Dimanche 6 décembre 2009 7 06 /12 /Déc /2009 17:33

Il est des fois où il faut savoir faire une entorse à ses principes moraux fondamentaux. En espérant ne décevoir personne par mon attitude bassement autocentrée, je crains devoir aujourd'hui vous parler de ce que j'ai fait depuis 2 jours.
Ce n'était pas dans le programme. Je devais publier une nouvelle nouvelle (oui, inédite et tout) mais il s'est avéré que j'ai été mis en retard. Et oui, avec toute la mauvaise foi ironique du monde, ce retard est complètement indépendant de ma volonté.

Vendredi soir sont arrivés de très loin des amis que je n'avais pas vu depuis 3 ans. Des Japonais venus avec des milliers de concitoyens pour des vacances au centre desquelles doit avoir lieu une sorte de colloque, suivi d'une fête ce soir. Très collants, ils m'ont tenu le bout de gras jusqu'au tout dernier métro. J'ai été obligé de les retrouver ce matin, et de les emmener au musée d'Orsay, bondé de chez bondé. L'horreur, vous imaginez bien. Ils avaient heureusement la fête mentionnée au-dessus à préparer et m'ont laissé partir. Je tremble à l'idée de devoir y retourner demain...

Pourtant, si je n'étais pas au bout de mes peines, le pire a eu lieu hier soir. J'ai rencontré une personne, dont le nom restera codé pour préserver son identité et son intimité, et que j'appellerai donc Mademoiselle A. Mademoiselle A. est une jeune fille qui m'a trouvé sur le web, je ne sais comment, et qui s'est entichée bizarrement des petits trucs que j'écris. Cela fait donc plus d'un mois qu'elle me tane tous les jours pour que nous nous rencontrions. Ne voulant pas la vexer, j'ai été obligé de traverser tout Paris dans un métro bondé pour la retrouver. Il faut beaucoup se méfier d'elle, car sous ses airs de joli brin de fille innofensive, elle cache de méchantes capacités spéciales indétectables. Dans mon cas, elle a réussi à me faire acheter à l'improviste du papier toilette (véridique, alors que j'ai normalement besoin d'une préparation psychique conséquente pour le faire) et à me demander ce que je pensais de son choix (véridique aussi!). Ensuite elle m'a fait boire de la Kro (un exploit) qui était ouverte depuis un laps de temps que je vais taire sous prétexte de donner des hauts-le-coeur à mon lectorat. Aujourd'hui je vais bien, et je pense que c'est un miracle. Ensuite, plus gros miracle encore, nous sommes allés dans un restaurant japonais (ceux et celles qui me connaissent comprendront ce qui tient du miracle ici) où nous avons bien mangé, bu et parlé de plein de choses. Utilisant le subterfuge facile de l'alcool, Mademoiselle A. a fini par me faire dire des choses que normalement je ne raconte qu'aux hommes en blanc avec des petites pilules rouges ou bleues. Après cela nous sommes rentrés chez elle et c'est là qu'elle aussi m'a tenu la jambe pendant des heures entières à ne parler que d'elle et de ses trucs de fille trop girly machin chose, ces derniers achats chez Mango ou Zara ou Mango, son journal de mode avec ses copines etc...
Elle m'a aussi parlé de ces goûts musicaux, pourtant, ici, la descence artistique m'autorise à peine à l'évoquer. Sans même mentionner sa passion pour les grosses cylindrées, dont elle a honte, à raison.
Vers l'heure du dernier métro (que j'ai raté), Mademoiselle A. a consenti à me laisser partir parce que j'étais fatigué. Je vous assure que sans ça, elle-même était partie pour jacasser toute la nuit.
Bref, la pire soirée de ma vie depuis que je suis arrivé à Paris, au moins.
Et bien entendu, personne ici ne connaît Mademoiselle A. En revanche, si par hasard elle me lit je lui dirai que tout ça n'a pas d'importance, à part pour le coup du PQ que je ne pardonnerai JAMAIS. Vous m'entendez, Mademoiselle, JAMAIS! Et il est hors-de-question que nous remettions ça à l'avenir... Na, d'abord!

Pour finir, je suis bien embêté car mon second principe intangible est de ne pas utiliser de smileys. Alors comme ici il est évidemment indispensable pour comprendre l'ensemble de cet article, veuillez l'imaginer vous-même, en très gros: Il s'agit d'aligner en majuscule l'anté-pénultième lettre de l'alphabet avec la quatrième, avec un peu plus loin, en plus petit deux points et un p qui les suit.
J'espère surtout publier "la robe jaune" demain et redevenir un peu sérieux la semaine prochaine pour ne pas decevoir Madame P. une nouvelle fois.

Par injektileur - Publié dans : mademoiselle a.
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Samedi 5 décembre 2009 6 05 /12 /Déc /2009 03:01

Oui, comme il faut bien rire, parfois, au milieu des petits ou gros drames de la vie quotidienne voici en exclusivité, pour fêter en retard le premier mois de mon blog, un grand classique que mes confrères et consoeurs font de temps en temps: le best of des recherches google pour arriver à leur site. Chez moi, au 4 décembre ce sera exhaustif, parce que je n'en ai pas tant que ça, et que j'en profite avant de devenir une star débordée. Eh oui. Plaisanterie mise à part, je les trouve gratinées, dans leur genre.
Evidemment, je les cite sic et verbatim, à savoir dans le texte pur, sans retouche.
Je commence:
injektileur.overblog : classique. je crois même savoir qui c'est, dans mon entourage. j'ai tellement une écriture de caca que les personnes à qui j'ai donné mon adresse sur papier ont dû un peu ramer pour trouver, les pauvres...
ishijima : ça me ferait très plaisir, mais je crois que c'est moi... snirf...

Après arrivent tous les "mystères", à savoir, j'aimerais, parce que j'ai essayé certains, savoir COMMENT on a pu arriver ici avec ces recherches, soit bizarres, soit beaucoup trop banales:
recherches intensives : premier gros mystère. je ne savais pas à quoi cela faisait allusion, et en cliquant, on tombe en fait sur toutes les recherches d'enfants disparus...
on sert la main de la main gauche japon : je croyais que c'était mon ami Pierre-A. qui me faisait une blague, mais non... et pour répondre à la question, c'est non aussi, au Japon on salue simplement en s'inclinant plus ou moins bas, 99% du temps, et quand on sert la main c'est de la droite. si cette personne revient elle sera contente que j'ai répondu, j'espère
maison de repos et assimiles : ce genre de recherche m'inquiète, si c'est à moi qu'on pense en la faisant
de quel cote on doit se lever le matain (la seule recherche yahoo): je peux pouvoir, après écriture de la nouvelle qui en parle, aucun des deux, mon général. ah, en revanche, dans mon texte, la faute d'orthographe à "matin" était volontaire...
dessins 12 ans : encore un gros gros mystère irrésolu
becaud : mon triangle des bermudes. je cite une fois ce chanteur et je ne vois pas du tout comment ma page aurait pu s'afficher au milieu des centaines qui lui sont consacrées.

