Jeudi 19 mai 2011 4 19 /05 /Mai /2011 21:45

Aujourd'hui encore, plus que jamais, quand la nuit tombe et que je me retrouve un peu beaucoup désoeuvrée je songe et resonge à cette phrase que mon père a prononcé ce soir de juin 1993.

"Et si on quittait tout pour s'installer en Australie ?"

Vous reconnaitrez sans mon aide ce genre de choses que même les adultes disent au milieu d'une refonte complète du monde. Ma mère y avait en fait vécu, longtemps auparavant - assez pour ne plus s'en souvenir - mais malgré sa hantise des voyages et des déménagements elle s'était révélée, l'alcool aidant, plutôt enthousiaste au milieu des convives de ce repas que je revois dans les moindres détails.

Nous étions une bonne dizaine et tout le monde riait beaucoup. Je me rends compte, j'étais encore petite ; et fille unique. Plutôt que l'Australie il fut un temps - même 1 ou 2 ans avant cette histoire - où j'aurais fugué pour forcer mes parents à me faire une petite soeur.

Puis l'adolescence venant, et les petits frères des copines chialant, je m'étais résignée au fait qu'il se pourrait que je sois finalement mieux seule.

Mais ce soir-là, ce soir de juin 1993 où la tempête faisait rage et que les grands déblatéraient sur tout et n'importe quoi, ce soir où mon père s'est demandé s'il ne serait pas temps pour nous de mettre les voiles le plus loin possible, ce soir-là j'ai acquis ma possibilité vitale. Ma possibilité d'Australie. Du point de vue économique 1993 n'était pas forcément une époque propice pour ce pays mais mon père avait d'ores et déjà un plan. Ma mère était la meilleure cuisinière du monde, et notre ami Riri un excellent pâtissier qui s'emmerdait à Bordeaux avec son patron tyrannique. Et mon père, lui, surtout, haïssait son travail tout en avouant qu'il lui avait au moins appris à gérer une petite entreprise.

Alors, alors, comme ça d'un coup il s'est vu nous emmener ma mère et moi, et Riri et Clothilde qui s'exclama, hilare "mais je capte rien à l'anglais, moi !". Et mon père de répondre que c'était pas grave, qu'elle apprendrait sur le tas.

 

Ce soir d'orage je ne savais pas qu'ils étaient finalement inquiets. Par exemple Bérégovoy l'ouvrier était mort comme un chien, abandonné des siens. Et un grand tout mou avait pris sa place.

 

Ils avaient un peu bu oui. Mais moi non, j'avais pas le droit. Et l'Australie, la possibilité d'Australie je n'ai jamais oublié depuis. Eux, si, peut-être, et là c'est la plate tristesse qui reprend le dessus, des fois.

 

Ils n'ont pas oublié tout de suite, je vous l'accorde. Il y a eu beaucoup de coup de fils à l'ambassade, à Paris. Mon père était persuadé que quoi qu'il advienne dans le monde, des français sachant faire la cuisine s'en sortiraient toujours. Et il avait probablement raison.

 

Moi, l'année scolaire touchait à sa fin et je me sentais bien. Malgré l'orage. Il y avait des vicissitudes depuis mes débuts au collège. Des copines qui ne l'étaient plus. Des copains qui auraient dû devenir plus. Mais je m'en fichais. J'étais riche de ma possibilité d'Australie. Les semaines passaient et en moi j'y croyais comme on récite tout haut un mantra.

 

Mais il n'y avait pas eu d'Australie. Je ne vous surprend pas. Les raisons à cela sont multiples et aussi inutiles que celles qui nous empêchent de reprendre le sport ou manger plus sainement. Il m'arrive aujourd'hui de trouver mes parents un peu lâches. Il m'arrive de détester ces bouteilles parisiennes remplies de "et si" qu'ils nous auraient fallu balancer au moins jusqu'à Sydney.

 

"Et si on quittait tout pour l'Australie ?"

 

Il m'arrive souvent d'en vouloir à mes parents de ne pas avoir tenté notre chance.

Il m'arrive encore plus souvent de regretter ne pas avoir mis les voiles à 16 ans.

 

À mon âge peut-être avancé où je comprends à quel point les regrets ne font que cacher des situations peu enviables, voire catastrophiques, j'en finis avec les jérémiades et me pousse moi-même dans le camp du c'est pas plus mal.

 

Mais les regrets ne font pas le poids face à une possibilité permanente.

