Vendredi 29 avril 2011 5 29 /04 /Avr /2011 03:12

Je ne sais pas ce qui m’a pris. Même avec le recul et l’expérience je ne saurais dire ce qui m’a pris. Une heure avant nous étions en train de discuter à la sortie du lycée. Nous nous connaissions par cette fille dont j’ai oublié le prénom. Son nom à elle, c’était Agathe. J’avais tout juste 15 ans et elle 17. Elle n’était pas particulièrement jolie mais possédait ce genre de corps qu’on oublie pas. Celui que vous fantasmez habillé, et que nu vous gardez jalousement comme une perle brute au fond de vos souvenirs les moins catholiques. Cela faisait deux ou trois semaines que je voyais que nous nous rapprochions. Par rapprocher je veux dire que nous riions ensemble et avions les mêmes références, malgré notre différence d’âge. J’étais en seconde et elle en terminale.
Malgré cela je ne saurais exactement dire ce qui m’a pris. Une heure avant nous étions donc en train de discuter devant le portail du lycée. Et nous aurions dû nous y séparer jusqu’au lendemain. Mais au moment de se dire au revoir Agathe m’a demandé si par hasard j’avais beaucoup de devoirs pour ce même lendemain. Je lui ai répondu sans malice que non. Nous étions mardi en plein automne et le mercredi n’avait rien d’une journée chargée chez moi. Sans compter que jamais je n’arrivais à prendre de l’avance sur ce que j’avais à faire.
Je parlais plus haut de références communes et l’une d’entre elles est que nous étions tous deux de grands fans des Simpson. Elle enregistrait religieusement les épisodes et me proposa de venir regarder chez elle ceux que j’aurais manqué. Nous étions - faut-il préciser - encore aux débuts du téléphone portable et d’internet à grande échelle. Je ne me fis pas prier, et n’eus même pas la présence d’esprit de me créer des arrière-pensées. Et je n’en eus pas vraiment le loisir ou le temps non plus d’ailleurs. Ce n’est pas comme si elle m’avait sauté dessus, non. Ce n’est pas tout à fait comme si c’était ma toute première expérience avec une fille non plus, d’ailleurs.
Ma première n’avait rien de fondamental et je ne tiens pas à en parler ici. Pour l’instant je suis sur Agathe. Pas encore littéralement mais ça ne saurait tarder.
Je ne sais pas comment ça a commencé. Une heure avant nous étions en train de discuter à la sortie du lycée et elle me proposait de venir regarder les Simpson chez elle.
Nous n’avons pas lancé un seul épisode. Je ne sais pas comment ça a commencé mais nous nous sommes retrouvés dans sa chambre. Je me souviens que j’étais assis à son bureau et elle sur son lit. Nous nous sommes mis à parler de cette fille dont j’ai oublié le nom pour je ne sais quelle raison. Puis de PJ Harvey et Radiohead sans transition, sinon peut-être que cette même fille lui ressemblait un peu. À PJ Harvey.
Soudain elle s’est levée et elle m’a embrassé, l’air plutôt sûre de ce qu’elle faisait. Moi beaucoup moins évidemment, et c’est pour ça que je me suis laissé faire. Je n’étais pas mal-à-l’aise non plus je pense, juste un peu surpris.
Ici je dois préciser quelque chose d’important. A cette même époque j’étais complètement obsédé par une autre fille, Pauline. Elle était dans ma classe et à grand mal j’étais petit à petit arrivé à lui adresser la parole de façon naturelle. Je déprimais passablement parce que malgré sa gentillesse elle restait plutôt indifférente à mes sentiments.
Je ne sais pas vraiment comment ça a commencé. Agathe m’a embrassé et c’était extrêmement agréable. L’érection me vint très vite et elle chercha aussitôt à m’en soulager mais je la repoussai sans violence. Je craignais qu’elle puisse me mordre. Chacun ses phobies.
Elle avait plus d’expérience que moi - ce qui n’était pas très difficile, de fait - mais malgré cela, je pouvais voir qu’elle faisait un minimum semblant d’être à l’aise. Ce qui était presque touchant, parce qu’avec ses 2 ans de plus que moi elle cherchait à faire sa grande, un peu comme une petite fille expliquerait un jeu à plus petit qu’elle. Je me rendais compte à quel point elle était adorable et qu’elle n’avait rien d’une chaudasse comme mes intelligents camarades de classe se plaisaient à définir les jeunes filles entreprenantes.
Entreprenante, elle l’était ce qu’il fallait. C’est moi qui l’ai déshabillée entièrement, fasciné. La nature l’avait dotée d’un corps parfait. Un corps qui sentait merveilleusement bon de partout et que j’auscultais avec excitation et intérêt grandissants.
Une heure avant à peine nous sortions du lycée et j’étais maintenant la tête entre ses cuisses.
Elle me souriait beaucoup et l’humidité entre ses jambes amplifiait. Tellement d’excitation donc qu’au moment de la pénétrer je pensai surtout à me calmer et en oubliai le préservatif qu’elle aurait pu avoir sur elle. Cet objet qui n’avait rien d’évident pour moi à l’époque, surtout en «urgence». Elle ne devait pas avoir envie de traîner non plus j’imagine.
Ses parents et sa soeur étaient absents et elle en avait profité, sans savoir vraiment vers quelle heure ils rentreraient. Quoi qu’il en soit il n’y avait pas de temps à perdre et nous n’en perdions pas. Pourtant alors que je prenais le rythme je ne pus m’empêcher de voir Pauline à la place. Je ne connaissais pas encore le sens de l’expression « pensées intrusives » mais j’étais en plein dedans.
Bien que mes moyens de comparaison manquaient, je trouvais qu’Agathe était serrée comme il fallait. Elle avait en outre l’attitude ni trop exubérante ni trop coincée qu’il est parfois utile d’attendre d’une jeune fille. J’étais rivé les yeux sur ses seins magnifiques. Petits et pleins. Et sur son ventre gracile et soyeux. Et c’était une chance pour moi qu’elle soit si bien faite parce je n’arrivais pas à la regarder dans les yeux, par peur d’y retrouver Pauline. Nous avons changé deux fois de position. Je ne saurais dire si j’ai réussi à la faire jouir, mais je reste aujourd’hui assez fier de moi d’avoir tenu une petite dizaine de minutes. C’est bien peu de chose comparé à ce qui suit.

Je ne sais pas ce qui m’a pris. Une heure avant on m’aurait dit que j’allais avoir une relation sexuelle en bonne et due forme avec une aussi belle fille qu’Agathe je n’y aurais jamais cru.
Alors que j’arrivais tout au bout de ce que j’avais à faire, mes mouvements prirent de l’amplitude. Un peu trop. Et pile au moment fatidique mon sexe sortit du sien et lâcha tout ce qu’il avait à lâcher de la façon la plus ostentatoire possible dans un peu toutes les directions.
Je ne savais toujours pas comment ça avait commencé. Nous devions regarder des épisodes des Simpson, j’étais amoureux de Pauline, mais je me retrouvais avec sous moi le ventre d’Agathe arrosé de mon sperme gras.
« Hé bé... » fit-elle en riant à moitié, sa pudeur relative l’empêchant de finir sa phrase.
Il y en avait partout. Sur les draps, sur ses poils pubiens, même dans son nombril. Ca avait giclé jusqu’entre ses seins et moi j’étais tétanisé d’un coup. J’étais amoureux de Pauline. Je savais qu’il n’y avait aucun espoir pour moi de conclure avec elle mais j’étais amoureux de Pauline, pas d’Agathe. Il paraît qu’un homme ne regrette jamais après l’acte. Un homme regrette simplement les actes qui n’ont pas eu lieu.
Je ne dérogeais pas à la règle. Je me confortai dans l’illusion que je ne dérogeais pas à la règle. Agathe avait été mienne quelques grandioses minutes et j’en étais heureux mais maintenant c’était fini. J’avais fini. J’étais muet. Et j’étais de toute façon amoureux de Pauline. C’est avec elle qu’il m’aurait fallu faire ce genre de choses.
Agathe n’attendait rien de particulier de moi. Je suppose que nous nous sommes utilisés l’un l’autre, dans une banalité affligeante. Moi pour me créer une expérience, elle pour la mettre en pratique.
Mais j’étais amoureux de Pauline, et sous moi le ventre couvert de mon sperme m’apparut comme une insulte à ce que je croyais être. Quelqu’un de bien. Un mec de 15 ans qui voulait juste voir un épisode des Simpson chez une copine. Un mec avec un tant soit peu de conscience et d'estime de soi ou de ses propres sentiments. Un mec honnête. Un amoureux transi comme tellement d’autres qui n'a pas besoin de bouche-trou, aussi ravissant soit-il.
Je n’ai pas réussi à prononcer le moindre mot. A peine désolé et au revoir.

Je m’habillai en hâte et laissai Agathe telle quelle, souillée par moi.

Elle ne me retint pas mais plus jamais je ne réussis à lui adresser la parole.

