Jeudi 26 août 2010 4 26 /08 /2010 03:31

On a beau ne pas se tenir au courant, ça fait toujours un énorme choc quand un artiste que vous appréciez meurt, surtout dans la force de l'âge.

Kon Satoshi nous a quittés ce 24 août. Le cancer l'a emporté alors qu'il allait sur ses 47 ans. Son nom n'est pas vraiment connu du grand public par chez nous, mais nombreux sont celles et ceux qui se souviennent de son premier film "Perfect Blue" sorti en 1998, salué par la critique et le public amateur d'animation de qualité. Ce polar très sombre - une histoire de dédoublement et de traquage de starlette au milieu de crimes sanglants - était malgré tout perfectible, comme tous les premiers longs-métrages ou presque - notamment dans l'animation. Perfectible mais inoubliable.

Les suivants ont, je le pense, atteint le statut d'oeuvre d'art. J'avais vu "Millenium Actress" ("Sennen Joyû") lors de mon premier séjour au Japon en 2002, et avais été surpris du manque de spectateurs pour un jour de sortie. Excellent film que je vous conseille, malheureusement à peine distribué en salles ailleurs qu'au Japon, mais trouvable assez facilement en DVD.

C'est surtout la géniale comédie "Tokyo Godfathers" qui m'a conforté dans l'idée que ce réalisateur était en train de devenir un très grand réalisateur, plein d'idées et d'humour. Il était venu lui-même le présenter au festival des nouvelles images du Japon, fin 2003, et je me souviens comme si c'était hier de son émotion toute contenue face à une salle comble et un public étranger mais conquis qu'il n'avait jamais réellement rencontré de cette façon.

Malheureusement toujours, un festival reste un festival et si mes souvenirs restent bons je ne crois pas non plus que le film soit sorti sur les écrans français, en dehors de ce jour-là - le coffret DVD, sinon, a été plutôt soigné. Il s'agit d'un hommage appuyé aux comédies américaines, un western moderne et déglingué qui garderait un solide ancrage au Japon, prenant place et action au beau milieu d'un milieu ( les sans-logis) trop peu dépeinte au cinéma.

En 2006, "Paprika", son dernier long-métrage en date, a fait plus ou moins un bide en France et cela m'a encore une fois beaucoup peiné. L'histoire assez complexe était en fait une sorte d'"Inception" avant l'heure, en beaucoup plus barré. Mais l'ambiance, les couleurs et la musique en font aujourd'hui une oeuvre unique que contrairement aux daubes de David Lynch les spectateurs n'ont pas voulu comprendre.

Il avait auparavant réalisé vers 2004 une série que je n'ai pas encore vue en entier, "Paranoia Agent" ("Môsô Dairinin"), mais qui gardait d'emblée tous les délires de l'auteur comme marque de fabrique, avec beaucoup de réussite à ce que j'ai pu constater.

Toujours pour éviter de m'enflammer, je ne vais pas m'étendre sur cette disparition qui m'attriste énormément. Disons que cela fait un moment que beaucoup de personnes, dont moi, se "préparent" à l'après-Miyazaki ou l'après Takahata, et c'est donc assurément, pour tous ceux - comme moi, donc - qui n'était pas assez à l'affût de nouvelles de ce monde-là pour être au courant de la maladie de Kon, une très mauvaise surprise, et je pèse mes mots. Une grande perte pour le cinéma d'animation japonais, et mondial. Il avait de quoi assurer la relève de tous les autres, comme Ôtomo et consorts. Il avait encore plein de choses à raconter. Il  aurait dû encore avoir le temps de nous faire peur, rêver et/ou rire.

Je ne répèterai donc jamais assez combien je suis triste. Et encore plus triste de bien avoir senti depuis longtemps combien ce grand réalisateur n'a pas tout à fait eu la reconnaissance qu'il méritait. Ce genre de choses prend du temps. Ce  simple temps que la vie ne lui a pas laissé.

Je suis triste, oui. Très triste. Affreusement triste.

 

ご冥福を祈ります

 

Qu'il puisse reposer en paix.

Et que ses films, eux, ne reposent pas au fond de placards poussiéreux.

