Lundi 4 octobre 2010 1 04 /10 /Oct /2010 03:36

 

 

 

 

 

L'avez-vous bien regardée ? Ne vous rappelle-t-elle personne ? Réfléchissez bien, vous avez toutes et tous connu quelqu'un de ce  genre au collège. Dans mes souvenirs c'est tellement évident que c'en devient incommodant. Cette jeune fille de 14 ans, Tavi Gevinson, s'est depuis quelques années fait un nom dans le petit monde de la mode. Mais  après quelques visionnages de vidéo et lectures de son blog je n'arrive vraiment  pas à saisir ce qu'il peut y avoir d'extraordaire à entendre ou lire une gamine parler de sa génération de gamins internétisés d'une façon un peu moins maladroite que la moyenne. C'est la boucle du vide qui se ferme. Elle cite Daria mais Daria, l'héroïne, personnage fictionnel de chez fictionnel, avait un recul inhérent par rapport à ce qu'elle était, et le rôle qu'on lui faisait jouer dans son époque, en tant que personnage de fiction. Pour utiliser une expression galvaudée, les mises en abyme de ce genre abondaient dans cette série.

J'adorais Daria, et oui, je comprends mal le rapprochement qu'elle ose faire. Daria détesterait Tavi c'est une certitude. Mais je suppose que tout le cynisme des années 2000 se résume à ça. Parler de soi-même, parler d'être soi-même, à l'américaine, avec ses conférences toujours identiques dans leur fond, et qui n'auront jamais d'autres but que de vendre et de se vendre, comme évoqué dans un article précédent. La différence principale étant qu'ici, le fait que ces leçons de savoir-acheter sont données par un singe savant de 14 ans formaté par sa mère. On oublie trop souvent le rôle de Léopold Mozart dans le génie de son fils. Mais la première chose qu'on apprend à des parents d'enfants plus ou moins surdoués est qu'il n'existe pas d'adultes surdoués. Dans l'hypothèse que Tavi Gevinson soit surdouée dans son domaine - ce dont je ne saurais juger, sous peine de passer pour méprisant face à des choses qui ne m'intéressent pas, voire m'énervent - elle ne sera plus surdouée en 2020 ou 2030, et à la place de symphonies et d'opéras immortels, nous laissera à la place - au mieux - ces conférences bizarres, bourrées de lieux communs et de tics de langage agaçants.

Non, je le concède, je n'ai jamais aimé le cirque, ni les singes savants. Chacun son âge, et si l'adolescence regorge parfois d'une intelligence hors-norme, ce n'est surtout pas de cette façon-là qu'il convient de la faire s'exprimer, sachant qu'elle s'exprime au départ sur un médium ô combien fluctuant et "insipide".

 

 

 

(ce texte rapide est complètement inspiré par la dernière évocation de cette fille sur le blog de Katy )

Par injektileur - Publié dans : gueulantes
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Dimanche 3 octobre 2010 7 03 /10 /Oct /2010 04:22


 

 

 

Fauteur de troubles incommodes comme humour rampant et ironie grégaire font de vous le paria grelottant de froid au milieu du brasier. Et malgré cela lorsque le repos se pointe vous ne semblez déjà plus à même de répéter les conditions de vos visites catalysées. Les barricades dressées sur votre route plient mais ne rompent pas. Vous avez parcouru ce qui semblerait des siècles pour analyser à terme les envies qui vous font défaut. Vous vous êtes frotté aux renforcements rêches d'idéaux aphones pour fidéliser la clientèle qui toujours approuve l'absence d'essence. À vous déshabiller dans l'urgence vous avez surtout lassé vos émois de l'arrogance versatile des faibles ou de l'hypocrisie des puissants. Mais au bout de votre voyage les considérations esthétiques ou canons ne tiennent finalement que par la prérogative suivante: les barricades restent et resteront debout bien après vous, que vous le vouliez ou non.

Par injektileur - Publié dans : poyézie ou presque
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Vendredi 1 octobre 2010 5 01 /10 /Oct /2010 01:59

 

 

 

 

 

Octobre est un mois serein. Avant les grands froids octobre est un mois serein, plein. Il faudrait, genre, lancer un sondage inutile parmi les résidents de notre hémisphère, ou même du monde, pour s'assurer de l'affection que tout un chacun lui porte, dans la mesure où il n'est pas lié à de tristes anniversaires. Mais parlons de lui au féminin, pour changer. Octobre serait une très jolie fille qui s'ignore. Elle saurait se montrer rassurante sous l'été indien, comme fatigante certaines années où ses copines novembre et décembre, les Thelma et Louise du calendrier, se font plus pressantes pour récupérer le studio commun.