Dans la nuit noire quand je divague au milieu des humains et leurs buts inexistants ou vils je réalise ma force.

Certains se cachent derrière le cynisme. D'autres s'exhibent avec leurs addictions. Parmi elles le sexe, la religion, l'amour, l'art, l'alcool, le sucre et/ou Madeleine qui ne vient pas. Le passé. Voire 1993 des fois.

 

 

Moi, j'ai l'Australie.

 

 

 

 

(ce texte est complètement inspiré de/pompé sur cette histoire de Marlène que j'adore. Merci à elle de m'avoir autorisé à lui piquer. Son blog est superbe, lisez-le.)

Par injektileur - Publié dans : traits au port et porc-traits
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mardi 17 mai 2011 2 17 /05 /Mai /2011 23:44

Je suppose qu'il s'agit d'un manque de chance mais ces dernières semaines j'ai eu l'occasion de tomber sur des films d'un ennui absolu. A un point où j'en arriverai presque à foutre mon siège en l'air.

Au cinéma déjà.

Le premier. "Animal Kingdom". Un polar australien à mi-voix qui est censé avoir fait un carton auprès des critiques et du public. Je dis à mi-voix parce que c'est insupportable à quel point les personnages sont fades et n'élèvent pas la voix justement. Le pire du pire étant le plan final. Bref, je ne me la jouerai pas critique. Juste histoire d'expliquer à quel point ce film m'a insupporté dans son ensemble, une fois sorti de la salle, et que je le mets dans mon top ten des pires choses que j'ai jamais vues.

Le deuxième. "La solitude des nombres premiers". Tiré d'un best-seller italien que je n'ai pas lu. Je m'attendais à ce que le film me donne, justement, envie de me pencher dessus. Grossière erreur. L'intrigue est découpée dans un ordre inutilement non-chronologique, supposé créer un suspense absent vu qu'on sait dès les premières minutes tout ce qui va se passer. Je m'attendais vraiment à un thriller à la Dario Argento, mais je me suis retrouvé avec une bande-son "italienne" (pardon mais oui, là, c'est très péjoratif) avec des chansons bien pourries de l'époque, grosso modo les années 90, pour la partie la plus "intéressante" de l'histoire qui court sur près de 30 ans. Je n'ai trouvé finalement qu'une ou deux scènes à sauver. Problème supplémentaire : les héros, une fois adultes, sont d'une laideur confondante. Je veux dire les acteurs. C'est très raccord avec l'histoire mais personnellement j'ai trouvé ça pénible au bout d'un moment.

Le troisième. "La ballade de l'impossible". D'après le livre de Murakami Haruki, un auteur que j'adore, vous le savez peut-être maintenant. C'est réalisé par Tran Anh Hung et pour le coup c'est très beau de bout en bout. Mais comme, donc, j'ai adoré le livre, j'ai pas trouvé ça suffisant. Il a essayé d'insufler des éléments quasi-magiques dans le seul livre de Murakami qui n'en contient aucun. Tout l'aspect reconstitution de la situation politique et sociale de la fin des années 60 au Japon est quasi complètement zappé, alors que le livre s'attardait un minimum dessus. Mais comme le tout est je répète vraiment très beau, et je pense notamment aux acteurs, à la photo et aux décors je vous le conseille malgré l'ennui généralisé qui m'a envahit au bout d'une demi-heure. La BO de Jonny Greenwood - de Radiohead - n'est pas en reste mais je crois que j'avais préféré ce qu'il avait fait pour "There will be blood".

Enfin, il m'arrive de fouiller parmi les très - très - nombreux films  apparemment mythiques que j'ai loupés et là, donc, je suis tombé sur "à nos amours" de Pialat. Pourquoi ce film ? Parce qu'un sample audio de la dernière scène figurait dans l'un de mes albums de rock préféré. Eh bien j'ai bien regretté au final, croyez-moi. Ce que je dis ne regarde que moi, mais comparé à d'autres films des années 80 je trouve qu'il a vraiment mal vieilli. C'est poussif, pas naturel. Pas tant mal écrit que mal joué. Besnehard notamment m'a donné envie de vomir. Sandrine Bonnaire est évidemment très mignonne, et ses copines aussi mais, et je vous jure que ça me surprend de dire ça, ça ne sauve pas le film à mes yeux. Beaucoup de violence telle que je la déteste. Comme dans le film australien au dessus.

J'aime le "naturel" au cinéma. Surtout dans les comédies dramatiques. Et je crois que les français en général ont beaucoup de mal avec ça, depuis des années. Et c'est pas Tran Anh Hung qui me fera changer d'avis.