 

 

 

 

 

 

 

(vidéo : extrait de Paprika)

 

 

edit 28/08/10 : bon, je viens de chercher un peu de quoi réfuter ma thèse comme quoi les (derniers) films de Kon n'ont pas eu le succès qu'ils méritaient. Et la vérité est qu'à part les récompenses dans les festivals internationaux, nombreuses, je voudrais vraiment qu'on me confirme le nombre d'entrées, que je crois faible, et que j'ai pu constater, je le répète, de mes yeux au Japon. Merci d'avance. de bien vouloir participer.

Sinon, de fait, pour me laisser le bénéfice du doute, j'ai ôté l'épithète "internationale" à "reconnaissance" dans le dernier paragraphe. En gros, selon moi, les festivals ne font pas tout, et les films ont très peu été distribués en dehors de ces circuits, limitant par définition le succès commercial dont j'ai pu avoir quelques échos, et dont je doute un peu beaucoup, rien qu'à la vue des chiffres sur IMDB. Reste à connaître les chiffres de vente des DVD.

Par injektileur - Publié dans : divagations
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Partager    
Mercredi 25 août 2010 3 25 /08 /2010 04:03

 

 

 

 

Des senteurs anciennes parsèment sa route et elle ne sait tout d'abord pas comment. Une seconde auparavant elle se trouvait ailleurs dans sa vie livide et bornée sans réels repères. Et puis soudain là voilà emmenée bien avant bien plus loin dans l'intérieur dans sa petite histoire personnelle, aux jours  par définition plus heureux, emmitouflés dans le coton jusqu'à la petite mort. Je suis revenue pense-t-elle à part elle, je suis revenue alors que je n'y croyais plus, que j'avais presque oublié. Où ai-je donc passé toutes ces années ? Personne ne m'a jamais crue, jamais écoutée et me revoilà exactement au même point. C'est étrange comme je me sens étrangement bien à cet instant profitons-en, cela ne durera pas.

Si personne ne m'écoute, non, je n'aurai besoin de personne. Je suivrai ma voie, je saurai malgré tout où je vais où je retourne. Ce n'est pas une scène de crime mais une anesthésie de grande ampleur. Autour de moi les décennies fusionnent et me réparent l'âme. Elles n'ont rien de bénéfique pourtant, si je ne prends pas garde elles seront ma fin subite avec les pleurs inhérents. Mais comme tous les poisons savants, elles sauront aussi me sauver la vie si je les maîtrise comme j'ai jadis su les maîtriser.

Sur ce chemin d'une campagne fantasmée je ne me perdrai plus. Puisque je le connais par coeur, que je suis revenue et que j'y resterai.

 

 

 

 

 

(Je ne répèterai pas ce que j'ai déjà raconté plus bas. Toujours composé par Uematsu Nobuo, ce morceau s'appelle "itsuka kaeru tokoro" ("là où je retournerai un jour") et constitue l'introduction originale de Final Fantasy IX, dernier épisode de la série sur la première Playstation et dernier grand épisode tout court. Et si cela n'est pas à votre goût, j'en suis bien désolé, mais je ne pourrai pas vous promettre que ce sera la dernière fois que j'utiliserai un de ces thèmes. L'heure n'est plus pour moi à chercher à convaincre des lecteurs absents. Je vais juste écrire ce qui me plaît.)

Par injektileur - Publié dans : une zik une humeur
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Mardi 24 août 2010 2 24 /08 /2010 03:54

Rapport direct avec la dernière note de Boulet, que j'ai vraiment trouvé géniale. Sa meilleure depuis longtemps, probablement. Alors j'ai pas tout à fait l'habitude de me lancer dans la pub pour des blogs ( plutôt contre-pub, j'imagine) surtout pour un aussi connu que celui-ci, qui m'a plus ou moins donné envie d'ouvrir le mien. La plupart des blogueurs dans ma liste de liens sont des gens qui répondent à leurs commentaires. Boulet, non, ou très peu, mais tout le monde n'a pas des centaines de messages plus ou moins intéressants - ceux de mon cru sont probablement à caser dans la deuxième catégorie - à "contenir". Donc personne ne pourrait lui en tenir rigueur.