Ensuite viennent les perverses ou cochonnes, que les moins de 18 ans se cachent les yeux:
clitoris monstres : oserai-je préciser que cette recherche a été effectuée 2 fois dans la même journée, je suppose par la même personne à 2 endroits différents? super, j'ai un (une?) fan hardcore...
un tigre vomie dans la bouche de quelqu'un : franchement, là, no comment... cette recherche parle d'elle-même, ne croyez-vous pas? et je ne vois pas comment j'aurais pu l'inventer, surtout...
voyeur étourdi baise : mmm, pourquoi étourdi, en fait? sinon oui, voyeur, c'est vexant, forcément. je crois qu'il faut que j'arrête très vite de prendre ces recherches pour moi...
récit honte voyeur zizi : faut que je m'avoue vaincu sur le "voyeur" alors?
sans culotte : que ce soit une recherche à but historique ( j'en mettrais pas ma main à couper) ou coquin, je voudrais encore une fois que quelqu'un m'explique COMMENT on peut s'introduire chez moi avec des mots aussi utilisés par tous les sites de charme.
masturbation video : idem. idem à fond, même. si vous avez une idée de réponse, aidez-moi je vous en supplie. genre sur google le type (ou la fille?) il clique au hasard loin dans les pages et tombe sur le titre, pour la main gauche, et se dit: ouh ça va être style "change pas d'main, j'sens qu'ça vient"? il/elle a dû être déçu(e), c'est clair...

Enfin, j'ai déjà mon champion, ou ma championne, mon François Pignon à moi. Attention les yeux:
pourquoi on m'a interdit et qui a fait Ça de m'empecher de me defendre au tout debut car Ça fait longtemps que Ça dure : si quelqu'un parmi vous peut déjà me traduire cette prose, ou me dire comment elle a été créée, car oui, il s'agit de création ici, je vous en serai éternellement reconnaissant. merci et bon week-end à vous. ah, pour rester authentique il faut absolument que je précise ce qui achève de m'inquiéter: cette dernière recherche me permet de me retrouver aujourd'hui en 2ème page sur google... cqfd

Par injektileur - Publié dans : remplissage
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Vendredi 4 décembre 2009 5 04 /12 /Déc /2009 01:20