J'adore seulement Truffaut parce que son manque de naturel était assumé, et drôle, ou émouvant. Et humble.

 

Bref. Pourquoi je vous parle de tout ça ? C'est juste histoire de râler sur mon manque de chance. Histoire de dire rapidement ce que je pense de ce que je regarde, parce que ça fait longtemps. Et surtout histoire de dire merde à toutes celles et tous ceux qui se sentent obligés de se montrer critiques professionnels. Celles et ceux qui vous méprisent et exigent que vous aimiez ce qu'on leur dit d'aimer dans les magazines ou les écoles de cinéma. D'où la célèbe citation de Truffaut, encore : en France tout le monde a deux métiers, le sien et critique de cinéma.

 

Bien entendu, mes avis ont beau être très tranchés ils me sont tout à fait personnels. Hésitez pas à réagir, surtout si vous avez vu les films dont je parle. Je sais pas si j'aurai l'énergie de débattre, mais toute contradiction est importante.

Par injektileur - Publié dans : titkroniks
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Lundi 16 mai 2011 1 16 /05 /Mai /2011 04:04

(première partie du texte ici)

 

 

 

Je ne sais pas ce qui lui a pris. Je ne suis pas sûre qu’on puisse jamais avoir le recul ou l’expérience nécessaire pour comprendre ces petites histoires qui font ce que nous sommes. Et donc, je ne saurais dire ce qui lui a pris. Nous nous connaissions par Camille, une copine à moi. Son nom à lui, c’était Julien. J’avais 17 ans et lui 16. C’était à la toute fin des années 90 et il était plutôt mignon, je pense. Grand, avec des yeux gigantesques, très sombres. J’ai toujours craqué pour les grands yeux. C’était tout sauf un tombeur, mais il faisait partie de ces garçons pour qui certaines finissent par avoir le béguin, voire éprouver un certain désir. Comme moi. J'assumais et j'assume toujours. Cela faisait deux mois que nous trainions ensemble. Pour résumer, nous aimions les mêmes choses et nos humours concordaient. J’étais en terminale et lui en seconde. Je pense que de cette différence naissait une sorte de respect pour moi qui m’arrangeait bien, évidemment.
Et malgré ce respect qui pourrait ressembler à un début d’explication, je ne sais pas ce qui lui a pris. Une heure avant nous étions en train de discuter devant le portail du lycée. Et j’aurais dû le laisser là, pour le retrouver le lendemain. Mais je crois bien que je me sentais seule. J'assumais et j'assume toujours. Et puis il me plaisait je l’ai dit. Nous étions tous les deux très fan des Simpson. D’un coup comme ça je lui ai proposé avec le plus de détachement possible de venir regarder chez moi les épisodes qu’il avait loupés. Il m’a répondu qu’il avait des devoirs à finir pour le jeudi suivant. Mais je n’eus que peu de mal à le convaincre. J’imite parfaitement Homer.
Je ne sais s’il s’attendait à quoi que ce soit. S’il se faisait les idées qu’ils aurait dû se faire. Je ne sais pas si une érection l’a gêné au moment où il me figurait nue. Je ne savais pas encore si cela serait sa première fois.
La mienne n’avait absolument rien de fondamental et je ne tiens pas à en parler. Mes expériences précédentes non plus non rien à voir avec ce qui m’amène ici. Pour l’instant je suis sur Julien. Pas encore littéralement mais ça ne saurait tarder.
Je sais pourtant comment ça a commencé. Une heure avant nous étions en train de discuter à la sortie du lycée et parce que j’avais envie de sexe je l’ai invité à venir regarder les Simpson chez moi.
Et j’ai fait en sorte que nous ne lancions pas un seul épisode. Je sais comment ça a commencé parce que c’est moi qu’il l’ai dirigé vers ma chambre. Je sais comment ça a commencé. J’étais assise à mon bureau et lui sur mon lit. Nous nous sommes mis à parler de Camille. Je sais qu’elle lui plaisait beaucoup et le soupçonnais de s’être rapproché de moi pour lui mettre le grappin dessus au final. Mais je ne lui en tenais pas rigueur. J’ai surtout et avant tout envie de faire l’amour. De plus je crois que c’est lui qui a abordé le sujet. Et puis nous avons comparé nos goûts musicaux. Je me suis moquée de lui parce qu’il était très fan des Cranberries, des Stereophonics et de U2. Je lui ai conseillé plutôt Radiohead ou PJ Harvey. PJ Harvey à qui Camille ressemblait pas mal, d’ailleurs.
Je sais comment ça a commencé. Comme il était trop peu entreprenant je suis venue m’asseoir à côté de lui sur mon lit. Il m’a fallu patienter de longues minutes apparentes pour qu’il daigne m’embrasser. Mal à l’aise il l’était. D’où mon léger malaise à moi aussi. J’ai vite senti son érection et ai décidé de me déshabiller rapidement, puisqu’il ne semblait pas à même de le faire lui-même. Dans le même mouvement je l’ai déshabillé lui aussi et son attitude de petit garçon pas sûr de lui m'a touché. Je savais maintenant que je n’étais pas sa première, mais nos mouvements s’accordaient comme nos goûts et nos visions. La confirmation était faite que je n’avais aucun regret à nourrir de l’avoir laissé rentrer chez moi, dans ma chambre. Plus aucune peur de m’ouvrir à lui. Il me plaisait, il était drôle, célibataire, et j’avais envie de faire l’amour.
Je sais exactement pourquoi et comment ça a commencé. J’avais envie de faire l’amour et il me plaisait et il était drôle et célibataire et mes parents et mon frère pouvaient rentrer d’un instant à l’autre. Le temps nous était donc compté.
Il ne m’a pas donné l’impression de vouloir trop que je le touche où que ce soit mais lui-même s’est vite retrouvé la tête entre mes cuisses après m’avoir léchée partout. J’ai apprécié de suite, probablement un peu trop pour sonner la pause capote que - irresponsable à l’excès - je n’étais même pas sûre d’avoir envisagée à la base.
Il m’a pénétrée au moment où je l’attendais et se renforça comme il le fallait. C’était extrêmement agréable et je n’ai eu avant l’orgasme guère de temps pour les soi-disant traditionnelles pensées intrusives pendant l’acte. Sinon que j'ai remarqué qu’il restait fixé sur mon ventre et mes seins sans sembler tenir à croiser mon regard. J’aimais ses yeux et trouvai cela un peu dommage et soupçonnai qu’il soit en train de songer à Camille et à comment il aimerait lui faire ce qu’il était en train de me faire. Je ne lui en voulais pas, et souriait en cherchant à me convaincre que des milliers de garçons auraient vendu leur mère pour être à sa place. Pour ma part à ce moment précis je me voyais mal avec quelqu’un d’autre que lui. Je n’étais aucunement amoureuse. J’avais simplement envie de faire l’amour avec quelqu’un qui me plaisait et en jouir pendant que je le pouvais. Il a tenu je dirais cinq - suffisantes - minutes et j’ai donc joui comme j’y tenais. Lui au dessus de moi, puis moi au dessus de lui, puis lui au dessus de moi.