A dire vrai, je suis loin de le connaître depuis longtemps - 2 ans environ - et je n'ai pas encore lu ses "vraies" BD, mais c'est au moment de la publication du premier recueil papier reprenant l'ensemble de ses notes que j'ai réalisé à quel point ce type est drôle et doué. On n'est pas obligé d'être à chaque fois d'accord avec lui, ou dire amen à ses humeurs sauteuses, mais franchement, des planches virtuelles comme celle plus haut sont des oeuvres à part entière et elles sont assez essentielles dans l'idée qu'on devrait se faire d'internet et de son utilité. Je complimente d'autant plus facilement que je ne suis pas lu de mon côté. Juste envie de rendre hommage à un vrai artiste, partageant le plus souvent mes convictions face à la nécessité de rester sincère dans ce qu'on fait et ce qu'on veut montrer de nous-mêmes. Car oui, je l'ai souvent dit, je me méfie de l'autofiction et de l'autobiographie en général comme de la peste. Ce que Boulet a de très développé c'est l'autodérision, qui est la pierre angulaire de tout bon blog qui se respecte, surtout dans le domaine du blog BD où les auteurs n'ont pas vraiment grand chose d'autre à raconter que leur petite vie. Il ne faut pas les blâmer, il s'agit souvent de manque de temps pour aller plus loin que ce qui nous entoure directement. C'est plutôt un exercice, pour elles et eux, j'imagine. Un genre de "crayon bien tempéré" et dans le cas de Boulet, ce ne serait pas exagéré de dire qu'il a contribué à créer ce nouveau standard de communication, de la plus belle des façons.

Voilà, séquence dithyrambe une nouvelle fois terminée, voire avortée. C'est fatigant et inutile, mais des fois, j'aime bien parler des gens qui comptent pour moi. Je remercie la personne qui m'a introduit et convaincu que ce blog valait vraiment la peine d'être lu et suivi. Il se reconnaîtra. En ce qui me concerne, je dois être vieux jeu grave, mais il m'a fallu voir tout ça sur papier pour me rendre compte de la superbe qualité, du souci constant de variation dans tous les sens du terme qu'on trouve chez Boulet. Si vous n'avez encore jamais essayé - ce qui m'étonnerait, bien entendu, toutes les lecteurs de blog savent qui il est - je ne saurais que trop vous conseiller de vous y mettre. J'espère que ce lien vous aura donné envie, en tout cas. Evitez juste de commenter à tout va, comme votre fidèle serviteur.

Par injektileur - Publié dans : titkroniks
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Partager    
Vendredi 20 août 2010 5 20 /08 /2010 23:49

 

 

 

 

Mes mains tremblent. Le vacarme m'encercle et m'assombrit. Je n'ai pas 15 ans, ni le double ou le quadruple, je ne suis pas aussi ancien que le cosmos, mais je vois des choses j'entends je ressens des choses qui m'ont dépassé me dépassent toujours, par delà les images les sons vieillis éternels, la nostalgie bienfaitrice au premier abord que je hais sans commune mesure. Et pourtant et pourtant elle me rappelle et ils me rappellent tous, ces êtres animés d'une vingtaine de façons seulement, ils font beaucoup de bruit à peine varié et pourtant les années passent et passeront et je n'oublierai rien, parce qu'il y aura encore des combats aujourd'hui vus  revus risibles, il y aura encore et toujours l'acharnement dantesque et le mot est finalement faible d'un monstre qui me ressemble a minima il y aura surtout les hécatombes, les fins de mondes immortels, la peur inutile et atroce de devoir quitter les cauchemars dans lesquels on s'est jeté avec un plaisir malsain, complètement ridicule.

Mais pour l'instant mes mains tremblent. Je vieillis et pourtant je dois encore me battre. Combattre pour oublier, sans réel but sans réelle fin finalement alors je m'arrêterai avant je couperai tout parce que ça me dépassera de loin. Mes mains tremblent et le chemin n'est plus très long. Ca hurle et gémit devant moi. La planète n'est plus qu'un champ de ruines. J'ai assisté à sa destruction sans ciller et je n'ai définitivement plus su à quel saint me vouer. Et pourtant la dernière bataille doit avoir lieu, dans mes bras dans ma tête tellement profond qu'il n'est pas la peine de la mener puisque je me ferai du mal tout pareil qu'à l'ordure en face de moi. Et je lui ressemble. Derrière les apparences magiques il se tient, misérable et pathétique devant moi. Il me ressemble. La fin n'a pas de fin d'autres l'ont dit et le rediront des milliards de fois la fin n'a pas de fin et c'est tout un pan de vie qui ne s'écroulera pas si je me laisse faire et pourtant jamais je n'oublierai le tremblement de mes mains face au virtuel obsolète qui n'a de cesse de me hanter le virtuel surrané dont je ne sortirai jamais.

Pour l'instant mes mains tremblent et je ne ferai pas en sorte qu'elles s'arrêtent.  Je les laisserai finir leur vie dans la démence sénile prématurée. Le temps m'a déjà été si long que rien ne pourra l'exprimer. Les mots perdent leur valeur face à certaines valeurs qu'on ne sait partager. Parce que la musique elle non plus ne s'est jamais arrêtée. C'est elle qui m'a guidé à travers les années. C'est elle seule, finalement, qui m'a guidé au milieu du grand néant qu'a été mon existence. Les battements ne cesseront pas. Il ne faut pas qu'ils cessent.

Non, clairement si mes mains tremblent ce n'est pas de peur, mais d'excitation face à l'après, à l'extinction de ce monde si prégnant, qui perdurera longtemps dans les décombres pixellisés, sur mes cendres ou dans l'esprit de celles et ceux qui comme moi chacun à leur façon n'ont au bout du compte pas pu pas voulu vaincre leurs démons.

 

"La vie. Les rêves. L'espérance... D'où viennent-ils ? Et où vont-ils ? Toutes ces choses que vous croyez si importantes... Je les détruirai une à une !"

 

 

 

 

 

(Cette fois l'habillage demande quelques explications. Cette musique composée par Uematsu Nobuo et son groupe les Black Mages est la version studio du thème du boss de fin de Final Fantasy VI - le beau logo qui vous l'indique est signé Amano Yoshitaka -  jeu vidéo emblème d'une époque révolue, imprégné de la crise que le Japon vivait alors, en 1994, et des thèmes de destruction inhérents à la culture artistique contemporaine de ce pays. En japonais, ce morceau s'appelle "Yôsei ranbu" qui a été traduit, faute de mieux, par "Dancing mad" en anglais. J'étale ma culture et rajoute que "Yôsei" signifie plus ou moins étoile de mauvaise augure, ou comète. "Ranbu" c'est effectivement la "danse folle" genre incontrôlable. L'exemple type du dico, ce sont les papillons. Le japonais est plein de ressources, vous devez déjà le savoir. La version originale dans le jeu même dure près de 18 minutes - un vrai petit concerto en soi - celle-ci environ 12. La personne admirable - pseudonymée aaronsoldier - qui l'a youtubée a dû couper à 10, parce que le compte lambda n'autorise pas plus long. A dire vrai cela ne me dérange pas, car si ce que vous entendez au début est selon moi du "pure pwnage" comme disent les Américains, la fin est nettement plus dispensable. Le style Santana, très peu pour votre serviteur.

Je pourrais quoi qu'il en soit m'étendre en long et en large sur ce jeu et faire mon fanboy boursouflé de dithyrambe mais je vais me retenir, pour une fois. Tout ce que vous devez savoir - si ça vous intéresse - est ici, raconté avec beaucoup d'humour et de recul par un gamin doué dont je  ne pourrais pas vous confirmer le nom. Pour finir, vous avez peut-être entendu parler de cette série de jeux extrêmement populaire. Mon seul conseil serait d'oublier les épisodes - Le XIII par exemple, le dernier en date - parce qu'ils sont purement et simplement indigents et indignes de ce qu'a été Final Fantasy il fut un temps pas si lointain... Et oui, je me tais maintenant, je l'avais déjà évoqué, c'est pas la peine de radoter... Ah, si, j'ai oublié de préciser que la phrase de fin fait  aujourd'hui partie des grandes citations du jeu vidéo toutes catégories confondues. C'est ce que dit ce dernier boss avant d'essayer d'en finir avec vous...  )

Par injektileur - Publié dans : une zik une humeur
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Jeudi 19 août 2010 4 19 /08 /2010 22:50

(dialogue-fiction)
 
 
(dans les limbes)
 