Si chez Octobre, les écoliers, collégiens, lycéens et apparentés ont normalement déjà trouvé leurs marques, les étudiants à la fac, eux, dans leur grande majorité se jettent dans sa jolie baignoire à ciel ouvert. Il faut bien imaginer l'amas de stress et de petits ou moins petits drames personnels liés à la rentrée universitaire. L'impression étrange de passer un cap, qui reste toujours le même. On repousse toujours la bascule dans l'âge adulte. Vous étiez en CP que les CM2 vous paraissaient super grands.  Voire forts. Vous entrez à peine en première année et celles et ceux en mastère ou même en licence vous semblent inaccessibles. Et au moment de pousser la grande porte, Octobre vous fait la petite horrible blague de vous synchroniser avec la sortie de tous les amphis. Octobre est chafouine. Mais affectueuse en même temps, si on le lui rend bien. Encore moins qu'à tout autre moment du cycle, il est inutile de lutter contre Octobre. Avant tout parce qu'elle a une nature profondément pacifique. Vous la malmenerez peut-être, mais elle n'en prendra pas ombrage  et saura vous prouver par exemple, simple exemple que non, tous les étudiants ne se connaissent pas tous entre eux, sauf vous. Elle saura vous accompagner dans vos doutes,  vous faire relativiser, vous montrer que la vie et les hommes ne sont pas si surfaits que ça. Elle saura vous rassurer par ses petites brises sur le chemin du retour, et les feuilles mortes sans douleur dont elle le parsèmera.

Octobre, clichée ? Ce serait un peu médisant. Certes, ses tenues tournent très souvent dans les camaïeus brun-orange, mais elle sait varier dans des nuances toujours impressionnantes pour qui apprend à les observer. Octobre est sereine, apaisante pour beaucoup d'entre nous. humains. Du Nord au Sud, elle garde une unité certaine, elle sait à sa façon vous signaler que le temps passe, en retirant à ces évidences toute la violence que pourront y mettre certaines de ses copines, comme janvier ou avril, ou même juin. Elle sait vous transmettre l'essentiel, le nez levé vers l'espoir de lendemains meilleurs. Sereine, pleine, parfois chafouine certes, mais bienfaisante.

Par injektileur - Publié dans : calendes drillées
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Mercredi 29 septembre 2010 3 29 /09 /Sep /2010 02:30

Il est des villes mutantes, qui noircissent, puis blanchissent, puis renoircissent. Il est des villes surfaites où tout serait à refaire et où tout déjà a été refait, de la plus magique des façons. Il est des villes conscientes de leur valeur réelle comme intrinsèque. Il est des villes où trop de valeur gâche ainsi le tempérament, magnifiques dans les apparences mais ternies par les humeurs.

Bordeaux est de celles-là. Indubitable. Enfiévrée par le climat pénible d'un estuaire  finalement trop lointain, mais renaissant des cendres de ses murs calcinés par la pollution comme un phénix malmené par les siens.

Bordeaux est de celles-là. Une et indivisible, pleine et entière, dans le ronronnement strident de travaux perpétuels et coûteux. Mais Bordeaux est riche. Bordeaux est belle. Cyclique. Elle est redevenue belle, depuis quinze ou vingt ans. Avec la prétention explicite de l'être encore plus d'ici les vingt qui suivront. Elle sait où et comment engager les meilleurs chirurgiens esthétiques.

Les Bordelaises aussi sont belles. A l'image de ce qui les entoure. Plutôt naturelles, à l'inverse. Pas toujours très raffinées, ou élégantes, voire vulgaires, avec un sale caractère, mais on leur pardonnera tout, puisqu'elles sont fondamentalement belles. Arrêtez-vous sur les quais, place de la Bourse ou place des Quinconces, ou place Gambetta ce cher Gambetta, porte Dijeaux et constatez. Constatez qu'il n'y aura que quelques exceptions à la règle et que vous devrez vous astreindre à ne plus imaginer qu'il s'agisse forcément de touristes.

Bordeaux n'est pas de ces villes où il fait bon vivre, non. On y entre que pour mieux en sortir. On se ressource presque, en apnée, pour en ressortir sans regrets mais les yeux plein de ces choses uniques qui font d'une ville une ville à personnalité, potentiel humain, culturel, géographique ou même physique.

Contrairement à l'idée première, Bordeaux n'est pas née uniquement du commerce triangulaire. Sa richesse et la bourgeoisie consanguine qui en découle ne se sont pas forgées sur les seuls dos des esclaves. L'Aquitaine devenue anglaise, elle rivalisa avec le royaume de France, bien avant que les bateaux remplis de marchandises ou d'hommes considérés comme tels ne s'arrêtent au port. Il serait également faux de croire que seule cette ville en France ou en Europe a su profiter de ces horreurs.

Reste malgré tout un esprit fier et fermé, à tort ou à raison. Naitre à Bordeaux, vivre à Bordeaux et mourir à Bordeaux. Pas d'autre vision à l'horizon, pour la petite bourgeoisie locale. Et là encore, ils ne sont pas les seuls. Juste seuls dans leurs têtes. Parisiens du Sud-Ouest.