Malgré cela je ne sais pas ce qui lui a pris. Une heure avant je prenais les devants pour le tirer jusque dans ma chambre. Puis étais parvenue à mes fins avec la plus grande classe. Puis il s’était décidé enfin à me manipuler comme je l’attendais.

Je ne sais pas ce qui lui a pris, non. Alors qu’au bout des cinq minutes je sentais remonter un orgasme en parallèle de ses coups de reins qui se faisaient plus amples, son pénis s’est extrait de mon vagin, comme cela arrive parfois, et c’est à ce moment précis qu’il a éjaculé en masse. Sur moi.
Je ne sais pas ce qui lui a pris, mais je sais exactement comment tout ça a commencé. J’avais besoin de sexe, je l’ai amené chez moi en prétextant regarder des épisodes des Simpson, j’ai usé de mes charmes, et malgré son amour pour Camille c’est moi qui me suis retrouvée sous lui et son sperme.
« La vache... »
Ce sont les mots que je n’ai pu retenir. Du moins, à peu près ces mots, je crois. J’ai toujours trouvé le sexe trop sérieux. Avec Julien pourtant je comprends, je n’étais pas si sûre de moi qu’il l’aurait fallu. Je n’ai pas réussi à finir la phrase. Je voulais simplement être drôle et gentille. Je me disais qu’il se dirait qu’il n’avait pas duré assez longtemps ou ce genre de choses et je tenais dirons-nous à le rassurer.
Il y en avait partout sur les draps sur mon ventre sur mes côtes et mes cuisses. J’en ai même senti sur mon nez. Il avait vraiment éjaculé une grande quantité de sperme. Et même si j’imaginais tout à fait qu’avec son caractère il n’arriverait pas à s’en vanter, je n’aurais jamais pu concevoir que ce détail le bloquerait de la sorte. Comme pétrifié par la vision de mon corps couvert d’une malédiction mortelle.
Je ne sais pas du tout ce qui lui a pris. Ni la valeur de ce qui venait de se passer entre nous à ses yeux, ni la nature des idées qui lui ont traversé le crâne alors qu’il se tenait en arrêt, penché sur moi entre mes cuisses que ses bras maintenaient en l’air.
Je ne saurai jamais. Je suis à peu près résignée maintenant. 

Il devait y avoir de la honte, forcément. Mal placée et superflue, mais honte quand même. Cette honte de ne pouvoir résister à ses instincts de mâle, quand bien même vos sentiments de mâle vous dirigent vers une autre personne qui n’est pas votre conquête de l’instant, mais une fille moins populaire. Une fille gentille, douée, talentueuse, mais aveugle et sourde face à vous en tant que garçon ou homme.
Il devait y avoir le dégoût de lui-même et de sa faiblesse.
Il devait y avoir un certain dégoût à mon égard aussi. Une déception.

Il n’a plus dit le moindre mot. Ni même pardon, ni même au revoir.
Il s’est habillé d’une traite et m’a plantée là, comme un violeur. J’étais pégueuse de lui et de lui seul. Je n’ai pas réussi à le retenir et il ne m’a plus jamais adressé la parole. Je n’y suis jamais parvenue non plus.

Je ne sais pas ce qui lui a pris. Je sais exactement comment ça a commencé mais je ne saurai jamais ce qui lui a pris. Je ne saurai non plus jamais comment ça aurait pu finir sinon.
Parce que ça aurait pu finir exactement comme ça a commencé, mais juste un peu plus tard. Avec l’automne puis avec l’hiver, nous deux à la sortie du lycée main dans la main. Lui qui rit à mes imitations d’Homer. Lui qui me fait oublier les quelques ceux d’avant qui m’ont fait tout ce mal au coeur. Camille qui nous regarde bizarrement à la cantine. Lui qui oublie progressivement Camille. L’envie abrupte de le retrouver entre le cours de maths et le cours de philo. L’envie encore plus abrupte de faire l’amour avec lui dans l’enceinte du lycée. Moi qui rit à cette vision qui lui ressemble tellement peu.
Moi qui l’éduque musicalement. Et sexuellement.

Ses mains. Et ses grands yeux quand ils se décident enfin à vous regarder en face au moment où vous jouissez de lui.

L’amour fragile qui pourrait mourir sans ombrage au printemps.

Mais tout cela n’existera jamais. Parce que le silence. Son silence. Et votre léger énorme sentiment d’abandon. Malgré vos efforts. Malgré le premier pas. Malgré la tendresse réelle cause et conséquence du désir. Son départ. Ou plutôt sa fuite. Et son silence donc. Puis plus rien.

 

L'instant d'avant il ne vous a pas pénétrée, l'instant d'après si. L'instant d'avant vous avez encore une sorte d'avenir ensemble. L'instant d'après non.

 

Je ne saurai jamais ce qui lui a pris.

Par injektileur - Publié dans : nouvelles
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Samedi 7 mai 2011 6 07 /05 /Mai /2011 14:55

 

 

 

 

Je me vois ici étendu ici sur mon grand lit comme pour dormir quand je m'étends dans ma position préférée, sur le ventre le genou droit remonté très haut. Mais si je suis étendu ici ce n'est pas que je dors mais plutôt que je suis mort. Je viens juste de mourir, sans éprouver la moindre douleur. Je viens juste de mourir et le temps se met progressivement à passer de plus en plus vite.

 

Depuis le plafond, plan fixe sur un corps à moitié nu. En bas à gauche de l'écran s'affiche un compteur avec la durée écoulée depuis le départ. Avec lui qui avance se décompose en parallèle le corps en question, déshumanisé. On y voit les détails de la peau qui change de couleur. Dehors le soleil va et vient à travers une fenêtre qu'on devine par ses carreaux. Parfois la lumière se fait grise comme le corps qui transparait en caméléonades. Parfois elle devient aussi noire que le jais des taches formées sur la chair abîmée par l'avant autant que l'après la fin. Les nuits sinon sont apparemment très courtes, spongieuses.

 

Il y a une étonnante part aléatoire dans la pourriture des éléments qui nous composent.