INTRA     L’affaire des petites culottes compensées

   Tout a commencé avec une petite taquinerie de Clyde, ou peut-être une des questions existentielles de Tamise. Cela est en rapport direct avec la tenue vestimentaire des écolières et une description succincte devient donc nécessaire. Il y a une quinzaine d’années les matriarches ont débattu sur l’utilité ou non d’instaurer le port de l’uniforme à l’école. En ce qui concerne le fond elles ont fini par se mettre d’accord pour dire que cela ne pouvait pas faire de mal à quiconque. Ne restait plus qu’à décider de la forme. L’idée d’une quelconque blouse fut rapidement écartée, le Conseil ayant convenu du « manque esthétique flagrant » d’un tel accoutrement, même si cette solution semblait d’emblée la plus économique. Force est d’admettre que les matriarches ont en définitive été beaucoup moins regardantes qu’à l’accoutumée sur les dépenses. Dans l’île certaines ont d’ailleurs protesté que les membres du Conseil avait depuis longtemps passé l’âge de jouer à la poupée. Mais peu importait le prix, les matriarches ont considéré de leur côté que le bien-être des petites prévalait sur tout le reste ; et selon elles ce bien-être passait aussi par le besoin de se sentir jolies pour aller à l’école. Et effectivement les petites ont eu de quoi être fières. Amour, la trésorière, s’est arrangée pour se procurer on ne sait où tout un stock de vêtements qu’elle affirme encore avoir dessinés elle-même. Dans toutes les tailles et pour chaque saison – été et hiver – de modèle identique et complet des souliers au serre-tête. Petite liste descriptive de la tenue estivale, celle que porte en ce moment Tamise et ses camarades. De bas en haut :
 - Mocassins vernis noirs, très simples, languette sans décoration particulière. Très sobre mais très mignon et très luxe.
 - Fines chaussettes blanches en coton, un peu plus longues que des socquettes. Aucune décoration non plus.
 - Jupe droite bleu marine, portée plutôt bas sur la taille, jusqu’à mi-cuisses. Ce qui a coûté le plus cher. Très jolie très solide et très bien faite. Elle tombe parfaitement.
 - Ceinture assortie aux chaussures. Boucle plaquée argent dont chaque élève choisit le motif ; c’est en général la seule partie de l’uniforme que les filles conservent d’une année sur l’autre – des rallonges sont régulièrement effectuées – puis gardent en souvenir. Le reste est normalement revendu aux mères les moins fortunées pour leur permettre d’économiser sur la croissance de leur fille.
 - Chemisette blanche à manches courtes, très fine, relativement cintrée « pour que ça ait de l’allure ». Longueur moyenne. Plutôt pensée pour se porter hors de la jupe et de fait cacher la ceinture – ne pas chercher à comprendre – on y rajoute un col marin et un foulard noué de la même couleur que la jupe.
 - Serre-tête dans le même esprit que les petites ont droit de décorer comme elles le souhaitent jusqu’à leur dixième année. Possibilité de varier avec un queue de cheval ou des nattes. Les cheveux trop courts sont mal vus.
A ceci il faudra ajouter un gilet bleu clair sans manches pour l’automne et les rares journées plus fraîches. Ce n’est qu’un mois après le jûgatsu muika que les élèves sont priées de mettre leur uniforme d’hiver, juste avant que les températures chutent brusquement, comme chaque année à la même période.
   Mais hiver comme été pour que cette description soit exhaustive il faudra la compléter par l’élément au centre même de l’anecdote : les sous-vêtements, et plus particulièrement la culotte. Il faut savoir que ce drôle d’objet a toujours beaucoup intrigué Tamise. C’est gênant ça gratte ça tient chaud ça se salit vite et surtout il faut faire attention à ne pas faire pipi dedans. Qui plus est, d’un point de vue esthétique l’instrument laisse à désirer. C’est ni très grand – d’où peut-être le nom de « petite » culotte – ni collant et dans tous les cas pas vraiment seyant. Ca garde –assez logiquement c’est vrai – toujours la même structure simpliste qu’on ne sait qui essaye d’égayer avec des motifs et des couleurs censées être mignonnes ou rigolotes. On voit de tout : des blanches des roses des mauves, à pois, à cœurs ou à rayures, avec des animaux, avec un petit nœud devant – très pratique pour ne pas se tromper de sens, car oui il y en a un – ou des contours décorés sur les élastiques, voire des élastiques brodés eux-même.
   Une grande diversité qui n’a pourtant de cesse de perturber Tamise dans sa vision très pragmatique de l’outil textile. C’est quoi la finalité du truc si on doit pas le voir ? T’occupe, et enfile-moi ça vite ou j’me fâche ! Mais les menaces n’ont jamais fait dévier Tamise de sa trajectoire – qui est la bonne puisque c’est la sienne -, elle est têtue comme dix saumons et prend un malin plaisir à les passer outre tant qu’on ne lui a pas expliqué clairement le pourquoi du comment. Liffey et Clyde ont donc dû agir. Au cours d’une discussion entre six yeux cette dernière a fini par convaincre la petite, à force de ruse et d’humour. Elle a commencé par lui avouer que la culotte en elle-même servait avant tout de « cache-sexe ». Tam connaissait déjà le mot. Elle réfléchit une poignée de secondes puis un rien provocatrice dans l’attitude tira sa jupe, fit mine de s’observer l’entrejambes – sous les yeux plus éberlués que véritablement choqués de ses deux mamans – avant de relever la tête et rétorquer avec un sourire malicieux qu’elle trouvait sa poupoune très mignonne comme ça et qu’elle ne voyait pas pourquoi elle devrait la cacher. Elle faisait semblant de ne pas comprendre les raisons qui font que malgré la grande largesse d’esprit des habitantes de l’île – au moins par rapport à la nudité - aucune d’entre elles ne semblaient apprécier à sa juste valeur la vision d’une petite fille se baladant les fesses et le minou à l’air. Et ce, notamment pendant les descentes acrobatiques des bâtiments – en jupe rappelons-le – où il n’est effectivement pas simple de cacher le fait qu’on a précisément rien à cacher.
   En résumé tout le monde, après avoir été amusé par la fantaisie de la chose et son côté mignon tout plein d’innocence, commença à se lasser de subir chaque jour l’anatomie intime de Tamise. Parmi ses copines aucune n’osa l’imiter et certaines lui firent même des réflexions rapportées de leurs mères. Comme quoi une jeune fille « comme il faut » - notez l’expression ridicule – devait porter une culotte, du matin jusqu’au soir. De son côté Liffey commença à en avoir assez quand on s’est mis – sans aucun tact – à lui faire comprendre qu’on trouvait que sa petite manquait d’éducation, mais c’est l’hypocrisie quasi-générale – de rigueur – qui acheva de l’exaspérer le jour où elle eut vent des bruits qui couraient sur son propre compte. Dans son dos certaines – dont nous tairons les noms ; pour l’instant – la traitaient tout bonnement de mauvaise mère. Insulte suprême s’il en est. Liffey aurait tout à fait pu mettre un terme aux commérages par des moyens peu diplomatiques – ses poings ses pieds ses coudes son front ou ses genoux – avec d’autant plus d’assurance qu’elle savait Clyde de son côté, mais elle préféra cette fois tenter une approche – et si possible une revanche – plus en finesse. Raison pour laquelle Clyde et elle ont décidé d’instruire Tamise sur ces questions d’ordre principal. Mais à défaut d’instruction les deux femmes se sont vite trouvées nez au mur des convictions de leur fille. Clyde réussit néanmoins – éclair de génie comme il lui arrive souvent d’en avoir – à s’introduire dans les lignes de défense de la petite avec un meilleur angle de pénétration.
   Extrait de ce moment d’anthologie coincé dans un quotidien d’une banalité par définition écrasante :
 « Je comprends bien tes arguments, Tam, et un peu plus et tu réussirais presque à me convaincre ; mais je crois qu’on t’a pas tout dit et qu’il y a une chose que tu sais pas encore… » silence placé comme sur une partition
