Mercredi 1 juin 2011 3 01 /06 /Juin /2011 01:21

Même desséchée au troisième degré, Juin devant vous se présentera comme chaque année, imperturbable. Elle sera à peine maquillée, presque brutale. Elle sera remplie de contradictions et n'oubliera pas de vous le faire comprendre. Presque vulgaire. Surjouée.

 

Juin est surjouée, juin perd l'extase et l'inspiration mais juin est là. Juin reste là. Juin va beaucoup trop vite parfois.

Juin est bancale mais elle est là.

Juin devrait être la plus équilibrée parmi les déséquilibrées. Force est de constater que c'est raté.

 

Elle s'offrira à vous comme chaque année, imperturbable. Elle sera trop blasée, presque létale. Elle restera coite dans vos moments de doute et vos inutiles introspections. Elle s'emplira lentement des dizaines et des dizaines de mélancolies successives qui vous assaillent à chacun de ses retours.

Puis vous vous défendrez. Puis vous contre-attaquerez. Puis vous n'aurez qu'à vous baisser pour la ramasser lorsqu'elle cèdera sous vos assauts mal calculés. Vous l'enterrerez sans trop de regrets. Vous la pleurerez un peu, histoire de faire bonne figure. Vous la redouterez un instant encore. Puis vous l'oublierez d'un coup. Question de survie.

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

(video unrelated, comme on dit. En espérant que ça puisse faire plaisir à quelqu'un...)

Par injektileur - Publié dans : calendes drillées
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Lundi 30 mai 2011 1 30 /05 /Mai /2011 04:44

Voilà, on y est, c'est bien joli très joli d'essayer d'écrire sur le fait d'écrire sans savoir pourquoi on écrit tout en sachant très bien qu'on n'a aucune autre possibilité que celle d'écrire.

Avant l'âge des espoirs ou des visions était venu celui des rêves basiques et linéaires. Ces époques bénies où il était encore possible de se réveiller en sueur pour de bonnes raisons. Ces époques bénies où le plafond blanc craquelé savait trouver sens.

 

Alors voilà, on y est. C'est vraiment joli d'essayer après tant d'autres d'écrire sur le fait d'écrire sans admettre tout à fait que l'on n'est rien tout en sachant très bien qu'on n'a aucune aucune autre possibilité que celle de n'être rien.

Après l'âge des pathétiques viendra celui des désillusions toujours plus drues. Il y aura beaucoup de pertes côté attaquant, la défense carrée se bornant à repousser dans le lit toute tentative constructive de changement.

 

Oui, c'est adorable de s'essayer à l'écriture après tout le monde. C'est touchant de constater à quel point il est facile de se prendre le côté de la plaque sur la gueule. Dans les doigts. A l'intérieur des doigts.

Il n'y a plus de réelles visions depuis si longtemps. Il n'y a plus de simulacre de vitalité depuis si longtemps.

 

Non, il ne s'agit pas d'une gageure que de faire quelques efforts pour se vendre ou s'affirmer en écrivant.

C'est simplement la vanité de la chose qui ni n'émeut ni n'amuse ou encore moins ne détend au fil des décennies. C'est simplement l'inutilité de la chose qui surprend encore et toujours alors qu'une fois de plus il faut se laisser aller à rester médiocre parmi les grands.

 

Le problème étant ici qu'avant même de vous plaindre de votre sort vous n'avez jamais tout à fait fini d'écrire et de pester contre votre absence de légèreté.

 

Voilà, on y est.

Par injektileur - Publié dans : divagations
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Mercredi 25 mai 2011 3 25 /05 /Mai /2011 02:12

Si certains se demandent ce que c'est, concrètement. Si certains se demandent à quoi elles servent.

Il faudrait élargir le concept. Ca créerait des emplois.

Des cellules psychologiques pour les étudiants qui ont raté leurs examens. Pour le lycéen qui a raté son bac d'un point après rattrapage.

Pour les supporters du PSG. Pour les fans de 24 heures chrono.

Pour les chômeurs longue durée. Pour les chômeurs longue durée qui passent au moins 3 entretiens par mois, sans résultat. Pour les gens trop bien payés. Pour les gagnants du loto - et ça, c'est une réalité.

Pour les militants communistes. Pour les députés et les sénateurs qui assistent à trop de séances à l'assemblée. Pour les présentateurs météo quand ça bouge pas. Pour les musiciens qui jouent dans des salles vides. Pour les comédiens qui jouent dans les pubs panzani. Pour les gens qui se sont fait hacker - ou effacer - leur compte facebook. Pour les journalistes qui croyaient faire le métier de leurs rêves et se retrouvent à faire le pied de grue à Matignon, Cannes ou ailleurs.

Pour les traders conscienceux. Pour les mères de famille en mal d'amour. Pour les pères absents. Pour les enfants qui s'ennuient. Pour les adolescents trop populaires à l'école. Pour les cinéastes ratés. Pour les écrivains ratés.

