéo youtube mise en ligne par astanapan1)

 

(je vois à l'instant que ce texte constitue mon 200ème article / youpi ?)

Par injektileur - Publié dans : une zik une humeur
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Dimanche 5 décembre 2010 7 05 /12 /Déc /2010 04:03

 

 
Si la vie devait se résumer à quelques notes de basse mises les unes à la suite des autres ce seraient celles-là. Avant que de se scinder en parties indépendantes de sa volonté l'esprit cherche à rassembler toutes les données qui lui paraissent les plus fondamentales. Dont celle-ci. La ligne d'une basse qui éclipse l'ensemble de tous les restes qui vous font encore et toujours aimer tout le reste. Une basse obstinée qui porte bien son nom. Une basse qui ne connaît ni variation ni affaiblissement. Parce qu'il faut bien qu'elle résiste au futile. Parce que ce qui l'entoure n'a effectivement que très peu d'importance, comme l'ensemble de tous les restes qui vous font encore et toujours aimer tout le reste. Cette basse à elle seule se tient et tient avec elle l'ensemble de tout ce qui fait de vous ce que vous aimez plus que ce que vous êtes. Ce "vous" sans ses restes d'âme noyés avec lenteur et démagogie pour préserver un semblant de survie physique.
Vous savez que vous tiendrez malgré tout grâce à cette ligne de basse fixe qui à elle seule se tient et tient avec elle l'ensemble de tout ce qui fait de vous ce vous aimez plus que ce qu'il vous reste à expérimenter.
Puisque vous êtes insignifiant mais que vous avez déjà bien vécu, finalement. Puisque cette ligne de basse vous tient avec elle comme elle tient l'ensemble des ensembles. Puisque vous n'avez pas peur, jamais. Et puisque vous savez que tout ce qui fait de vous ce que vous êtes se tient grâce à cette basse.
Ainsi, avant que de vous scinder en autant de parts inhérentes à votre survie, voyez et admirez comment toutes les choses extérieures à votre volonté tiennent et se mettent en place d'une façon sur laquelle vous n'avez absolument aucune influence. De son côté le reste, le reste infini de tous les restes n'en devient que plus infini encore. Et excitant. Grâce à cette basse.
(musique: "Schism" par Tool. Vidéo mise en ligne sur youtube par bano363)
(edit 31/7/11 : changement de vidéo cause bloquage du compte original. Moins bonne qualité d'image...)
Par injektileur - Publié dans : une zik une humeur
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Mardi 30 novembre 2010 2 30 /11 /Nov /2010 18:15

 

 

 

 

 

Le ressac. Les illusions. Le malsain le violent. La baisse soudaine d'énergie dans les jambes. Des êtres disgracieux qui s'accumulent dans le vide le rejettent en rythme. Des démons inconnus qui s'apprêtent à se liguer contre vous. Ce sentiment d'urgence qu'il faut faire naître pour comprendre. L'écrasante majorité d'humains qui connaissent ni la signification du vide ni son ressentiment. L'insistance en flèche. Les pertes de sagesse et de courage. Les percussions tonitruantes. La futilité des gestes face au mur de syncopes. Des battements de coeur vers la tachycardie. Le mépris de l'épique dans sa plus pure expression. La longue tradition d'humains qui s'y sont cassé les dents. L'alchimie étrange qui fait que le vide subit les décennies sans faillir. Une emprise sur la gorge des impénitents. L'urgence. La peur d'en finir et de se retrouver plongé à son tour dans ce vide tant redouté. Ne pas finir pour ne pas sombrer. Ne pas finir parce que la fin n'a aucun intérêt. Seul le chemin qui y mène permet de tenir debout. Seules, quelques minutes de musique incontrôlée pour une rage de vaincre incontrôlable.

La rage dirigée contre la vacuité de nos initiatives à perte.

 

 

 

 

(extrait de la B.O de Final Fantasy V dans son portage sur Gameboy Advance. Composé par Uematsu Nobuo. Mis en ligne sur youtube par netvals.)

Par injektileur - Publié dans : une zik une humeur
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