I: Ah, te voilà, toi.
K: Mmm ?
I: Ca fait longtemps que je te cherche, en fait.
K:  Désolé.
I: T'as pas à être désolé. Je t'imaginais un peu plus grand et moins maigre, c'est tout.
K: Désolé.
I: T'as pas à être désolé, je te dis. En plus ça n'a aucun rapport. Je croyais que tu serais enfin plus en forme, par ici. Mais apparemment, j'avais un peu tort.
K: Bof, non, ça va pas trop mal.
I: Ca fait un bail que t'es parti, maintenant, quand même.
K: Je sais, je me rends pas trop compte.
I: Tu vas me dire qu'on perd la notion du temps ?
K: En gros, oui. On a juste le droit de jeter un coup d'oeil en bas, tous les 5 ans selon votre calendrier, à peu près.
I: Et tu regardes quoi ?
K: J'ai regardé ma fille grandir,  et c'est à peu près tout. Le reste est déprimant, et j'ai pas besoin de ne pas regretter ce que j'ai fait.
I: Désolé.
K: Bah toi non plus t'as pas à être désolé. T'y es pour rien je pense.
I: J'imagine.
K: Et tu voulais me demander quelque chose en particulier ?
I: Ben finalement, je me dis que je dois pas être le seul, alors non, c'est ridicule, t'apparais comme ça, tu sors de nulle part, ça veut rien dire.
K: Je suppose. Mais c'est pas comme si c'était vraiment important.
I: Pour moi, ça l'est. Mais je suis un peu démotivé et t'es pas le genre de mec qui saurait m'aider.
K: Si tu le dis...
I: Je veux pas te vexer, non plus, mais bon, t'admettras que ta vie et ta fin ne sont pas des plus gaies.
K: Je crois que j'ai pas mal eu de joies, aussi, mais c'est vrai que j'ai tendance à les oublier, c'est mon tempérament. Désolé.
I: Arrête un peu d'être désolé, ça sert à rien là où on en est. Et ça te ressemble pas.
K: Comment ça ça me ressemble pas ? Tu me connais ?
I: J'ai lu ta biographie attentivement, 2 fois, et ton journal intime aussi.
K: Mon journal ? Me dis pas qu'elle a fait publier ces trucs ?
I: Si.
K: C'est pas comme si ça m'étonnait. Mais c'est pas du tout ce que je souhaitais à la base.
I: Et t'espérais quoi ?
K: J'en sais rien, mais pas ça.
I: T'as toujours été un menteur, ça, c'est clair.
K: (soudain irrité) Merci pour le compliment.
I: Je dis pas ça pour te vexer, mais faut appeler un chat un chat. T'étais égoïste, souvent hypocrite avec tes proches, boudeur et menteur avec tout le monde, à des niveaux différents.
K: (toujours irrité) Vas-y enfonce-moi et enfonce-toi pareil.
I: Arrête un peu, j'essaye simplement d'être franc. Et pis c'est pas parce que tu m'as sauvé la vie que je peux pas voir tes défauts.
K: Sauvé la vie ? T'es bien prétentieux. J'ai dit ce que j'ai dit à l'époque uniquement pour pas passer pour un monstre auprès de ma fille. C'est tout.
I: Donc t'es bien un gros égoïste. Y'a des gamins et des gamines qui t'ont suivi quand t'es parti.
K: Je sais. Je les ai croisés.
I: (le réprimandant) Et tu vas leur dire quoi, à leur famille, que t'es désolé aussi ?
K: (s'énervant peu à peu) Arrête de me faire chier avec ça, j'avais rien demandé, c'est ça, la vérité.
I: La vérité, ou ta vérité ? Hein ? Tu dis que t'avais rien demandé, mais tout le monde sait que tu t'y étais préparé toute ta vie, et t'en parlais souvent, et tu mentais, et t'écrivais même des fausses interviews de toi et de ton groupe. Alors assume, un minimum, OK ?
K: (sarcastique et toujours énervé) Tu connais vraiment rien à rien, et tu oses me faire la leçon ? T'es pas la moitié d'un petit con non plus, tu sais, ça ? Et si tu savais pas, crois-moi, je te le confirme.

I: (déjà lassé) Je crois qu'on est déjà dans une impasse, tous les deux.