Je ne sais pas ce qui m’a pris. Du début à la fin je ne sais pas ce qui m’a pris. Ca commence avec l’automne, une jolie fille à la sortie du lycée, les Simpson. Puis l’autre fille qui ne quitte jamais vos pensées. L’instant d’avant vous êtes puceau puis celui d’après vous ne l’êtes plus. Et rien n’a changé. Les lèvres de la jolie fille. Ses seins et son vagin. L’indifférence de l’aimée. Son ventre couvert de votre sperme. Son sourire complice. Et puis le silence. Votre silence. Plus rien.

Je ne sais pas ce qui m’a pris.

Par injektileur - Publié dans : nouvelles
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Vendredi 22 avril 2011 5 22 /04 /Avr /2011 18:18

放課後

 

hô : lâcher, libérer

ka : (ici) leçon, cours

go : après

 

Soit : "après l'école" "à la fin des cours" etc...

 

Ce mot n'est rien. Il est extrêmement courant, quotidien. Pourtant il a une valeur particulière il faut l'imaginer. Quand vous apprenez une langue étrangère il y en a qui vous interpellent plus que les autres. Dans mon cas ce sont les noms d'animaux, plus quelques autres, et celui-ci. Même si je prends hôkago comme une "expression" plus qu'un mot, n'étant pas linguiste je ne m'aventurerai pas dans des explications que je suis incapable de mener.

 

Quoi qu'il en soit, hôkago se tient à la base de la vision que j'ai de la nostalgie stupide que vous aussi subissez parfois. La nostalgie de toutes ces images ces sons qu'on a jamais connues et qu'on ne connaîtra jamais. Genre le carillon de Westminster à la place de nos sonneries lamentables

 

 

 

 

 

Pourtant il faut bien comprendre que cela n'est rien tant que vous n'êtes pas confronté à la chose, au détour d'une rue ou d'un chemin soudain. Sur place le carillon est là et vous êtes là aussi, à moitié par hasard. Vous êtes déjà vieux et vous vous sentez vieux. Hôkago devient un esprit à part entière qui vous emprisonne dans ce que vous auriez aimé goûter. Hôkago devient la malédiction pleine de votre temps qui a passé plus vite que celui des autres. Hôkago vu de là c'est la fureur des années ailleurs, des années derrière vous.

Un mot que vous apprenez sur le tard et qui vous parle d'emblée.

Hôkago c'est les occasions manquées de faire sinon grand au moins vrai et juste. C'est l'innocence jetée aux orties quand celles-ci cuisent déjà dans la soupe. Hôkago ce sont ces odeurs que vous auriez dû connaître et aimer, avec le bonheur simple comme les petits drames abominables.

L'inexpliquable, le hors-de-portée. La jalousie et les envies d'hier et d'aujourd'hui. Les lendemains inquiétants.

Un mot étranger courant familier assimilé qu'englobent toutes vos obsessions secondaires d'une vie ratée. Frustrée.

Vous n'avez jamais trouvé d'issue à la fin de l'école. Vous ne vous êtes jamais échappé sur le chemin du retour. Personne ne vous a jamais attendu au portail. Il manquera toujours une pièce à l'échiquier.

Un mot, un seul, résume noir sur blanc les millions d'idées qui viennent immanquablement aux esprits bousillés des éternels anciens écoliers.

 

Mais avant de le poser sur papier il faudra parvenir à admettre que Hôkago se prononce différement dès qu'on ne le vit plus.

 

 

(vidéo : sonnerie du lycée shukutoku, à tokyo. Mis en ligne sur youtube par matsuokas2009)

Par injektileur - Publié dans : divagations
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Lundi 18 avril 2011 1 18 /04 /Avr /2011 04:44

Raison x ou y plus malchance font exclusion. Vous avez à peine les choix qui scintillent au loin. Indigent, le mot n'est pas particulièrement utilisé dans le langage courant et il indique des réalités si différentes les unes des autres que le fait même d'utiliser un même mot pour elles toutes devient absurde.

Parlons des indigents français à l'étranger.

Pas forcément de ces jeunes qui partent sans un rond mais avec beaucoup de rêves et qui reviennent en France sans un rond mais avec des aides pour lesquelles ils n'ont pas cotisé. Et votre serviteur aurait pu en faire partie.

Les indigents ne sont pas des assistés au sens où nos politiques veulent nous le faire entendre. En ce concentrant sur ces Français pauvres à l'étranger il est étonnament instructif de se rendre compte à quel point les plans de vie de la plupart étaient "sains" et "constructifs" avant qu'un élément extérieur ne les précipitent dans la dèche, qui est, soyons-en certains, toujours plus horrible à l'étranger que chez soi.

Divorce, deuil, accident, remous politiques, gouvernementaux et diplomatiques, crises économiques, avancées technologiques avec lesquelles ceux qui ne sont pas en phase périssent, fausses avancées sur lesquelles certains se sont lancés par erreur, l'ensemble des imprévus et des fautes humaines tend vers l'infini alors que notre monde n'a jamais été aussi complexe.

 

Mais les indigents restent les indigents. Dans les ambassades le logique mot d'ordre est qu'aucune aide ne vous sera versée, qu'elle quelle soit. Dans les pires des cas, comme les guerres, il y a nécessairement un devoir de protéger et de mettre à l'abri ses concitoyens. Mais pour aller où ? Et faire quoi ? Un expatrié permanent depuis des décennies sait-il vers qui se tourner une fois de retour dans ce pays qu'il ne connaît plus, et qu'il n'a souvent plus envie de reconnaître ? Prenez le Japon. Où est la réalité de ce qui se passe depuis un moins pour les Français résidant là-bas ? Des services consulaires débordés et impuissants ? Incompétents ? Oui et non. Comme toujours les ressources des expatriés seront leure meilleure garantie de se retrouver le plus rapidement possible à l'abri. A savoir : vous êtes français, ingénieur employé d'Areva, installé depuis 6 mois avec votre femme et votre fille à Tokyo, et c'est la tuile. Vous ne savez rien de ce pays et vous vous en foutez. Mais vous êtes riche. Et le consulat sait que vous êtes riche. De plus vous avez un enfant. Alors banco, vous serez dans le premier avion, histoire de prendre des "vacances" avec la petite renvoyée chez ses grands-parents.

Mais vous pouvez aussi être français, avoir 55 ans, dont 30 de vie au Japon, à essayer de mêler vos compétences de cuisinier avec votre passion pour ce pays. Les fins de mois ne sont pas toujours roses comme les cerisiers en avril, mais vous êtes là où vous croyez appartenir, et vous en êtes fier. La tuile des tuiles vous tombe dessus comme elle tombe sur des millions de personnes sauf que vous, en tant que français "indépendant" vous ne vous êtes jamais senti aussi seul. Vous venez vous abriter en France à vos frais, alors que les compagnies aériennes imposent des tarifs usuriers. Il vous reste malgré tout un peu de famille et quelques amis chez qui vous poser. Mais rapidement vous vous direz que vous n'êtes pas chez vous. Vous n'êtes plus chez vous, vous avez encore moins d'argent que précédemment mais vous n'êtes plus chez vous en France. Votre vie est loin là-bas et rare sont celles et ceux qui vous comprennent. Vous êtes un indigent en devenir. Vous cotisez à peine pour votre retraite et alors que votre âge avance vous vous demandez si vos choix étaient les bons. Vous ne pensiez pas vivre si vieux, il est vrai.

Pourtant le pire n'est pas de votre côté. Non, le pire on le trouve chez la jeunesse, justement. Cette jeunesse qui bouge et dont tout le monde se fout. Pas la jeunesse dorée des échanges inter-universitaires. Non. La jeunesse des visa vacances-travail qui vivote plus qu'elle ne vit. En tant que Français au Japon, vous n'avez droit absolument à rien de concret, sur le long terme. On vous autorise à dépenser vos maigres économies accumulées - dans le meilleur des cas - pendant vos études, puis revenir "chez vous" les poches vides, humilié et malade de frustration. Les plans, les plans vous les aviez. On vous explique que vous êtes Français et que ce n'est pas possible. Vous seriez allemand ou autrichien ce serait pareil. Vous seriez Américain, Canadien ou Australien ce ne serait pas pareil.

L'injustice et le racisme ciblé expliqué aux enfants que nous n'aurons jamais.

 

Vous n'avez même pas le loisir et l'énergie de vous signaler aux services consulaires. Vous êtes encore moins qu'un chiffre ou une statistique. Vous n'existez même plus. Alors que votre monde parte en cendres ou non cela n'a plus trop d'importance.

 

Les exemples sont légion mais permettez-moi simplement de ne pas chercher à feindre la compassion pour ces salariés de Total ou d'Areva et autres qui doivent fuir en urgence - et en pleurs, évidemment - des pays sans aucun intérêt pour eux sinon celui de remplir leur compte en banque pour des enfants qui feront la même chose qu'eux.

 

Les indigents sont ceux qu'on sait. Mais les médiocres restent loin très loin de ce qu'on est capable d'imaginer.

