L'avez-vous bien regardée ? Ne vous rappelle-t-elle personne ? Réfléchissez bien, vous avez toutes et tous connu quelqu'un de
ce genre au collège. Dans mes souvenirs c'est tellement évident que c'en devient incommodant. Cette jeune fille de 14 ans, Tavi Gevinson, s'est depuis quelques années fait un nom dans le
petit monde de la mode. Mais après quelques visionnages de vidéo et lectures de son blog je n'arrive vraiment pas à
saisir ce qu'il peut y avoir d'extraordaire à entendre ou lire une gamine parler de sa génération de gamins internétisés d'une façon un peu moins maladroite que la moyenne. C'est la boucle du
vide qui se ferme. Elle cite Daria mais Daria, l'héroïne, personnage fictionnel de chez fictionnel, avait un recul inhérent par rapport à ce qu'elle était, et le rôle qu'on lui faisait jouer dans
son époque, en tant que personnage de fiction. Pour utiliser une expression galvaudée, les mises en abyme de ce genre abondaient dans cette série.
J'adorais Daria, et oui, je comprends mal le rapprochement qu'elle ose faire. Daria détesterait Tavi c'est une certitude. Mais je suppose que tout le cynisme des années 2000 se résume à ça. Parler de soi-même, parler d'être soi-même, à l'américaine, avec ses conférences toujours identiques dans leur fond, et qui n'auront jamais d'autres but que de vendre et de se vendre, comme évoqué dans un article précédent. La différence principale étant qu'ici, le fait que ces leçons de savoir-acheter sont données par un singe savant de 14 ans formaté par sa mère. On oublie trop souvent le rôle de Léopold Mozart dans le génie de son fils. Mais la première chose qu'on apprend à des parents d'enfants plus ou moins surdoués est qu'il n'existe pas d'adultes surdoués. Dans l'hypothèse que Tavi Gevinson soit surdouée dans son domaine - ce dont je ne saurais juger, sous peine de passer pour méprisant face à des choses qui ne m'intéressent pas, voire m'énervent - elle ne sera plus surdouée en 2020 ou 2030, et à la place de symphonies et d'opéras immortels, nous laissera à la place - au mieux - ces conférences bizarres, bourrées de lieux communs et de tics de langage agaçants.
Non, je le concède, je n'ai jamais aimé le cirque, ni les singes savants. Chacun son âge, et si l'adolescence regorge parfois d'une intelligence hors-norme, ce n'est surtout pas de cette façon-là qu'il convient de la faire s'exprimer, sachant qu'elle s'exprime au départ sur un médium ô combien fluctuant et "insipide".
(ce texte rapide est complètement inspiré par la dernière évocation de cette fille sur
le blog de Katy )

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