K: (toujours ironique) C'est évident, tu t'attendais à quoi ?

I: A rien, rien du tout. Surtout pour ce que j'étais venu te demander, vaudrait mieux pas que j'insiste.

K: (plus compréhensif) Arrête de tourner autour du pot, et accouche, un peu.

I: ...

K: Allez...

I: Bon, ben... Tu vois, je vais bientôt avoir 29 ans...

K: Félicitations. Mais qu'est-ce que tu veux que ça me fasse ? Et je reste poli...

I: Toujours poli, c'est important. Au fait, depuis quand tu parles français ?

K: Cherche pas... Allez, pose-moi ta question et laisse moi tranquille.

I: Ben justement, c'est ça mon problème.

K: ... C'est à dire ?

I: Ici, c'est chez moi. Tu es chez moi, dans ma tête. Et j'aimerais que tu t'en ailles.

K: Hein ? C'est une blague ?

I: Je suis on ne peut plus sérieux. Tu es mort depuis longtemps et tu me pollues l'esprit. Le prends pas mal.

K: (un peu perplexe, après quelques secondes d'hésitation) Non, je comprends, en fait.

I: Certains vivront avec toi toute leur vie, mais moi j'en ai aucune envie. Quand t'es mort, t'étais un peu comme un oncle. Puis t'es devenu un grand frère, puis un frère, un frère jumeau. Et là tu passes au stade de petit frère. Et je veux surtout pas que tu sois mon fils et mon petit-fils, avec les années qui filent.

K: (un peu triste, et surpris) Je vois. C'est stupide, comme façon de voir les choses, mais on est chez toi. J'y peux rien J'irai ailleurs, alors...

I: T'es pas fâché ?

K: Non, si ce que tu racontes est vrai, si je suis là c'est uniquement parce que tu as l'impression de me connaître depuis longtemps. Mais c'est faux, et prétentieux, et tu le sais.

I: Je sais bien. Mais la vérité, même si tu faisais partie intégrante de moi, c'est que t'es mort,  bien mort, et que ton corps a depuis longtemps fini de nourrir les vers...

K: (l'interrompt sèchement) J'ai été incinéré.

I: Ah oui, c'est vrai, tant mieux pour toi, autant pour moi.

K: Et je fais quoi maintenant ?

I: Je te l'ai dit, y'a des millions de gens qui seront ravis de t'accueillir. Et ils te permettront de garder un oeil sur ta fille, j'imagine.

K: J'espère. Je l'aime tellement.

I: Pourvu que ça dure.

K: Et maintenant, je fais quoi ? Tu vas créer genre un portail ou une porte que je vais devoir passer ?

I: Non, non, dans mon esprit je préfèrerai que tu t'évanouisses, que tu disparaisses petit à petit.

K: (cherchant ses mots) Comme dans Retour vers le Futur ?

I: (riant) Comme dans Retour vers le Futur.

K: (toujours triste, voire gêné) J'ai toujours eu du mal avec les adieux, les mots de la fin, et tout.

I: Je suis pareil, t'en fais pas.

K: Notre dialogue, là, c'est pas du Kurosawa.

I: (éclate de rire à nouveau) Non, c'est clair.

K: C'est comme ça que tu l'avais prévu.

I: (soudain plus sérieux, et triste) Non, du tout.

K: Tu me regretteras pas ?

I: Si, sûrement, mais je sais que je fais le bon choix.

K: Désolé.

I: Arrête. C'est moi qui suis désolé.

 

(I. regarde ses pieds deux secondes, et alors qu'il relève les yeux, K. n'est déjà quasiment plus visible. Leurs regards ont à peine le temps de se croiser mais K. semble finir aveugle. I. se retrouve enfin seul et se met à trembler fort de façon incontrôlée)

 

 

 

 

Par injektileur - Publié dans : nouvelles
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Partager    

introducing...

  • pour la main gauche
  • : des essais d'essais de romans en ligne, avec des nouvelles aussi, de la musique, de la poyézie et des bouts de pseudo-réflexions personnelles dedans...
  • Retour à la page d'accueil
  • Contact

dernières gentillesses, ou non

savoir quand

Septembre 2010
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30      
<< < > >>

injektzik

passe, passe le lien

flux soviétique

  • Flux RSS des articles
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés