Samedi 7 mai 2011 6 07 /05 /Mai /2011 14:55

 

 

 

 

Je me vois ici étendu ici sur mon grand lit comme pour dormir quand je m'étends dans ma position préférée, sur le ventre le genou droit remonté très haut. Mais si je suis étendu ici ce n'est pas que je dors mais plutôt que je suis mort. Je viens juste de mourir, sans éprouver la moindre douleur. Je viens juste de mourir et le temps se met progressivement à passer de plus en plus vite.

 

Depuis le plafond, plan fixe sur un corps à moitié nu. En bas à gauche de l'écran s'affiche un compteur avec la durée écoulée depuis le départ. Avec lui qui avance se décompose en parallèle le corps en question, déshumanisé. On y voit les détails de la peau qui change de couleur. Dehors le soleil va et vient à travers une fenêtre qu'on devine par ses carreaux. Parfois la lumière se fait grise comme le corps qui transparait en caméléonades. Parfois elle devient aussi noire que le jais des taches formées sur la chair abîmée par l'avant autant que l'après la fin. Les nuits sinon sont apparemment très courtes, spongieuses.

 

Il y a une étonnante part aléatoire dans la pourriture des éléments qui nous composent.

 

Le compteur poursuit sa route et emmène dans son élan les lambeaux de peau qui s'affaissent un à un avec les icebergs pour modèle, quand ceux-ci s'effrondent à plein pans pleins d'emphase dans l'océan glacé.

Et le parallèle est saisissant, entre l'eau qui se crée de manière immortelle, continue, permanente, et cette même eau qui quitte le vivant et d'autres os pour ne plus jamais y revenir, à ne laisser que le squelette de quelque être malchanceux parce qu'assoiffé d'inaccessible.

Cet être de silence desséché qui respire encore les derniers effrois.

 

Car j'imagine que mes calcifications ne pourront malheureusement pas parler à ma place.

 

 

 

(musique : Venetian Snares, Bebikukorica Nigiri. Mis en ligne sur youtube par daedalus8421)

Par injektileur - Publié dans : une zik une humeur
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Samedi 30 avril 2011 6 30 /04 /Avr /2011 13:04

Bonjour à toutes, bonjours à tous. Je m'appelle Mai ("bonjour Mai"). J'ai 2011 ans officiellement. En fait je suis beaucoup plus vieille, tout en faisant très très jeune. J'ai eu une vie difficile parce qu'on attend toujours trop de moi. Oui, c'est pour ça que ça fait un bon moment maintenant que je participe à ces réunions MA (ndlr : Mois Anonymes) parce que je souffre beaucoup de l'image de moi-même que les gens me renvoient, et de l'idée qu'ils se font de moi.

(silence, Mai cherche ses mots)

Déjà, je n'ai pas un nom facile à porter. Quand j'étais petite, on m'appellait la chèvre. Mais ce n'est pas le pire.

La dernière fois j'ai été très émue par l'histoire d'Avril, qui racontait qu'on l'a prenait sans arrêt pour une idiote. Moi, on me prend pour une fille facile depuis des génération et des générations. "En Mai, fais ce qu'il te plaît" Non, mais vous imaginez ? Vous imaginez ce que c'est de vivre ça au quotidien ? Et je parle pas qu'avec les garçons. Dans le travail, dans les études, dans mes loisirs, dans mes relations amoureuses et même familiales j'ai beaucoup souffert, oui. Je n'exagère pas.

Mais tout ça c'est presque fini. J'ai beaucoup souffert, jusqu'à aujourd'hui. Pourquoi jusqu'à ajourd'hui ? Parce que oui, ces dernières années je me sens un peu mieux.

Oui, je suis devenue un peu vicieuse, presque méchante. Je me suis organisée pour que les gens soient de plus en plus allergiques à mes attaques de foin et de pollens. Et ça marche. Je ne suis pas fière mais c'est un juste retour des choses. Je suis devenue une professionnelle des réactions en chaîne.

Pour chaque fois que dans ma vie on m'a dit "Avec toi, Mai, je vais faire ce qu'il me plaît" OU "Mai, arrête de faire que ce qui te plaît" je veux quelqu'un avec le nez pris comme dans du plâtre. Je veux des guirlandes de glaires, des cascades de rhinites laryngites, des forêts de sinusites et d'autites. Je veux des zites et des tites. Mais je ne veux pas non plus passer pour un monstre. J'aime aussi les enfants et les animaux dans les parcs, et les amoureux sur les bancs publics.

 

(rires nerveux)

 

Voilà, ce sera tout je pense.

 

(applaudissements)

 

 

(elle réfléchit deux secondes...)

 


Oh, et bien sûr, pour le prochain ou la prochaine qui me sort "Y'a pas de Mai" et TOUTES ses variantes possibles je réserve la méningite. La version mortelle. Parce que Mai elle a beau être le printemps, elle a aussi le bras long.


Qu'on se le dise.

 

(Silence légérement gêné du groupe, puis faibles applaudissements, avec des reniflements un peu inquiets)

 

Merci.

 

 

 

 

 

 

vidéo : BA "May" (2002) de Lucky McKee, mis en ligne sur youtube par UnclesBeans

Par injektileur - Publié dans : calendes drillées
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Vendredi 29 avril 2011 5 29 /04 /Avr /2011 03:12

Je ne sais pas ce qui m’a pris. Même avec le recul et l’expérience je ne saurais dire ce qui m’a pris. Une heure avant nous étions en train de discuter à la sortie du lycée. Nous nous connaissions par cette fille dont j’ai oublié le prénom. Son nom à elle, c’était Agathe. J’avais tout juste 15 ans et elle 17. Elle n’était pas particulièrement jolie mais possédait ce genre de corps qu’on oublie pas. Celui que vous fantasmez habillé, et que nu vous gardez jalousement comme une perle brute au fond de vos souvenirs les moins catholiques. Cela faisait deux ou trois semaines que je voyais que nous nous rapprochions. Par rapprocher je veux dire que nous riions ensemble et avions les mêmes références, malgré notre différence d’âge. J’étais en seconde et elle en terminale.
Malgré cela je ne saurais exactement dire ce qui m’a pris. Une heure avant nous étions donc en train de discuter devant le portail du lycée. Et nous aurions dû nous y séparer jusqu’au lendemain. Mais au moment de se dire au revoir Agathe m’a demandé si par hasard j’avais beaucoup de devoirs pour ce même lendemain. Je lui ai répondu sans malice que non. Nous étions mardi en plein automne et le mercredi n’avait rien d’une journée chargée chez moi. Sans compter que jamais je n’arrivais à prendre de l’avance sur ce que j’avais à faire.
Je parlais plus haut de références communes et l’une d’entre elles est que nous étions tous deux de grands fans des Simpson. Elle enregistrait religieusement les épisodes et me proposa de venir regarder chez elle ceux que j’aurais manqué. Nous étions - faut-il préciser - encore aux débuts du téléphone portable et d’internet à grande échelle. Je ne me fis pas prier, et n’eus même pas la présence d’esprit de me créer des arrière-pensées. Et je n’en eus pas vraiment le loisir ou le temps non plus d’ailleurs. Ce n’est pas comme si elle m’avait sauté dessus, non. Ce n’est pas tout à fait comme si c’était ma toute première expérience avec une fille non plus, d’ailleurs.
Ma première n’avait rien de fondamental et je ne tiens pas à en parler ici. Pour l’instant je suis sur Agathe. Pas encore littéralement mais ça ne saurait tarder.
Je ne sais pas comment ça a commencé. Une heure avant nous étions en train de discuter à la sortie du lycée et elle me proposait de venir regarder les Simpson chez elle.
Nous n’avons pas lancé un seul épisode. Je ne sais pas comment ça a commencé mais nous nous sommes retrouvés dans sa chambre. Je me souviens que j’étais assis à son bureau et elle sur son lit. Nous nous sommes mis à parler de cette fille dont j’ai oublié le nom pour je ne sais quelle raison. Puis de PJ Harvey et Radiohead sans transition, sinon peut-être que cette même fille lui ressemblait un peu. À PJ Harvey.
Soudain elle s’est levée et elle m’a embrassé, l’air plutôt sûre de ce qu’elle faisait. Moi beaucoup moins évidemment, et c’est pour ça que je me suis laissé faire. Je n’étais pas mal-à-l’aise non plus je pense, juste un peu surpris.
Ici je dois préciser quelque chose d’important. A cette même époque j’étais complètement obsédé par une autre fille, Pauline. Elle était dans ma classe et à grand mal j’étais petit à petit arrivé à lui adresser la parole de façon naturelle. Je déprimais passablement parce que malgré sa gentillesse elle restait plutôt indifférente à mes sentiments.
Je ne sais pas vraiment comment ça a commencé. Agathe m’a embrassé et c’était extrêmement agréable. L’érection me vint très vite et elle chercha aussitôt à m’en soulager mais je la repoussai sans violence. Je craignais qu’elle puisse me mordre. Chacun ses phobies.
Elle avait plus d’expérience que moi - ce qui n’était pas très difficile, de fait - mais malgré cela, je pouvais voir qu’elle faisait un minimum semblant d’être à l’aise. Ce qui était presque touchant, parce qu’avec ses 2 ans de plus que moi elle cherchait à faire sa grande, un peu comme une petite fille expliquerait un jeu à plus petit qu’elle. Je me rendais compte à quel point elle était adorable et qu’elle n’avait rien d’une chaudasse comme mes intelligents camarades de classe se plaisaient à définir les jeunes filles entreprenantes.
Entreprenante, elle l’était ce qu’il fallait. C’est moi qui l’ai déshabillée entièrement, fasciné. La nature l’avait dotée d’un corps parfait. Un corps qui sentait merveilleusement bon de partout et que j’auscultais avec excitation et intérêt grandissants.
Une heure avant à peine nous sortions du lycée et j’étais maintenant la tête entre ses cuisses.
Elle me souriait beaucoup et l’humidité entre ses jambes amplifiait. Tellement d’excitation donc qu’au moment de la pénétrer je pensai surtout à me calmer et en oubliai le préservatif qu’elle aurait pu avoir sur elle. Cet objet qui n’avait rien d’évident pour moi à l’époque, surtout en «urgence». Elle ne devait pas avoir envie de traîner non plus j’imagine.
Ses parents et sa soeur étaient absents et elle en avait profité, sans savoir vraiment vers quelle heure ils rentreraient. Quoi qu’il en soit il n’y avait pas de temps à perdre et nous n’en perdions pas. Pourtant alors que je prenais le rythme je ne pus m’empêcher de voir Pauline à la place. Je ne connaissais pas encore le sens de l’expression « pensées intrusives » mais j’étais en plein dedans.
Bien que mes moyens de comparaison manquaient, je trouvais qu’Agathe était serrée comme il fallait. Elle avait en outre l’attitude ni trop exubérante ni trop coincée qu’il est parfois utile d’attendre d’une jeune fille. J’étais rivé les yeux sur ses seins magnifiques. Petits et pleins. Et sur son ventre gracile et soyeux. Et c’était une chance pour moi qu’elle soit si bien faite parce je n’arrivais pas à la regarder dans les yeux, par peur d’y retrouver Pauline. Nous avons changé deux fois de position. Je ne saurais dire si j’ai réussi à la faire jouir, mais je reste aujourd’hui assez fier de moi d’avoir tenu une petite dizaine de minutes. C’est bien peu de chose comparé à ce qui suit.

Je ne sais pas ce qui m’a pris. Une heure avant on m’aurait dit que j’allais avoir une relation sexuelle en bonne et due forme avec une aussi belle fille qu’Agathe je n’y aurais jamais cru.
Alors que j’arrivais tout au bout de ce que j’avais à faire, mes mouvements prirent de l’amplitude. Un peu trop. Et pile au moment fatidique mon sexe sortit du sien et lâcha tout ce qu’il avait à lâcher de la façon la plus ostentatoire possible dans un peu toutes les directions.
Je ne savais toujours pas comment ça avait commencé. Nous devions regarder des épisodes des Simpson, j’étais amoureux de Pauline, mais je me retrouvais avec sous moi le ventre d’Agathe arrosé de mon sperme gras.
« Hé bé... » fit-elle en riant à moitié, sa pudeur relative l’empêchant de finir sa phrase.
Il y en avait partout. Sur les draps, sur ses poils pubiens, même dans son nombril. Ca avait giclé jusqu’entre ses seins et moi j’étais tétanisé d’un coup. J’étais amoureux de Pauline. Je savais qu’il n’y avait aucun espoir pour moi de conclure avec elle mais j’étais amoureux de Pauline, pas d’Agathe. Il paraît qu’un homme ne regrette jamais après l’acte. Un homme regrette simplement les actes qui n’ont pas eu lieu.
Je ne dérogeais pas à la règle. Je me confortai dans l’illusion que je ne dérogeais pas à la règle. Agathe avait été mienne quelques grandioses minutes et j’en étais heureux mais maintenant c’était fini. J’avais fini. J’étais muet. Et j’étais de toute façon amoureux de Pauline. C’est avec elle qu’il m’aurait fallu faire ce genre de choses.
Agathe n’attendait rien de particulier de moi. Je suppose que nous nous sommes utilisés l’un l’autre, dans une banalité affligeante. Moi pour me créer une expérience, elle pour la mettre en pratique.
Mais j’étais amoureux de Pauline, et sous moi le ventre couvert de mon sperme m’apparut comme une insulte à ce que je croyais être. Quelqu’un de bien. Un mec de 15 ans qui voulait juste voir un épisode des Simpson chez une copine. Un mec avec un tant soit peu de conscience et d'estime de soi ou de ses propres sentiments. Un mec honnête. Un amoureux transi comme tellement d’autres qui n'a pas besoin de bouche-trou, aussi ravissant soit-il.
Je n’ai pas réussi à prononcer le moindre mot. A peine désolé et au revoir.

Je m’habillai en hâte et laissai Agathe telle quelle, souillée par moi.

Elle ne me retint pas mais plus jamais je ne réussis à lui adresser la parole.

Je ne sais pas ce qui m’a pris. Du début à la fin je ne sais pas ce qui m’a pris. Ca commence avec l’automne, une jolie fille à la sortie du lycée, les Simpson. Puis l’autre fille qui ne quitte jamais vos pensées. L’instant d’avant vous êtes puceau puis celui d’après vous ne l’êtes plus. Et rien n’a changé. Les lèvres de la jolie fille. Ses seins et son vagin. L’indifférence de l’aimée. Son ventre couvert de votre sperme. Son sourire complice. Et puis le silence. Votre silence. Plus rien.

Je ne sais pas ce qui m’a pris.

Par injektileur - Publié dans : nouvelles
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Vendredi 22 avril 2011 5 22 /04 /Avr /2011 18:18

放課後

 

hô : lâcher, libérer

ka : (ici) leçon, cours

go : après

 

Soit : "après l'école" "à la fin des cours" etc...

 

Ce mot n'est rien. Il est extrêmement courant, quotidien. Pourtant il a une valeur particulière il faut l'imaginer. Quand vous apprenez une langue étrangère il y en a qui vous interpellent plus que les autres. Dans mon cas ce sont les noms d'animaux, plus quelques autres, et celui-ci. Même si je prends hôkago comme une "expression" plus qu'un mot, n'étant pas linguiste je ne m'aventurerai pas dans des explications que je suis incapable de mener.

 

Quoi qu'il en soit, hôkago se tient à la base de la vision que j'ai de la nostalgie stupide que vous aussi subissez parfois. La nostalgie de toutes ces images ces sons qu'on a jamais connues et qu'on ne connaîtra jamais. Genre le carillon de Westminster à la place de nos sonneries lamentables

 

 

 

 

 

Pourtant il faut bien comprendre que cela n'est rien tant que vous n'êtes pas confronté à la chose, au détour d'une rue ou d'un chemin soudain. Sur place le carillon est là et vous êtes là aussi, à moitié par hasard. Vous êtes déjà vieux et vous vous sentez vieux. Hôkago devient un esprit à part entière qui vous emprisonne dans ce que vous auriez aimé goûter. Hôkago devient la malédiction pleine de votre temps qui a passé plus vite que celui des autres. Hôkago vu de là c'est la fureur des années ailleurs, des années derrière vous.

Un mot que vous apprenez sur le tard et qui vous parle d'emblée.

Hôkago c'est les occasions manquées de faire sinon grand au moins vrai et juste. C'est l'innocence jetée aux orties quand celles-ci cuisent déjà dans la soupe. Hôkago ce sont ces odeurs que vous auriez dû connaître et aimer, avec le bonheur simple comme les petits drames abominables.

L'inexpliquable, le hors-de-portée. La jalousie et les envies d'hier et d'aujourd'hui. Les lendemains inquiétants.

Un mot étranger courant familier assimilé qu'englobent toutes vos obsessions secondaires d'une vie ratée. Frustrée.

Vous n'avez jamais trouvé d'issue à la fin de l'école. Vous ne vous êtes jamais échappé sur le chemin du retour. Personne ne vous a jamais attendu au portail. Il manquera toujours une pièce à l'échiquier.

Un mot, un seul, résume noir sur blanc les millions d'idées qui viennent immanquablement aux esprits bousillés des éternels anciens écoliers.

 

Mais avant de le poser sur papier il faudra parvenir à admettre que Hôkago se prononce différement dès qu'on ne le vit plus.

 

 

(vidéo : sonnerie du lycée shukutoku, à tokyo. Mis en ligne sur youtube par matsuokas2009)

Par injektileur - Publié dans : divagations
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Lundi 18 avril 2011 1 18 /04 /Avr /2011 04:44

Raison x ou y plus malchance font exclusion. Vous avez à peine les choix qui scintillent au loin. Indigent, le mot n'est pas particulièrement utilisé dans le langage courant et il indique des réalités si différentes les unes des autres que le fait même d'utiliser un même mot pour elles toutes devient absurde.

Parlons des indigents français à l'étranger.

Pas forcément de ces jeunes qui partent sans un rond mais avec beaucoup de rêves et qui reviennent en France sans un rond mais avec des aides pour lesquelles ils n'ont pas cotisé. Et votre serviteur aurait pu en faire partie.

Les indigents ne sont pas des assistés au sens où nos politiques veulent nous le faire entendre. En ce concentrant sur ces Français pauvres à l'étranger il est étonnament instructif de se rendre compte à quel point les plans de vie de la plupart étaient "sains" et "constructifs" avant qu'un élément extérieur ne les précipitent dans la dèche, qui est, soyons-en certains, toujours plus horrible à l'étranger que chez soi.

Divorce, deuil, accident, remous politiques, gouvernementaux et diplomatiques, crises économiques, avancées technologiques avec lesquelles ceux qui ne sont pas en phase périssent, fausses avancées sur lesquelles certains se sont lancés par erreur, l'ensemble des imprévus et des fautes humaines tend vers l'infini alors que notre monde n'a jamais été aussi complexe.