Par injektileur - Publié dans : divagations
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Jeudi 14 avril 2011 4 14 /04 /Avr /2011 06:56

 

 

 

 

Les cauchemars conscients sont une plaie. Celui-ci vous paraît très long et très réel. Les monstres accourent et dansent devant vous comme des brutes pensantes. Avec emphase et ridicule ils se moquent ouvertement. Leurs rythmes hésitants résistent à tout décompte. Ils gesticulent comme des damnés volontaires des rieurs gras. Ils tournent et dansent autour de vous et vous fixent de leurs yeux pervers. Vous ne savez pas combien ils sont. Vous ne savez plus compter, mais vous savez ce qu'ils cherchent. De l'action. Ce qu'ils cherchent, ce qu'ils veulent c'est de l'action. C'est du sang et des cris. Des larmes. Les vôtres cela va de soit. Ils sont sans pitié. Ils vitupèrent et exultent en choeur. Puis vous laissent soudain à votre souffrance.

 

 

Vous arrivez enfin à vous réveiller. Vous vous trouvez probablement plus dans une forêt sombre qu'au milieu de l'océan. Le feu brûle doucement et se perd à éclairer le camp. Il ne reste que vous. Cela vous semble une éternité que vous êtes parti vers des cieux meilleurs. Tous vos camarades sont tombés un à un et vous ne savez plus compter. Vous étiez parti avec eux par nécessité mais aussi par goût de l'aventure et du risque. Par curiosité. Mais vous vous êtes retrouvé seul. La maladie, les dangers et les meurtres ont eu raison de tous. Il ne reste donc que vous et vos monstres dans vos cauchemars de forêts. La nuit est tombée depuis des heures et le soleil se laisse grandement désirer.

 

Vous aussi vous cherchiez l'action. Mais le sang et les larmes ont eu raison de votre esprit. Les cris de vos pairs y résonnent sans fin alors que vous vous rendormez par défaut, l'épuisement psychique en gage. Vous avez la fatigue en vous depuis votre naissance. Vous ne savez plus compter, mais la vérité est que vous n'en avez jamais réellement eu envie.


 

Et les monstres de réapparaître. Moins nombreux mais plus grands. Plus vicieux et cyniques. Presque plus majestueux. Dirigistes et cyniques. Eux savent où vous mener. Eux savent compter les actions et les désillusions, les faux rêves de grandeurs. Et ils en rient comme les bossus qu'ils sont. Ils vous sont supérieurs en tout. Ils savent compter. Ils savent agir et danser. Dessiner. Ils savent couper court aux ambitions. Claquer les portes. Ils savent vivre, rire et jouir du malheur des pauvres hères dont vous feignez ne pas faire partie.

 

 


(musique : Bartok, quatuor à cordes no 4, Sz 91, dernier mouvement. Interprété par le quatuor Alban Berg.)

Par injektileur - Publié dans : une zik une humeur
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Lundi 11 avril 2011 1 11 /04 /Avr /2011 08:02

L'illusion première est de croire que j'ai besoin de reconnaissance, d'où qu'elle vienne quelle qu'elle soit. L'illusion seconde est d'imaginer que j'aime écrire.

Derrière moi remuent des monstres peu avenants. Ils sont sales et bruyants. Ils sont fiévreux et fatigués. Ils ont la raison pour eux et ils crient. Tu n'aimes pas écrire, tu n'aimes pas écrire. Un peu plus et ils danseraient sur une boucle infinie qu'une transcription binaire de ces mots simples aurait transformé en octets bancals. Tu n'aimes pas écrire, et tu n'aimes pas lire non plus. Tu n'aimes pas la musique qui te frustre et le cinéma qui te désespère, dans la grandeur comme dans la médiocrité. Tu n'aimes pas écrire et tu n'as pas besoin d'écrire. Le besoin que tu ressens soi-disant tu te le crées comme excuse. Ta muse n'existe pas, et si elle existe c'est aujourd'hui une vieille amante que tu n'as jamais vraiment honorée. Et si tu l'as honorée c'est uniquement par peur du vide sidéral que figure ta vie isolée de toute ambition.

Tu combles comme tu vomis après avoir trop bu. Pour calmer l'ensemble. Tu combles dans l'illusion troisième que cela t'apporte quelque chose.

Tu n'aimes pas écrire et tu n'en as pas besoin. Lire te terrorise par ta lenteur d'appréciation du mal déjà fait à ton cerveau et à ta carcasse. Ecouter te perturbe et te déprime sur la longueur des années sans suspens. Regarder te tue à feu faible.

 

Tu n'aimes pas écrire, écoute et crois-nous, nous te le crions.

Par injektileur - Publié dans : divagations
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