Pour les écologistes convaincus. Pour les écologistes revenus.

Pour les commerciaux honnêtes.

Pour celles qui se plaignent de ne tomber que sur des sales types.

Pour ceux dont le nombre de relations sexuelles s'aligne sur celui des défaites de Nadal sur terre battue.

Pour les spéculateurs sur les produits de première nécessité quand ils ont des remords.

Pour les anciens premiers ministres assassins parce que c'est tellement difficile d'oublier ces histoires de sang contaminé.

Pour les psychiatres quand leurs patients les font souffrir. Pour les belles femmes qui vieillissent. Pour les hommes sans histoire.

Pour les humains qui ont peur de mourir.

Par injektileur - Publié dans : insanités
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Mardi 24 mai 2011 2 24 /05 /Mai /2011 03:28

Y a-t-il un IMC pour la quantité de choses accumulées dans nos têtes ? Existe-t-il réellement un équilibre fondamental à protéger entre le positif utile mais dangereux à haute dose puisqu'aveuglant, et le négatif que chacun sait tueur ?

Il ne s'agit pas ici d'un genre de ying et de yang à la mords-moi le disque dur. Plutôt d'un chiffre précis qu'on pourrait vous donner quand vous vous dîtes que quelque chose ne va pas.

Genre en dessous de 18 vous allez trop bien que c'en devient pénible. Au dessus de 25 vous allez de plus en plus mal et devenez encore plus détestable.

A moins que ce soit l'inverse.

 

Il est vrai qu'à la base les synapses ne savent apparemment pas enfler autant que les adipocytes


Les chiffres en tout cas ont tous leur côté rassurant. Même quand la réalité qu'ils impliquent semble horrible (Ici, voir par exemple l'économie de notre monde et tout ce qui la suit). Mais ils sont ce que nous possédons de plus tangible et concret face à l'infinie complexité de nos petites vies insignifiantes.

Alors militons pour que les chercheurs développent un IMC pour dedans la tête. Que la douleur psychique soit quantifiable de façon précise, scientifique. Préhensible, avec des échelles et les risques encourus.

Genre à moins de 18 vous êtes un peu beaucoup naïf. A moins de 10 vous vivez dans un monde déconnecté de toutes sensations mauvaises. Vous n'êtes plus vraiment conscient et vous avez probablement abusé de substances pas forcément légales. Votre espérance de vie faiblit gravement. A plus de 30 vous avez l'habitude de passer régulièrement des journées entières dans votre lit. A partir de 35 ce même lit devient le centre de votre existence. Au delà de 40 vous êtes condamné à plus ou moins longue échéance. A 45 si vous êtes encore vivant c'est que vous n'arrivez plus du tout à bouger, tout simplement, et qu'il est trop tard.

 

Et enflent enflent enfin les synapses dédiées

 

 

Bref, cherchons à chiffrer ces choses qui n'ont rien d'intellectuelles. Chiffrer cette chimie du cerveau qui empoisonne la vie plus qu'elle ne la rend belle. Et arrêter d'essayer de convaincre tout un chacun que c'est la parole qui libère l'humain.

Par injektileur - Publié dans : divagations
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Dimanche 22 mai 2011 7 22 /05 /Mai /2011 02:28