 « Ah bon ? Et c’est quoi alors ? » à sept ans, Tamise ne peut résister à ce genre de carotte
 « Non non, en fait ça sert à rien que je te le dise tu changeras pas d’avis, de toute façon… » Clyde, impassible tel un congélateur vide, boit deux trois gorgées de son jus d’orange sous le regard intrigué de la petite, et aussi celui de Liffey qui se demande ce qu’elle va bien pouvoir encore inventer comme thonerie.
 « Allez, dis-moi ! Ca m’intéresse ! »
 « Non, j’ai plus envie… »
 « Allez, te fais pas prier ! » Tam perd déjà patience
 « J’ai dit non » Clyde a du mal à réprimer un sourire
 « Allez, quoi ! »
 « Insiste pas. Tu demanderas à ta mère une autre fois. » Liffey ouvre de grands yeux rieurs
 « Faudrait déjà que je sache de quoi tu parles… »
 « Non, pas maman, elle est nulle elle sait jamais rien – gros bisou rapide à Liffey déjà vexée, assise à côté d’elle à la table – Pardon maman tu sais que c’est pas du tout ce que je voulais dire – elle se tourne de nouveau vers Clyde, presque suppliante – Alleeeeez, s’il te plaît Clyde je veux savoir ! Et tu vois ce que tu me fais dire ? Maman est fâchée maintenant… »
 « Bon… d’accord… - petit soupir reconnaissant de Tamise, regard curieux de Liffey, et silence dramatique calculé de main de maître par une Clyde sûre de son effet – En fait ça concerne ta santé… »
 « … Ma santé ? »
 « Oui. C’est très dangereux de ne pas porter de culotte. »
 « Dangereux ? Pourquoi ? »
 « Eh bien… Tu aimes plonger entre les barres d’immeubles, pas vrai ? »
 « Oui, j’adore ça, même. Où est le problème ? » Tamise ne voit pas où veut en venir sa deuxième maman, et Liffey non plus d’ailleurs.
 « J’y viens… Tu ne dois pas être sans savoir que quand tu plonges tu es soumise à de très forts frottements avec l’air, à des pressions beaucoup plus importantes que la normale… »
 « Ben ouais, et alors, pour moi ça fait partie du plaisir de plonger, je crois… »
 « J’en doute pas j’en doute pas… Quand tu plonges tu fermes la bouche, non ? »
 « Ben si, sinon j’avale trop d’air et ça me rend malade… »
 « On est bien d’accord… - Liffey laisse échapper un petit rire, elle comprend enfin la blague. Sa fille lui jette un coup d’œil soupçonneux – A ton avis, à quel moment du plongeon tu atteins ta vitesse maximale ? »
 « Juste avant de m’accrocher au fil, c’est logique… - elle s’arrête deux secondes – mais ça veut dire quoi tout ça, j’en ai marre ! » Tamise s’énerve un peu.
 « J’y viens je t’ai dit !
 « Bon ben vas-y alors ! J’ai vraiment l’impression que vous vous fichez de moi… » coupe la petite de plus en plus irritée
 « Mais pas du tout, ma puce, pas du tout… » la rassure Liffey, avec tout le sérieux dont une mère doit savoir faire preuve aux moments cruciaux.
 «  Je continue. Quand tu t’agrippes au câble, tu change de sens, pas vrai ? Tu avais la tête en bas, et tu te retrouves la tête en haut. A ce moment précis, quelle est la partie de ton corps la plus exposée à ces courants d’air ? »
 « Je vois pas… » Tamise, qui finit par saisir ce que Clyde essaie de lui faire comprendre, devient soudain plus inquiète qu’énervée.
 « Réfléchis un peu ! On est en train de parler de culottes ! » Clyde la bouscule exprès.
 « Tu veux parler de ma… poupoune ? » l’inquiétude grandit dans les yeux de la petite fille.
 « Eh ben tu vois, quand tu veux ! Appelle-le comme tu veux, mais ton minou est mis à rude épreuve, crois-moi ! »
 « Mais euh… la poupoune c’est pas une bouche, c’est fermé, euh… ça s’ouvre pas… c’est… hermétique ! » elle a trouvé le mot qu’elle cherchait.
 « Hermétique ? Tu rigoles ? Tu crois que ça résiste aux courants d’air ? »
 « Euh… » Tamise est un peu perdue
 « Ecoute-moi bien je vais t’expliquer quelque chose de très important. Ta poupoune comme tu dis est loin d’être hermétique. Comment tu ferais pipi, sinon ? – Tamise ne peut qu’acquiescer, toute penaude – Et quand tu plonges, ça veut dire que l’air peut rentrer aussi. C’est rare, mais imagine qu’un jour cet air remonte plus haut, dans ton ventre… Eh ben crois-le ou non, mais tu deviendras aussi énorme que la grosse Tibre ! »
   Le choc. Presque bouche bée Tamise resta un long moment sonnée, incapable d’articuler le moindre son. Tibre est la seule habitante de l’île à avoir été rayée des listes maternelles pour « excès pondéral ». Dans son cas il conviendrait mieux d’appeler ça « obésité » mais on a pensé que ça ne ferait que l’isoler encore plus. Elle possède notamment un ventre énorme qui – Clyde le sait bien – terrifie littéralement Tamise, la fillette n’arrivant pas à comprendre où et comment ce bide monstrueux, ce pouf tellement gras qu’il en prenait un aspect mi-liquide visqueux saturé d’huile mi-terreau de mauvaise qualité avait pu trouver les quantités suffisantes pour satisfaire son appétit visiblement insatiable. La vérité est que Tibre utilise l’écrasante majorité de ses revenus pour racheter les tickets de rationnement des moins gourmandes, en particulier ceux destinés à l’achat de boissons sucrées, extrêmement recherchés. Elle en a les moyens, elle occupe un poste important : c’est elle qui gère l’ensemble de la production de l’usine 8, usine où travaille d’ailleurs Liffey. Raison pour laquelle cette dernière à l’habitude de dire qu’elle a pour patronne une baleine, ne serait-ce que pour faire un peu rire sa fille qui adore ce genre de blagues.
   Mais ne nous écartons pas du sujet, cette fois-là Tamise ne rit pas du tout. Elle garda le silence inquiet des jours graves, puis parvint enfin à demander ce qu’on pouvait faire pour éviter une telle abomination. Ses deux mamans lui répondirent d’un ton rassurant – mais avec de plus en plus de mal à ne pas se marrer comme des… baleines – qu’elle n’aurait rien à craindre pour sa poupoune et son ventre si elle consentait à mettre ces fameuses culottes. De leurs tissu elles la protègeraient contre tous les courants d’air et autres bourrasques de vent possibles et imaginables. Tamise se laissa ainsi convaincre et décida de mettre en pratique ce conseil dès le lendemain. Ce qui fut fait.
   L’histoire aurait pu s’arrêter là que ça n’aurait – on s’en doute – absolument pas dérangé Clyde et Liffey… mais ç’aurait bien entendu été sans compter sur « l’imagination débridée » de leur fille, qui prit en définitive l’affaire comme n’importe quelle petite de sept ans qui se respecte, c’est-à-dire très très au sérieux.
   Ce n’est pas le lendemain, mais le jour d’après que Tam est revenue à la charge. Il n’est à proprement parler pas nécessaire de préciser que lorsqu’elle a remis ladite « affaire » sur le tapis Liffey ne se souvenait plus de quoi il s’agissait. Belle preuve de la différence de sélection dans la mémoire sélective entre les adultes et les enfants. Le temps que la jeune femme se rappelle exactement les tenants et aboutissants de la plaisanterie de laquelle avait découlé la panique de sa fille, Tamise était déjà en train de lui faire part – avec moult exemples en main – de son inquiétude quant à la solidité et à l’imperméabilité à l’air de ses culottes qu’elle n’avait quasiment jamais portées avant ce funeste jour de printemps. Tout en maudissant Clyde intérieurement Liffey s’inquiéta à sa son tour de savoir Tamise si inquiète. Inquiète au point de l’avoir gardé pour elle sans rien en dire à ses copines. Elle eut beau faire de son mieux pour apaiser les craintes de sa petite, lui dire que ses culottes étaient parfaites, celle-ci commença à sangloter qu’elle préfèrerait mourir plutôt que de ressembler à Tibre et qu’il fallait donc qu’elle se résigne à abandonner le plongeon. Consternée, Liffey réfléchit un instant et proposa à Tam – idée lumineuse – de renforcer ses sous-vêtements avec un deuxième bout de tissu cousu à l’endroit stratégique. Elle n’aurait ainsi vraiment plus aucune raison d’avoir peur des coups de vent surprise. Tamise fut de suite ravie au plus haut point de la trouvaille de sa maman et lui demanda des détails – mais dis, comment tu vas faire ? Très simple ; tu vois qui c’est, Elbe, la repriseuse ? Oui. Eh ben c’est une bonne amie à moi, elle me donnera ses chutes, et… ses chutes ? Elle a des fuites ? Mais non bécasse ses chutes de tissu ! Et avec ça je vais te faire les plus jolies culottes sécurisées que tu as jamais vues ! Ouaaais ! Merci maman ! - ; elle lui sauta au cou et l’embrassa comme si elle voulait l’étouffer de sa reconnaissance. Le soir même elles se rendirent ensemble chez Elbe qui ne posa pas de questions, s’imaginant sans doute que des restes de tissu constituaient un excellent moyen de divertir la petite. Tamise se montra cependant relativement regardante par rapport aux couleurs et aux motifs. Elbe fut impressionnée par les goûts très arrêtés de la fillette et affirma qu’elle n’aurait pas mieux choisi elle-même, ce qui rendit Tamise très fière. Elbe a la réputation d’être une connaisseuse – son métier de couturière lui colle à la peau, bien qu’elle se plaigne souvent de ne passer son temps qu’à repriser, faute de commandes – et ses opinions dans le domaine font autorité sur l’île. Raison pour laquelle, entre parenthèses, Amour la trésorière soi-disant styliste et elle s’entendent comme du poisson pourri. Quoi qu’il en soit, tout ceci aurait dû mettre fin une bonne fois pour toutes à cette histoire sans queue ni tête de poupoune enrhumée… Mais il était impensable que Tamise, vaincue de la sorte, se rende sans baroud d’honneur.
   Car lorsque l’inquiétude disparaît Tamise retrouve en général sa langue, et cela s’est traduit ici le jour suivant par un (très) court défilé improvisé devant les copines sidérées. En jeune fille qui ne perd jamais une seconde quand il s’agit de tester une nouveauté, Tam a immédiatement adopté une des culottes que Liffey lui avait confectionné avant de se coucher. Il fallut bien moins d’une semaine pour que toute l’île entende parler de cette nouvelle mode des « culottes compensées » et à peu près autant de temps pour découvrir qui en était à l’origine. Toutes les écolières tannèrent en chœur leurs mères pour que celles-ci leur cousent le petit plus qui fait la différence. Elbe, déjà débordée par la demande, fut très rapidement à cours de chute et se frotta les mains quand les mamans, un tantinet exaspérées – on compatira – par les insistances ultrasoniques de leurs filles se résignèrent à acheter les morceaux de tissus nécessaires à la création de ces dessous que tout le monde s’arrache.
   Quelques complications ont survenu lorsque le nom de Tibre fut lâché sur la masse étroite des galeries extérieures. Sans surprise il a fini par échouer aux orifices auditifs de la principale intéressée qui, contre toute attente, se montra prompte à réagir et se transporta – c’est le mot – elle et ses confortables réserves lipidiques directement chez Liffey pour exprimer en termes pas vraiment mielleux son légitime mécontentement. A priori instoppable son élan s’est vu pourtant freiné par un argument d’un poids encore plus grand. Liffey ne tenait pas à laisser entrer chez elle la furie éléphantesque qui lui servait de patronne et la retint sur le palier tout le temps que dura le plaidoyer. Entre les barrissements elle put saisir que ce qui choquait le plus Tibre, c’était pas qu’on remette ses kilos en trop sur le tapis, non, elle voulait juste faire sa fête à celle qui s’est permis de lancer cette rumeur qu’elle porterait pas de culotte. C’est un monde, quand même ! Alors que je me démène tous les jours pour en trouver à ma taille blablabla. Si Liffey ne l’avait pas sue complètement dénuée d’humour elle aurait pu éviter de se forcer à ne pas éclater de rire. Et vu la rougeur granuleuse du visage de son interlocutrice il est clair qu’on ne peut que confirmer son absence totale d’envie de plaisanter. On peut aussi préciser qu’elle arbore en fait toujours cet espèce d’amas écarlate et rugueux dont seul le nez saillant permet qu’on l’identifie comme un visage ou quelque chose d’apparenté. Mais elle se calma d’un seul coup lorsqu’elle aperçut à la dérobée par dessus l’épaule de Liffey Clyde, assise à la table basse, l’air placide, en train de siroter silencieusement un jus de pomme. Placide mais aux aguets, et prête à « répondre » si le besoin se fait sentir. Tibre le sait et n’a aucune envie qu’elle lui rappelle.
   Si Clyde n’a pas d’ennemies, il ne faut pas en conclure trop hâtivement que c’est que tout le monde l’aime, car la vérité n’est pas si idyllique : Clyde n’a pas d’ennemies parce que celles qui se sont présentées comme telles ont toutes passé un sale quart d’heure. D’ailleurs Liffey apprendra plus tard que Tibre était venue chez elle avec en tête l’idée rassurante que Clyde et elle avait rompu. Dommage pour elle à l’époque c’était déjà plus ou moins vrai. Les deux jeunes femmes avaient décidé de se séparer il y a de ça quelques semaines, mais tenaient absolument à maintenir au mieux le fragile équilibre sur lequel repose l’éducation de leur fille. Pour rien au monde elles n’auraient fait souffrir la petite. Clyde continuait donc de passer la voir tous les jours ou presque et restait souvent pour le dîner. Parfois elle couchait Tamise et attendait que celle-ci s’endorme avant de partir. Parfois encore elle s’attardait un peu pour n’avoir Liffey que pour elle. Et parfois même Liffey et elle faisaient l’amour ; soit dans la douceur aphone de la chambre qui leur semblait ouverte sur un ciel rythmé par les étoiles, soit avec la rage sourde de ces couples qui savent que demain n’est pas à eux. De toute façon t’as jamais voulu qu’on vive ensemble… Toi non plus, alors recommence pas…
   Sans se faire plus attendre, lentement Clyde se leva, avança vers la porte avec sa nonchalance habituelle, son verre toujours à la main – Lili tu peux faire à manger ? J’ai faim et Tam va pas tarder –, et prit la place de Liffey sur le palier, décontractée jusqu’à l’arrogance, comme si le pachydermique amas adipeux qui se tenait devant elle ne méritait pas d’existence. Elle ne l’a pas regardé une seule fois, aussi difficile que cela puisse paraître d’éviter ce tas posé là comme une bouse bien consistante. Silence. Gorgée. Tibre réussit à dire un mot. Elle a l’air d’un gros intestin atteint de constipation séculaire. – Alors… Alors c’est toi ! – gorgée. Soupir – C’est moi quoi ? C’est… C’est toi qui a lancé cette histoire… - la sueur perle pitoyablement sur les contours de l’orifice buccal – Ouais. Tu m’en vois confuse. – Regard Pleine Face. Enfin. Assurément dangereux. La graisse s’en rend compte et s’enfuie – ça se passera pas comme ça ! J’te l’promets Clyde, tu perds rien pour attendre ! Et ta copine aussi ! – Sourire En Coin. Carnassier – Mais oui mais oui vas-y, dis-moi que t’as l’bras long ça m’fait toujours marrer ! Faudrait déjà que t’arrives à mettre tes mains dans tes poches, Ha !
   C’est Tamise qui a bien ri quand Clyde lui a raconté l’événement. Liffey était pour sa part très inquiète de la tournure que cette histoire prenait et avait sans oser l’avouer assez peur des représailles possibles de Tibre. Représailles qui a ce jour n’ont pas eu lieu. Paradoxalement il semble que ce soit à la fois par manque et par excès de lâcheté que Tibre ne s’en est pas prise à Liffey à l’usine. Elle n’est pas lâche car bien qu’elle la déteste, elle ne s’attaquerait pas à Liffey, sa subordonnée en position de faiblesse, alors que celle-ci n’a rien à voir – du moins c’est ce que son cortex cérébral d’huître lui laisse croire – dans cette affaire. Elle est très lâche car dans tous les cas elle sait parfaitement que s’il arrivait quoi que ce soit à Liffey Clyde lui tomberait dessus à bras plus raccourcis que les siens. Quel que soit le prix à payer pour s’être fait justice soi-même.

Par injektileur - Publié dans : ishijima - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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Jeudi 3 décembre 2009 4 03 /12 /Déc /2009 01:20

En 2007, à la sortie de "Volta" de Björk je commençais vraiment gravement à me sentir à la ramasse et sans que ce soit ma faute, presque contre mon gré j'ai dirons-nous laissé filer l'objet. Ce n'est que cette semaine que je me suis penché sur ce condensé de tout ce que sait faire la grande et petite Islandaise. "Declare Independence", en particulier, m'a refait admettre que j'avais une sérieuse prédisposition pour les décibels excessifs et la saturation a priori inutile, et l'electro qui ne cherche pas l'élégance ni le cool ou le branché (des mots que j'abhorre), mais seulement le bruit rythmé pur, toujours cohérent.
Contrairement à RATM, Björk n'a de chanteuse engagée que le nom. C'est une idée fausse que les journalistes, d'une part, et elle-même de l'autre ont fini par lui donner avec les années. Je ne crois pas que chanter en playback à la cérémonie d'ouverture des JO soit un réel signe d'engagement personnel. Ce qui ne veut pas dire non plus qu'elle n'a pas donné son opinion de façon claire et tranchée, ou pris fait et cause pour une quelconque... cause.
Je suis fan de la voix de cette chanteuse, mais encore plus de toute la musique qu'il l'entoure.
Et aujourd'hui je crains d'admettre que comme beaucoup d'autres artistes ou groupes, je préfère quand elle se met à faire du bruit. Peu importe la très grande qualité de ses "ballades" ou chansons plus lentes et expressives ("Bachelorette" ou "Joga" ou même "Human Behaviour") j'aime toujours qu'il y ait un vrai beat derrière.
Ca me rappelle ce que je pense de Dionysos. (Bien) Meilleurs quand ils font du bruit, selon moi.

Avant même que je m'inquiète de me rendre sourd, cette appétance pour le bruit me fait dire que c'est bien la frustration de quelquechose d'inassouvi qui parle chez moi, et chez nombre d'autres personnes je le sais.
Je ne citerai jamais le nombre de choses "pas bruitistes" que j'apprécie en musique. Ce serait trop long et trop peu significatif.
Finalement, qu'est-ce que la frustration au quotidien? Quelque chose qui vous bouffe l'intérieur du crâne tout au long de votre vie? Quelque chose qui vous motive pour avancer et faire de votre mieux pour arriver à vos fins?
Je n'en sais rien. Je ne pourrais pas être objectif, déjà.
La connerie ultime vient très jeune, quand on accepte la frustration comme une fatalité inattaquable de face. Ce n'est que quelques années plus tard, quand il est bien trop tard qu'on se rend compte de l'erreur qu'on a commise. Parce que la frustration s'est incrustée partout: dans vos études, dans votre boulot (si vous en avez un), dans vos projets, artistiques ou non, dans chaque aspect de votre vie, sociale, familiale, sentimentale et sexuelle. Chez les plus chanceux, elle se tait dans quelques uns de ces domaines. Pour les autres, elle pourrit à un endroit, s'infecte et fait des méthastases partout ailleurs.
Elle s'immisce en eux sans tapage, justement, pour les faire plier petit à petit.
Et ce, très tôt, beaucoup trop tôt pour la majorité d'entre eux, ou nous tous, à ce que je crois comprendre en me renseignant un minimum sur les maux de mes concitoyens ou des autres humains en général.

Si vous me permettez de continuer dans la métaphore facile, la frustration c'est le monoxyde de carbone de l'esprit. Vous connaissez, ce gaz inodore et mortel dont on ne décèle la présence souvent que trop tard pour se sauver. A la différence peut-être que je ne sais pas si les personnes mortes intoxiquées par ce gaz souffrent beaucoup.