Et pourtant, pourtant Bordeaux est de ces villes où l'Histoire, la grande, vous serre à la gorge dès que vous franchissez les barrières. Elle est de ces villes qui ont forgé le continent que nous connaissons aujourd'hui. Indispensable et indissociable d'une certaine grandeur surranée de la France.

Ainsi, si l'envie vous prend un jour, si le souvenir de ces quelques lignes ineptes refait surface, arrêtez-vous à Bordeaux. Arrêtez-vous, posez-vous, songez, admirez, puis sortez-en.

Par injektileur - Publié dans : villes et veaux par monts
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Lundi 27 septembre 2010 1 27 /09 /Sep /2010 19:13

Rhétorique usée jusqu'à la corde - de chanvre - pour toujours et toujours réfléchir à ne jamais déroger aux règles de bases que sont la vente de soi, de ce qu'on est puis de ce qu'on fait. La vente. Pure et drue. La vente qu'on enseigne à tour de bras dans des milliers d'écoles à travers la planète. La vente. Les produits. La publicité. Savoir SE vendre. Il faudra se demander si tout n'a pas sérieusement commencé à déconner à partir du moment où "on" - celles et ceux formés dans ces écoles - ont commencé à parler de produits culturels, à raisonner en termes de ventes de produits culturels, et à vivre en fonction des ventes de produits culturels. L'idée n'est pas neuve. L'expression assez, finalement.

Vendre des livres, des disques, des films comme "on" vend un aspirateur ou une salade au marché. Et encore, le vendeur d'aspirateurs ou de salades ne se cache pas derrière des prétentions artistiques, justement.

Après, on verra que là où les vendeurs de produits culturels et de salades se rejoignent, c'est quand ils sont d'accord pour donner à la populace ce qu'elle demande. Les endives sont trop amères ? Pas de problème. Salades avec trop de sable ? On va vous régler ça au plus vite, monsieur. Le rock est mort  pour la centième fois ? Sans blague, voici le hip-hop. Le hip-hop est trop underground ? Voilà le rap d'ascenseur, la "soul" music, sublimes, balancés sur 95 pour cent des ondes à longueur d'année.

Le vendeur d'aspirateur garde, pour sa défense, le côté pratique de son produit. Vous pourrez utiliser Philippe Delerm pour câler un petit meuble, Dantec pour un gros. Vous pourrez accroître votre taux de lectures par an grâce à Nothomb, Gavalda, Musso ou Lévy. Oui, ces vendeurs-là sont pratiques, ils font croire à qui le veut bien que vous "lisez". Apple arrive à faire croire que ces produits sont indispensables à tout citadin qui se respecte. Le gouvernement français vend sa réforme des retraites en affirmant que tout le monde doit travailler plus vieux.  Tout le monde doit se serrer la ceinture.Ce qui passerait beaucoup mieux auprès de l'opinion, si travailler plus longtemps rapportait effectivement plus. Et si certains énormes vendeurs n'accaparaient pas injustement la plus énorme des parts du gâteau. Et si cela n'empirait pas avec les décennies que nous voyons défiler sous nos yeux ébahis.

Vous arrivez chez Starbucks ou McDonald's pour un entretien - précédé de deux autres - et on vous renvoie chier parce que vous n'êtes pas assez vendeur. Vous n'y croyez pas assez, au café pourri acheté une misère revendu une fortune. Au hamburgers froids qui ne pourront jamais avoir la même gueule que dans la pub. Trois entretiens où vous devrez mentir pour expliquer à quel point oui, vendre du café ou des frites molles derrière un comptoir, vous avez rêvé de ça toute votre vie.

Il n'y pas de sotte lecture. Encore moins de sot métier. Et pourtant, si le travail fait l'homme, si la vente est le but ultime alors il faudrait qu'un jour on se penche pour de bons sur la masse de gens qui sont tout en bas de la chaîne alimentaire.

On vous vendra n'importe quoi. Des assurances qui ne vous rembourseront jamais rien. Des produits bio qui n'ont de bio que le nom, pour faire à la mode, pour vendre. La mode, aussi, tiens, le temps manque. Le temps manque à l'esprit humain pour se retourner sur ce qui fait la mode. Sur ces gamines et moins gamines prêtes à dépenser des fortunes pour acheter des fringues dont les créateurs ont directement puisé l'inspiration dans la rue, donc dans elles-mêmes, les gamines et moins gamines qui se regardent en chiens de faïence dès qu'elles ont le malheur de porter la même chose. Le tout pour vendre, avec des plus-values que les financiers trouvent normales.

Les boucles se bouclent. Les produits sont produits, et se vendent sans fin.

La vie économique sera belle quoi qu'il advienne. La vie sociale ou culturelle, de plus en plus triste et faussée.

Par injektileur - Publié dans : divagations
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