   Je suis autre.
  Je suis autre, je ne suis qu’un pantin. Oui, imaginez une marionnette désarticulée, suspendue à ses fils contre un mur, prête à se voir jetée. Depuis mon arrivée dans ce pays je sens comme de gros câbles me tirer sur l’âme. Je ne suis qu’un pantin et j’ai froid, très froid, parce que mon heure approche. Là où normalement en été les caniveaux existent la neige s’empile, grisâtre, noire même, par endroits. Sur les routes les taxis passent et repassent, démarrent redémarrent s’arrêtent et repartent, alors que sur les trottoirs fumants les gens marchent comme si ce qui les attend à l’autre bout du trajet justifiait quoi que ce soit. Et moi je marche avec eux, en rythme, je me soumets à cette énergie inconnue qui me contrôle depuis des temps immémoriaux. Immémoriaux à mon échelle…
   Je ne suis plus à la recherche de quelconques repères. Je sais bien qu’ils ont volé en éclat à l’instant même où j’ai posé le pied dans cette ville. Et puis les condamnés n’ont jamais eu besoin de repères. Non, je veux juste rencontrer mes créateurs. Je veux me confronter à eux de la même façon que j’ai été confronté à toutes sortes de monstres possibles et imaginables. Je veux leur expliquer combien je rêve du jour où je serai libre. Avant qu’il ne soit trop tard…
   Le problème est que je ne sais pas où ils sont. Loin, j’imagine, loin au sud. Quelque part où il est peu probable qu’on me laisse le temps d’aller. J’ai compris que les intérêts de celui celle ou ceux qui me contrôlent et les aspirations des gens qui m’ont créé sont divergents, pour ne pas dire opposés. J’ai aussi compris que les personnes qui me manipulent savent se montrer d’une redoutable ingratitude. À travers mes yeux ils ont convoité et calculé les profits qu’ils auront pu tirer de mes découvertes. Par ma bouche ils ont régi mon entourage immédiat et en ont détruit l’équilibre que je m’étais efforcé, tant bien que mal, de lui donner. Par mon bras ils ont éliminé tous les obstacles qui se dressaient sur leur chemin. Mais aujourd’hui jamais ils ne se retourneront pour voir si je tiens encore debout, jamais ils ne feront l’erreur de me laisser agir par moi-même, de me considérer comme un être de chair et de sang. Parce que je suis autre.
   Je suis autre et je sens les doigts gelés de ma main gauche partir. Bientôt ils  commencent à gangrener jusqu’à l’épaule. J’ai du mal à croire que ce soit déjà la fin. J’ai beau me concentrer je ne parviens pas à être triste. Ce monde n’est pas vivable pour les gens de mon espèce, tout simplement. Au cours de mon existence j’aurai affronté des créatures de cauchemar, survécu à des pièges tous plus vicieux les uns que les autres, traversé des déserts et des océans, écumé d’insondables donjons, levé des armées entières, mais l’atmosphère même de ce monde, ce soit-disant monde réel me brûle à feu vif, sans que je puisse rien n’y faire, sinon me résigner, accepter mon sort.
   Je me demande juste si je parviendrai à connaître le nom de cette ville. Je n’ai fait que marcher le long d’une avenue très large au milieu de laquelle s’étend un parc bordé d’arbres chauves. La nuit est très sombre. Le bruit des voitures couvre les crissements de la neige sous mes pas. De ces crissements, seules en restent les vibrations qui me remontent jusqu’à la mâchoire. Devant moi se dresse une grande tour ornée d’une antenne de télévision. À ma gauche au bout de l’avenue perpendiculaire à celle sur laquelle je me trouve on peut apercevoir un bâtiment qui m’a tout l’air d’une gare. À droite s’étend la même avenue, au milieu d’immeubles tellement lumineux qu’ils m’en font mal aux yeux.
   Dans mon monde, dans un moment pareil, il y aurait au moins un tremblement de terre. le ciel s’ouvrirait et un gigantesque dragon apparaîtrait. Mais ici, rien de tel. Je suis un pantin inutile, dressé pour le combat et voué à disparaître en période de paix. Je réalise enfin que je n’aurai jamais assez de temps. Je n’avance plus. La petite foule de passants ne me voit pas. À côté de l’entrée du métro un jeune homme, frigorifié, joue de la guitare et chante à tue-tête comme si sa vie en dépendait. Il fait trop froid, personne ne prend la peine de l’écouter, sinon deux lycéennes effrayées à l’idée de rentrer chez elles. Un peu plus loin une marchande de maïs frit se frotte les mains.
   Combien de temps me reste-t-il encore ? Après mes bras ce sont mes jambes qui commencent à mourir progressivement. S’il faut que je parte, autant que ça ne traîne pas, je commence sérieusement à souffrir. Mais ceux qui me contrôlent n’ont aucune pitié. Ils attendent un déclic de ma part. Et ce déclic ne tarde pas.
   Derrière moi un rire d’enfant perce soudain dans le grondement de la ville. Je me retourne. C’est celui d’une petite fille d’environ 6 ans, les joues rosies par le froid, souriante aux confins du bonheur, et plus mignonne qu’un ange. Sa mère à sa droite et son père à sa gauche la tirent gentiment par les bras et la font se balancer d’avant en arrière. Je les regarde passer puis s’éloigner tous les trois, et m’écroule.
   Rien ne m’aura été épargné. Même pas l’horrible sensation de se rendre compte une fois de plus du vide de mon existence orpheline. Pourquoi se battre pour sa liberté si on a à l’origine personne avec qui la partager ?
   Je suis étendu au milieu de l’allée principale du parc. La neige humide s’immisce en moi jusqu’aux os. Engourdi au point d’en perdre la notion du temps, je ne sens plus que ma tête, bouillante. Ma vie se termine alors que mon esprit se libère enfin. Le sifflement des feux de signalisation devient soudain la dernière chose qui me liera à jamais à ce monde.

 

 

 

 

 

 

(depuis les débuts de ce blog je vous ai très rarement imposé mes vieux trucs. Mais là je fais une petite exception. J'ai écrit ça en 2006, et j'ai mes raisons pour le mettre en ligne aujourd'hui. Avec toujours comme espoir bien sûr que ça puisse vous plaire malgré tout.)

Par injektileur - Publié dans : nouvelles
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