 

Mais les indigents restent les indigents. Dans les ambassades le logique mot d'ordre est qu'aucune aide ne vous sera versée, qu'elle quelle soit. Dans les pires des cas, comme les guerres, il y a nécessairement un devoir de protéger et de mettre à l'abri ses concitoyens. Mais pour aller où ? Et faire quoi ? Un expatrié permanent depuis des décennies sait-il vers qui se tourner une fois de retour dans ce pays qu'il ne connaît plus, et qu'il n'a souvent plus envie de reconnaître ? Prenez le Japon. Où est la réalité de ce qui se passe depuis un moins pour les Français résidant là-bas ? Des services consulaires débordés et impuissants ? Incompétents ? Oui et non. Comme toujours les ressources des expatriés seront leure meilleure garantie de se retrouver le plus rapidement possible à l'abri. A savoir : vous êtes français, ingénieur employé d'Areva, installé depuis 6 mois avec votre femme et votre fille à Tokyo, et c'est la tuile. Vous ne savez rien de ce pays et vous vous en foutez. Mais vous êtes riche. Et le consulat sait que vous êtes riche. De plus vous avez un enfant. Alors banco, vous serez dans le premier avion, histoire de prendre des "vacances" avec la petite renvoyée chez ses grands-parents.

Mais vous pouvez aussi être français, avoir 55 ans, dont 30 de vie au Japon, à essayer de mêler vos compétences de cuisinier avec votre passion pour ce pays. Les fins de mois ne sont pas toujours roses comme les cerisiers en avril, mais vous êtes là où vous croyez appartenir, et vous en êtes fier. La tuile des tuiles vous tombe dessus comme elle tombe sur des millions de personnes sauf que vous, en tant que français "indépendant" vous ne vous êtes jamais senti aussi seul. Vous venez vous abriter en France à vos frais, alors que les compagnies aériennes imposent des tarifs usuriers. Il vous reste malgré tout un peu de famille et quelques amis chez qui vous poser. Mais rapidement vous vous direz que vous n'êtes pas chez vous. Vous n'êtes plus chez vous, vous avez encore moins d'argent que précédemment mais vous n'êtes plus chez vous en France. Votre vie est loin là-bas et rare sont celles et ceux qui vous comprennent. Vous êtes un indigent en devenir. Vous cotisez à peine pour votre retraite et alors que votre âge avance vous vous demandez si vos choix étaient les bons. Vous ne pensiez pas vivre si vieux, il est vrai.

Pourtant le pire n'est pas de votre côté. Non, le pire on le trouve chez la jeunesse, justement. Cette jeunesse qui bouge et dont tout le monde se fout. Pas la jeunesse dorée des échanges inter-universitaires. Non. La jeunesse des visa vacances-travail qui vivote plus qu'elle ne vit. En tant que Français au Japon, vous n'avez droit absolument à rien de concret, sur le long terme. On vous autorise à dépenser vos maigres économies accumulées - dans le meilleur des cas - pendant vos études, puis revenir "chez vous" les poches vides, humilié et malade de frustration. Les plans, les plans vous les aviez. On vous explique que vous êtes Français et que ce n'est pas possible. Vous seriez allemand ou autrichien ce serait pareil. Vous seriez Américain, Canadien ou Australien ce ne serait pas pareil.

L'injustice et le racisme ciblé expliqué aux enfants que nous n'aurons jamais.

 

Vous n'avez même pas le loisir et l'énergie de vous signaler aux services consulaires. Vous êtes encore moins qu'un chiffre ou une statistique. Vous n'existez même plus. Alors que votre monde parte en cendres ou non cela n'a plus trop d'importance.

 

Les exemples sont légion mais permettez-moi simplement de ne pas chercher à feindre la compassion pour ces salariés de Total ou d'Areva et autres qui doivent fuir en urgence - et en pleurs, évidemment - des pays sans aucun intérêt pour eux sinon celui de remplir leur compte en banque pour des enfants qui feront la même chose qu'eux.

 

Les indigents sont ceux qu'on sait. Mais les médiocres restent loin très loin de ce qu'on est capable d'imaginer.

Par injektileur - Publié dans : divagations
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