L'inactivité prolongée a ceci de gracieux qu'elle vous enveloppe d'une sorte de cape imperméable aux horloges externes. Loin de se calmer le phénomène prend de l'ampleur avec les semaines, et les mois qui passent. Les saisons, les années arriveront en renfort à peine plus tard.
N'importe quel humain inactif trop longtemps voit son cerveau s'assécher jusqu'à ce que mort s'ensuive. Le chômage est pire qu'une drogue parce qu'il n'a pas de délivrance possible dans l'overdose. On n'y trouve que l'isolement progressif, puis l'isolement nécessaire, puis l'isolement subi, puis l'isolement délétère.
N'importe quel humain inactif trop longtemps voit ses références partir en morceaux, ses amis se faire la malle, sa parole s'appauvrir, ses désirs s'amenuiser ses rêves flétrir à vue sa constitution se fragiliser son espérance ses projets se liquéfier en choeur.
N'importe quel humain inactif trop longtemps sait que ses jours en tant qu'être pensant sont comptés, que sa raison tient à un fil fragile qu'il ne pourra remplacer, que le monde ne tourne qu'avec d'autres humains dont il ne se nourrit d'aucune vision.
Visions d'ordure comme visions de grandeur.
Plus besoin d'une quelconque troisième guerre mondiale. L'inactivité prolongée a ceci d'extraordinaire qu'elle se tait parmi les
hommes, et qu'elle sait les faire taire pour qu'au moins ils s'éteignent en paix.

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