Je me renseignerai. Et faites attention quand même, s'il vous plaît, l'hiver approche, c'est la saison.

edit: ah et j'ai changé le fond d'écran du blog, plus sobre plus clair. Dites-moi ce que vous en pensez, merci.

edit2 du 9/12/O9: j'ai rechangé le fond d'écran pour l'ancien avec des volutes, comme me l'a conseillé la Grande Mady. ^^

Par injektileur - Publié dans : divagations
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Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /Déc /2009 14:47

Ce titre fait référence de façon explicite à une chanson d'un de mes groupes préférés, Expérience. J'aurais des choses à dire mais j'ai comme qui dirait un coup de mou, alors je me contente de vous faire lire cette dernière nouvelle envoyée en 2004 au PJE, en même temps que "Morioka no Sayaka". Vous imaginerez que ça n'ait pas plu, et que mes intentions premières n'ont pas été comprises du tout, une fois de plus. J'ai assez (litote, toujours) peu apprécié le "conviendrait à un lectorat de moins de 16 ans, au plus" mais ai digéré depuis, quand même. On se retrouve mal jugé parce qu'on essaye de sortir comme on peut des sentiers battus. Je ne me justifierai pas. Ceci est juste un dialogue intérieur à la con comme chacune et chacun d'entre nous peut en avoir, n'importe quand. Bonne lecture quand même. J'essaierai mieux demain.




            Ne rien attendre                                                 


   « Il ne faut rien attendre de moi, tu sais… » m’avait-elle dit soudain, au milieu d’une ville nocturne comme les autres. Loin de nous, à travers les bruits de moteurs frustrés de klaxons fatigués ou de sirènes éteintes je pus entendre distinctement un chien hurler à la mort. J’ignorais si de son côté elle avait le cœur à y prêter attention. J’en doute. Elle n’aimait pas les chiens, et encore moins les chiens qui hurlent à la mort. Ajouté à cela qu’il ne fallait rien attendre d’elle. Dommage et désolé pour le roquet au timbre de ténor et pour tous ses congénères mais j’avais nettement plus de raisons que lui d’être triste. Il ne fallait rien attendre d’elle. On a beau le savoir, on a beau s’y « attendre » cela fait toujours de la peine. Je l’avais senti venir, pourtant, je l’avais senti venir dès notre première rencontre. Elle était mignonne à croquer mais le croisement de nos regards avait fait un gros flop. Oui, c’est le mot, un flop. Un plouf. Comme une pastèque lancée dans une piscine, le goût sucré en moins. On supposera que je suis la pastèque, elle la piscine ; car elle avait les yeux très bleus. Mais n’allez pas croire pour autant que je sois un albinos à la peau verte. Je donne simplement la pastèque en guise d’exemple de truc lourd et lent du bulbe ; car chacun sait que le Q.I. d’une pastèque n’a rien à envier à celui d’un animateur de télévision du samedi soir. Quoi que l’on puisse dire j’étais tout simplement mal barré avec elle, depuis le début, dans tous les sens du terme. Elle me plaisait beaucoup, pourtant, vous l’aurez compris. Selon moi objectivement douce gentille drôle et futée. Mais puisqu’il ne fallait rien attendre d’elle… En fait je me demande si ce n’est pas là la pire chose qu’une femme quelle qu’elle soit puisse dire à un homme quel qu’il soit. Ce n’est pas parce qu’on ne représente rien qu’on n’a pas droit à un minimum de considération, je pense. Même le néant a ses théories et ses théoriciens. Ainsi suis-je convaincu qu’elle n’a jamais éprouvé ne serait-ce que le moindre soupçon d’intérêt pour moi. J’étais plus que transparent ou vide ou inexistant à ses yeux. D’une certaine manière je pourrais m’en vanter. Ce n’est pas rien d’être complètement rien, je pense. Et le néant à un je-ne-sais-quoi de classe dans la connotation, je trouve, une sorte de douce odeur de fin du monde, en un mot, il symbolise de la meilleure façon ce vide caractéristique que le regard d’une femme vous renvoie avant même que celle-ci se rende compte que vous ne l’attirez pas. Vide qu’avec mon expérience je suis passé maître dans l’art de déceler en moins de temps qu’il ne faut à une pauvre pastèque tombée sur l’autoroute A6 un 15 août pour se faire écraser par un vacancier sans pitié pour les cargaisons des remorques de ses congénères, si tenté que l’un de ces congénères ait la drôle d’idée d’emmener une pastèque avec lui en vacances dans sa remorque. Cela a l’avantage d’éviter les pertes de temps ou de longues embardées dans le ridicule. Il ne fallait rien attendre d’elle. Soit.

   Il ne fallait rien attendre d’elle, mais c’était elle qui m’avait aperçu par hasard en train de traverser la rue, c’était elle qui m’avait interpellé. Il lui avait fallu crier très fort parce que depuis quelques mois je ne me séparais plus du baladeur MP3 qu’un richard de mes amis m’avait donné, et avec lequel je prenais un réel plaisir masochiste à me rendre sourd. Oui, je suppose qu’elle a crié très fort, elle a crié mon nom très fort et je ne l’ai pas entendue. Alors c’est elle qui est venue à moi, elle a même un peu couru, je crois, elle m’a contourné et s’est posée devant moi avec un grand sourire. J’ai dû prendre mon air niais de d’habitude, puis bafouiller quelques mots de surprise que j’ai probablement réussi à enrober d’autres mots d’excuses foireuses, parce que je me rappelle qu’elle a ri. Mes oreilles sifflaient un peu. J’ai dû avoir l’air vraiment stupide. Mais elle a ri. Peut-être n’était-elle non plus pas vraiment à son avantage dans cette situation. Très légèrement essoufflée, les joues rosies par le froid léger ; il faisait nuit mais le rouge de ses joues déteignait dans les lumières des réverbères. Elle n’avait pas mauvaise haleine mais on sentait qu’elle avait bu et fumé. Ses yeux étaient clairs malgré tout. Elle parlait tout doucement, comme si m’avoir crié dessus l’avait gênée et qu’elle voulait se rattraper. Parfois je devais me pencher sur elle pour mieux l’entendre et, loin au-dessus des odeurs de fumée ou d’alcool, ses cheveux envoyaient leurs parfums multiples d’essais à répétitions de shampooings de toutes sortes de toutes provenances. Alors elle reculait imperceptiblement, toujours avec le même sourire aux lèvres, sans hausser la voix, peut-être un peu plus intimidée, et continuait à me poser des questions soit insignifiantes soit tout à fait sensées, mais toujours irrésistibles dans l’intonation. Mes oreilles sifflaient un peu. Ses yeux étaient clairs, malicieux, peut-être un peu fatigués mais craquants par leur fatigue même. Ils inspiraient puis expiraient la satisfaction et la joie de vivre comme de véritables poumons. Pourtant dans chacun de leurs souffles je pouvais percevoir le message premier. Il ne fallait rien attendre d’elle. Mes oreilles sifflaient un peu. Il ne fallait rien attendre d’elle et toutes les pastèques rouges roses et vertes du monde et toutes les piscines olympiques du monde se rallieraient à ma cause d’amoureux transi – diable que j’ai horreur de cette expression – que cela ne changerait pas le problème. De mon côté il fallait que j’assume, quand elle était près de moi, les sourires, les yeux bleus, les plaisanteries les exclamations les silences, quand elle était loin de moi, tous les moments interminables où elle me manquait, sans ses sourires, ses yeux bleus, ses plaisanteries ses exclamations ses silences. Mes oreilles sifflaient un peu. Mais qu’importe la souffrance, que valent les atermoiements inutiles, les plongeons, puisqu’il ne fallait rien attendre d’elle. Surtout ne pas se poser de questions, surtout ne pas se poser de questions.

   Il est fort probable que j’aie trop attendu de sa part. C’est même certain. Personne ne me blâmera je pense, c’est une réaction humaine. Je pense. Je souhaiterais juste ne pas avoir à le formuler à haute voix. Question de dignité. Un homme a le droit de taire ce genre d’erreurs. Elles ne concernent personne d’autre que lui. Il est libre. Plus que libre. Plus que triste, mais plus que libre. Et ne lui demandez pas ce qu’il compte faire de sa liberté dont, dans ces moments interminables, il se fout comme des cotations boursières d’il y a 30 ans. Je tiens à préciser ici que dans mon cas, même les nouvelles les plus récentes de Wall Street ou de Tokyo ne me font ni chaud ni froid, y compris et peut-être surtout lorsque je suis en pleine forme. Chose étrange qui m’arrive, parfois, sans prévenir. Le fait est qu’on ne donne jamais le cours de la pastèque, ni celui des piscines privées ou même des piscines olympiques. Ce serait intéressant, pourtant. Il paraît que d’après l’état du Marché on peut prédire l’avenir de la planète. Le Marché passe pour un devin. J’ai entendu quelque part que depuis les origines de l’Humanité, les devins et les diseuses de bonne aventure, les voyantes lisent dans toutes sortes de choses pour prédire l’avenir. Je me demande si dans les entrailles d’une pastèque chlorée, l’un d’entre eux ou l’une d’entre elles aurait pu m’avertir de ma future déconfiture, ou même prédire que je ferais ici même, involontairement je vous le jure, un jeu de mot doublé d’une allitération absolument nulle, et pourtant tellement à l’image de mon esprit perturbé. Je me demande si une pastèque aurait pris ses plus jolis pépins pour écrire à mon intention au fond d’une assiette quelconque « Méfie-toi, méfie-toi bien, il ne faudra rien attendre d’elle ». Le fait même que je me flagelle à écrire ceci laisse à croire que je ne sais toujours pas écouter ma « pastèque intérieure ». Quel dommage. Quel manque de discernement. Quel déni d’introspection. Cela aurait pourtant permis de me protéger d’une partie des troubles qui m’affectent encore aujourd’hui. Je dirais que ma vie a toujours manqué de sucre, mais qu’importe. En fait c’est peut-être une chance si on considère le sucre comme le futur premier poison mortel du XXIe siècle. Mais qu’importe. Dans tous les cas il n’aurait quand même rien fallu attendre d’elle.

   Il ne fallait rien attendre d’elle. Plus on les écrit plus les phrases perdent leur sens. Je dirais que ça peut être une bonne thérapie pour tous les malheureux muets qui n’ont pas accès à la méthode Coué, ou tous les gens intelligents qui ont compris depuis longtemps que cette méthode Coué ne marche jamais, et encore plus les malheureux muets intelligents qui n’y ont pas accès mais qui ont compris depuis longtemps qu’elle ne marche jamais. Bien qu’en y réfléchissant un peu, je ne voie au final pas comment la méthode Coué pourrait marcher, si elle marchait, dans un cas tel que celui-ci. Tout simplement aucun rapport. Comme elle et moi.

   Il ne fallait rien attendre d’elle. Continuons quand même, les pastèques sont avec nous. Il ne fallait rien attendre d’elle, mais moi j’avais envie de la prendre dans mes bras de l’embrasser de lui faire l’amour. Les pastèques rougissent, mais c’est la stricte vérité. Il ne fallait rien attendre d’elle, et malgré tout je suis un homme. Et aucun homme, quel qu’il soit, amoureux d’une femme, quelle qu’elle soit, ou tout d’abord fortement attiré par une femme, quelle qu’elle soit, ne pourrait supporter que cette femme, quelle qu’elle soit, lui dise qu’il ne faut rien attendre d’elle. Cela n’est pas humain. Les pastèques acquiescent. Mais bien sûr une femme, quelle qu’elle soit, peut tout à fait dire de façon claire à un homme, quel qu’il soit, qu’elle ne veut pas de lui ou qu’ils ne sont pas faits pour être ensemble. Cela n’est évidemment pas à remettre en cause. Les pastèques confirment, bien qu’un peu noyées dans ma rhétorique mal entretenue, infestée par des algues toutes plus étranges les unes que les autres. Mais qu’importe.

   De nous deux je ne sais qui avait au final le moins de choses à dire à l’autre. Moi, probablement. Admettons, pour une fois. Elle me raconta que sa prof d’histoire de l’art était morte d’une crise cardiaque deux jours auparavant, en faisant de la natation à un rythme trop élevé pour ses capacités et son âge. Elle ajouta qu’elle la détestait, et qu’elle avait honte de ne pas ressentir la moindre tristesse ou le moindre remords d’avoir été si peu attentive en cours. Je ne sus pas plus que d’ordinaire dire quelque chose d’intelligent.

   Puis nous nous sommes quittés, elle, avec ses yeux bleus avec son sourire et ses mots gentils et ses silences, moi, dans l’obscurité absolue. Arrivé dans mon appartement je me suis écroulé sur le lit, exténué, le visage enfoncé au plus profond de la couette. Puis je me suis retourné, après cinq minutes en apnée. J’ai fixé le plafond blanchâtre. À la lumière du néon il prenait la même couleur que l’intérieur de l’écorce d’une pastèque. Dehors on pouvait entendre copuler deux chats du quartier. Chez cette espèce la femelle souffre toujours beaucoup pendant l’accouplement, à cause du mâle et de son pénis hérissé comme un harpon.

   Il ne fallait rien attendre d’elle.

   J’avais prévu de pleurer le lendemain.

Par injektileur - Publié dans : nouvelles
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