 

Le compteur poursuit sa route et emmène dans son élan les lambeaux de peau qui s'affaissent un à un avec les icebergs pour modèle, quand ceux-ci s'effrondent à plein pans pleins d'emphase dans l'océan glacé.

Et le parallèle est saisissant, entre l'eau qui se crée de manière immortelle, continue, permanente, et cette même eau qui quitte le vivant et d'autres os pour ne plus jamais y revenir, à ne laisser que le squelette de quelque être malchanceux parce qu'assoiffé d'inaccessible.

Cet être de silence desséché qui respire encore les derniers effrois.

 

Car j'imagine que mes calcifications ne pourront malheureusement pas parler à ma place.

 

 

 

(musique : Venetian Snares, Bebikukorica Nigiri. Mis en ligne sur youtube par daedalus8421)

Par injektileur - Publié dans : une zik une humeur
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Samedi 30 avril 2011 6 30 /04 /Avr /2011 13:04

Bonjour à toutes, bonjours à tous. Je m'appelle Mai ("bonjour Mai"). J'ai 2011 ans officiellement. En fait je suis beaucoup plus vieille, tout en faisant très très jeune. J'ai eu une vie difficile parce qu'on attend toujours trop de moi. Oui, c'est pour ça que ça fait un bon moment maintenant que je participe à ces réunions MA (ndlr : Mois Anonymes) parce que je souffre beaucoup de l'image de moi-même que les gens me renvoient, et de l'idée qu'ils se font de moi.

(silence, Mai cherche ses mots)

Déjà, je n'ai pas un nom facile à porter. Quand j'étais petite, on m'appellait la chèvre. Mais ce n'est pas le pire.

La dernière fois j'ai été très émue par l'histoire d'Avril, qui racontait qu'on l'a prenait sans arrêt pour une idiote. Moi, on me prend pour une fille facile depuis des génération et des générations. "En Mai, fais ce qu'il te plaît" Non, mais vous imaginez ? Vous imaginez ce que c'est de vivre ça au quotidien ? Et je parle pas qu'avec les garçons. Dans le travail, dans les études, dans mes loisirs, dans mes relations amoureuses et même familiales j'ai beaucoup souffert, oui. Je n'exagère pas.

Mais tout ça c'est presque fini. J'ai beaucoup souffert, jusqu'à aujourd'hui. Pourquoi jusqu'à ajourd'hui ? Parce que oui, ces dernières années je me sens un peu mieux.

Oui, je suis devenue un peu vicieuse, presque méchante. Je me suis organisée pour que les gens soient de plus en plus allergiques à mes attaques de foin et de pollens. Et ça marche. Je ne suis pas fière mais c'est un juste retour des choses. Je suis devenue une professionnelle des réactions en chaîne.

Pour chaque fois que dans ma vie on m'a dit "Avec toi, Mai, je vais faire ce qu'il me plaît" OU "Mai, arrête de faire que ce qui te plaît" je veux quelqu'un avec le nez pris comme dans du plâtre. Je veux des guirlandes de glaires, des cascades de rhinites laryngites, des forêts de sinusites et d'autites. Je veux des zites et des tites. Mais je ne veux pas non plus passer pour un monstre. J'aime aussi les enfants et les animaux dans les parcs, et les amoureux sur les bancs publics.

 

(rires nerveux)

 

Voilà, ce sera tout je pense.

 

(applaudissements)

 

 

(elle réfléchit deux secondes...)

 


Oh, et bien sûr, pour le prochain ou la prochaine qui me sort "Y'a pas de Mai" et TOUTES ses variantes possibles je réserve la méningite. La version mortelle. Parce que Mai elle a beau être le printemps, elle a aussi le bras long.


Qu'on se le dise.

 

(Silence légérement gêné du groupe, puis faibles applaudissements, avec des reniflements un peu inquiets)

 

Merci.

 

 

 

 

 

 

vidéo : BA "May" (2002) de Lucky McKee, mis en ligne sur youtube par UnclesBeans

Par injektileur - Publié dans : calendes drillées
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires

introducing...

  • pour la main gauche
  • : des essais d'essais de romans en ligne, avec des nouvelles aussi, de la musique, de la poyézie, quelques jeux vidéo et des bouts de pseudo-réflexions personnelles dedans...
  • Retour à la page d'accueil
  • Contact

dernières gentillesses, ou non

savoir quand

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

injektzik

passe, passe le lien

flux soviétique

  • Flux RSS des articles
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés