Mercredi 25 novembre 2009
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CHAPITRE 3
Lorsqu’elles sortent de chez elles, avant même qu’elles ne soient réveillées par les courants d’air
ascendants entre les étages, la seule vue qui s’offre à Liffey et Tamise est celle de mâchoires inférieures rectilignes aux dents ultra-régulièrement cariées. Les locataires d’en face ont été les
premières à bénéficier du budget (enfin) alloué à la rénovation des bâtiments. Elles se sont immédiatement mises à repeindre les façades en blanc – ce qui ne constituait a priori pas une mauvaise
idée en soi – et force est de constater que ce serait presque agréable à regarder si elles n’avaient pas laissé volontairement les portes telles quelles. Il paraît que ç’aurait coûté trop cher.
Voilà pourquoi le blanc immaculé alterne avec le bois noueux des portes qui faute de moyens ne seront pas refaites avant deux ans au moins.
Tout cela importe pourtant peu un si beau jour de fête et en attendant sa mère qui se prépare à l’intérieur Tamise s’amuse à compter les caries une à une, sagement assise sur la
balustrade. « Il faudrait qu’il pense à se brosser les dents un peu plus souvent, le bâtiment C, il doit avoir très mal, là… ». La plaisanterie la fait sourire à moitié. Elle continue de
se perdre intérieurement pendant une minute ou deux, peut-être trois. Loin au dessus de sa tête et du béton les nuages se déplacent dans un mouvement de translation assez imparfait pour en devenir
fascinant. Elle finit par questionner Liffey, enfin prête, au moment où celle-ci ferme la porte.
« Maman, comment ça s’appelle, le dentiste pour les bâtiments ? »
« Le dentiste pour les bâtiments ?? Qu’est-ce que tu racontes encore !? » répond la jeune femme, passablement agacée de se battre avec les dernières serrures.
« Ben, oui, viens voir, il a plein de caries, le pauvre… » la petite montre avec un certain sérieux les portes de chaque appartement, réglées comme un mètre à mesurer. Liffey reste
perplexe un instant puis se met à rire sous le regard interrogateur de sa fille.
« Franchement ma puce, je sais pas où tu vas chercher tout ça, t’as vraiment une imagination débridée… » elle dit débridée et pas débordante ; le mot lui paraît plus
approprié.
« C’est pas mon imagination… Dans le livre que j’ai lu hier soir il y avait des images avec une sorte de… chat je crois. Il était très gros avec des dents très blanches et il souriait
tout le temps. Je me suis dit que c’est bien de faire attention à se brosser les dents tous les jours c’est plus joli – Liffey écoute Tam sans l’interrompre, se rappelant l’importance d’une belle
dentition pour toutes les habitantes de l’île, surtout les plus jeunes – A part ça j’ai pas compris grand chose à ce qui avait écrit, c’est une langue bizarre je sais pas pourquoi Clyde m’a offert
ça… Mais sinon c’est vrai que j’ai beaucoup aimé c’est un très beau livre, le papier est très doux au toucher et en plus il sent super bon… »
Tamise s’est retournée sans finir sa phrase et observe maintenant le petit bout de ciel silencieux dans lequel quelques nuages pèlerins ont fait leur apparition depuis le matin.
Liffey, dans son dos, la serre dans ses bras et lui donne un baiser, caresse sa tête et pose doucement la sienne sur son épaule droite.
« Toi aussi tu sens bon ma puce… » dit-elle à voix basse ; l’odeur douce et fraîche de sa fille la soulage comme la Panacée universelle, une sorte de drogue originelle et
bienfaitrice.
Avec la puberté arrive la puanteur. Quoi qu’elles fassent les jeunes filles sentent immanquablement mauvais, ou du moins, toutes les senteurs subtiles qu’elles seront susceptibles de
dégager ne seront en fait qu’artificielles ; un moyen comme un autre de masquer le fait indéniable qu’elles fouettent. Un cache-misère en somme.
Mais une enfant…
Sucre et épices, ma fille est un pain d’épices ! Non, mieux, un chou à la crème !
« Ben c’est normal, je sors du bain et je me suis shampouiné deux fois la tête dans tous les sens… » répond la petite, absente ; aspirée et entraînée par les nuages dans leur
trajet défini comme le serait celui d’une rivière gigantesque. Ils forment une mousse portée aux confins de l’univers par l’eau du bain céleste.
« Mais c’est qu’on en mangerait ! » lance Liffey, touchée par l’innocente et imparable logique de sa progéniture. Tamise sort de sa rêverie en poussant de petits cris rieurs
parce que sa mère se met à la chatouiller.
« Arrête arrête, je vais tomber ! Et pis de dos c’est pas du jeu ! »
Liffey obéit et intriguée par ce que sa fille fixe avec autant d’attention lève les yeux à son tour. Toutes les deux restent un instant sans rien dire à regarder dans la même
direction, leurs profils entremêlés faisant écho l’un à l’autre dans le silence-miroir que viennent effleurer les longues boucles de rumeur échappées de la place centrale, avant que l’ensemble
étroitement harmonieux ne se dissolve dans les courants d’air stoïques qui peuplent les couloirs extérieurs.
Tout d’un coup le bout de ciel s’agite, se calme s’agite à nouveau puis tombe un grand coup sur le béton en tirant avec lui les nuages.
« Tu crois qu’il va pleuvoir ? »
« Ca serait bien la première fois le jour de Jûgatsu Muika… On a eu de la chance chaque année jusqu’ici je vois pas pourquoi ça durerait pas. » Liffey veut plus se rassurer elle-même
qu’autre chose.
« J’aime bien la pluie, moi… » murmure Tamise
« Je sais, mon ange, je sais, mais je t’ai déjà raconté l’histoire je crois… »
« Oui »
« Alors même si toi et moi on croit pas à toutes ces bêtises, il faut rien dire, surtout ne pas se moquer des autres et rester gentille, d’accord ? »
« D’accord… – la petite réfléchit sept secondes, l’air si pensif qu’on pourrait imaginer qu’elle essaye de résumer le monde en une seule phrase, puis se retourne une nouvelle fois sur sa
maman, son visage emprunt d’une mélancolie trop évidente pour son âge – Mais alors je peux plus dire que j’aime la pluie ? Ca choque ? C’est choquant ? »
« Bien sûr que si tu as le droit de dire que tu aimes la pluie, mais il faut que tu comprennes que tes copines, par exemple, ou même leurs mères puissent avoir peur, surtout
aujourd’hui… »
« Est-ce que c’est ça, la superstition ? » coupe Tamise, concernée
« Exactement. » confirme Liffey, surprise qu’elle connaisse ce mot
« C’est nul ! » proteste la fillette
« Si tu dis ça, tu deviens intolérante… »
« Intolérante ? »
« Oui. »
« C’est quoi ? »
« Eh ben… c’est assez compliqué je t’expliquerai une autre fois… » répond Liffey après quelques hésitations, assez embêtée. Elle considère que ce n’est pas encore le jour pour faire
comprendre à sa fille que l’intolérance qu’elle croît ne pas connaître est en vérité à la source de toutes les causes de sa claustration sur l’île.
« Tu dis ça à chaque fois et après tu oublies… » rétorque l’enfant avec une moue boudeuse.
« Là, tu exagères, on parle beaucoup toutes les deux. Non ? »
« C’est vrai, mais… »
« Et de mon côté je te raconte plein de choses, pas vrai ? » continue Liffey
« Je vois pas le rapport… » répond Tamise, douteuse
« Y’en a un pourtant » assure la grande, légèrement mal à l’aise.
« Ah bon ? Lequel ? » le doute se transforme vite en soupçon amusé. Liffey réalise alors que sa fille est moins crédule, qu’elle se laisse moins facilement diriger qu’il y
a quelques mois à peine. Une fierté certaine lui emplit la poitrine.
Soudain un souffle traverse l’espace et les nuages se rapprochent à nouveau de plusieurs kilomètres, encore plus pesants, encore plus gris. Liffey saisit l’occasion au vol pour revenir
à un sujet moins épineux ; moins fatiguant, aussi.
« Tu sens ça ? C’est vraiment impressionnant de voir le temps changer aussi vite, tu trouves pas ? »
« Non. C’est pour ça que je t’ai demandé pour la pluie. On dirait que j’ai plus l’habitude que toi… »
« Sûrement, mon ange, sûrement… » elle n’a pas envie de lui répéter encore une fois que contrairement à elle, elle n’est pas née sur l’île.
« Bon, qu’est-ce qu’on fait, alors ? » interroge Tamise, déjà plus loin.
« Ce qu’on a prévu. Les autres doivent être agitées comme des puces à l’heure qu’il est, je suis sûre qu’elles sont mortifiées à l’idée qu’un orage puisse éclater… je les connais… Mais
avant, tu peux me rendre un service ? Va chercher mon parapluie chez Rhône je l’ai oublié l’autre nu… euh l’autre jour. Je t’attends à l’entrée. »
« D’accord. Mais je croyais qu’il fallait pas se moquer des autres… On nous a dit qu’il ne faut jamais apporter de parapluie pour Jûgatsu Muika parce que ça porte malheur. »
« C’est vrai. Mais tu vois, là, ta mère est vilaine et elle s’en moque. Question pratique. Je suis déjà malade je veux pas être trempée s’il se met à tomber des anguilles. Et si les
autres le prennent mal tant pis pour elles ! » sourire complice
« Maman t’es qu’une grosse vilaine ! – pouffe la fillette – T’es sûre qu’il est là-bas, au moins ? »
« Je crois, oui… Allez vas-y vite. » Liffey lui donne une petite bise en remerciement et s’éloigne d’un pas assuré, emportant avec elle l’odeur quasi-matérielle de sa fille devenue
effluves éthérées tournoyant au gré des dépressions engendrées par chacun de ses mouvements.
Tamise restée seule baisse pour la première fois les yeux sur le vide syncopé qui plane devant elle. Ses pieds pendent à environ cinquante mètres du sol grossièrement
« carrelé » de grandes plaques de béton goudronneux qui depuis l’endroit où elle se trouve lui font penser à de maladroits mélanges congelés de bouillie avariée accolés à la va comme j’te
pousse. Beurk c’est vrai que j’ai des idées bizarres dans la tête… l’avantage c’est que maintenant j’ai beaucoup moins faim. Un nouveau long souffle ascendant lui rappelle ce qu’elle a à faire,
charriant cette fois un complexe parfum iodé de marée en stagnation artificielle. Elles ont encore oublié d’ouvrir les vannes il faudra que je leur dise ; mais pour l’instant…
A ce stade la petite a un choix important et difficile à « décisionner ». Difficile parce qu’elle aime autant l’une et l’autre des possibilités qui s’ouvrent à elle. La
bascule arrière est vraiment grisante mais un peu dangereuse. La dernière fois elle s’est cogné la tête et Clyde en a profité pour se moquer de sa grosse bosse. Le plongeon avec appui avant a le
mérite d’être plus sûr et encore plus impressionnant. Dans le cas, bien entendu, où il y a des spectateurs. Aujourd’hui on est très en retard, y’a plus personne et c’est vraiment pas le moment de
me faire un zbeunk, donc allez j’arrête de traîner maman va m’attendre.
Tamise pose ses pieds à plat sur le muret de la balustrade et dans un mouvement lent et précis laisse glisser ses cuisses nues sur le bord de la rampe, le contact lui plaît elle le
connaît bien. Mais elle aime encore plus l’instant où sa peau se détache de l’aluminium froid en toute saison ; cela indique à son cerveau que le décollage est imminent. Elle bascule
complètement en avant. Il ne lui reste plus qu’à déterminer le meilleur dixième de seconde. Appuyer un grand coup sur le mur avec les jambes. Surtout ne pas frapper, ni taper ; ça ne sert à
rien, ça fait mal et on perd au moins la moitié de la puissance. Tout le secret consiste à garder les pieds parfaitement collés contre le muret jusqu’au tout dernier moment. Et puis c’est l’envol,
l’exaltant saut de l’ange entre les mâchoires.
C’est pour ainsi dire la seule activité physique à laquelle Tamise s’adonne avec joie. Le plongeon reste un sport réservé aux petites, principalement parce que les appuis et surtout
les récepteurs ne sont pas assez solides pour supporter le poids d’une adulte. Tamise le sait et elle en profite dès qu’elle en a l’occasion, c’est-à-dire au moins deux fois par jour. Elle adore
ça. Personne sur l’île ne descend les immeubles plus vite qu’elle. Elle connaît notamment par cœur tous les circuits possibles entre le bâtiment B et le C.
Tamise aime par dessus tout avoir la tête en bas, sentir le vent lui filer le long du visage et ses vêtements claquer sur sa peau, même si cela ne dure que quelques secondes. Elle peut
alors s’oublier à cette gravité – nouveau mot de la liste du mois dernier – qui la fascine tant. Lancer une pierre en l’air et se demander pourquoi elle retombe c’est passionnant et ça coûte pas un
rond. Certes si cela n’apporte en vérité pas réellement de réponses précises, on y trouve néanmoins des pistes à explorer. Et au bout de l’une d’elle on comprend qu’il faut finir par se jeter
soi-même dans le vide. Et puis on passe à l’acte. Et on se rend compte du plaisir incommensurable que cela procure, plaisir toujours renouvelé, état de félicité supérieure aux taux d’accoutumance
diaboliquement élevé. Il suffit d’y goûter pour devenir accro. Une sorte de jouissance absolue pourrait-on dire ; mais Tamise ne connaît pas ce vocabulaire, et il est par sa définition de
toute façon très éloigné de ce qu’elle ressent tandis qu’elle fend de son petit corps frêle l’air vicié du puits rectangulaire qui se forme autour d’elle. Ce sont les adultes qui ont perverti à
jamais la notion de plaisir, certainement pas les enfants.
Tamise se contrefiche des adultes, de l’île, de la puanteur chronique ; elle chute avec délectation au milieu des myriades de particules d’air qui la caressent et l’anesthésie
violemment. Tellement violemment que d’autres idées d’un tout autre ordre lui embrume parfois l’esprit. Comme s’il ne valait pas mieux se décider un jour à ne plus penser à rien, à se laisser
tomber jusqu’au fond. Juste histoire de prolonger l’amnésie. Juste histoire de mourir un peu, pour voir…
Mais le voyage vers l’au-delà semble de ceux dont on ne revient pas comme on revient de l’école. Encore une petite chose utile que Tamise a bien comprise pour à chaque fois se forcer à
ouvrir les yeux à temps et attraper le câble tendu entre le dixième étage du danchi B et le huitième du danchi C. Le choc est rude pour ses bras filiformes, comme toujours, mais comme toujours elle
ne se laisse pas démonter et s’agrippe posément, au moins assez pour éviter de lâcher prise au moment où la tension se fait la plus forte. Le fil est relativement élastique, elle descend jusqu’au
cinquième. Puis elle se met à remonter et se sert de l’élan pour se propulser sur un des blocs bancals qui forment des sortes de plates-formes étroites entre le vide et les rampes de protection.
Contrairement aux apparences l’opération est beaucoup plus périlleuse que le saut en lui-même. Surtout ne pas se déconcentrer. On ne compte plus le nombre de « grosses frayeurs » que les
petites et les moins petites se sont payées à sentir le sol céder d’une bonne dizaine de centimètres sous leurs pieds, ou à se cramponner in extremis à la barrière parce que les même pieds ont
malencontreusement dérapé. Il faut cependant préciser qu’exceptés les bobos de rigueur, il n’y a jamais eu à déplorer d’accident mortel. Sauf un. Une fille qui s’appelait Bérézina. Cela remonte aux
environs de la naissance de Tamise.
Tout le monde s’accorde à dire que ç’a été un drame, mais personne ne manque de rajouter que la jeunette n’était pas une lumière. On l’a retrouvée au milieu des plaques de béton
avarié, sur le ventre, l’œil ouvert, la colonne vertébrale brisée en angle obtus au niveau des reins et du sang en quantité raisonnable s’épanchant par le nez les oreilles et la bouche, son corps
tordu dans une configuration presque douloureuse à voir, les bras artificiellement ballants, ses vêtements trempés d’urine rougeâtre. Mais plus que les relents excrémentiels et sanguins il paraît
qu’on sentait surtout sa peau encore suintante d’adrénaline. Ce qui a fait dire aux matriarches qu’elle est morte sur le coup, sans souffrir mais en pleine peur, en se rompant le dos sur le câble à
l’époque beaucoup moins élastique puisqu’il s’agissait d’une planche métallique plantée on ne sait comment entre les septièmes étages. Le câble dont se servent maintenant les petites a été installé
après, et si la planche métallique existe toujours, elle n’est pour sa part plus utilisée que comme appui pour revenir aux étages inférieurs du danchi B. Les matriarches ont statué encore pendant
quelques heures sur les circonstances de l’accident et sont parvenues à la conclusion unanime que Bérézina était morte parce qu’elle avait commis la deuxième erreur la plus fréquente chez la
débutante après le plat : le retourné. Ayant pris un mauvais élan elle s’est très vite vue basculer vers l’avant, jusqu’à se retrouver complètement dos au vide, avant que ce même dos ne
percute de plein fouet la planche dans un angle droit parfait et ne rebondisse mollement pour s’écraser non moins pitoyablement sur la bouillie congelée, tout ceci sans oublier auparavant de se
retourner une dernière fois, dans un mouvement tout à fait logique pour qui n’est pas étranger à la mécanique des forces.
La mère de la victime, Congo, a malgré tout bien été soutenue dans son malheur par ses amies. Aujourd’hui elle a fait son deuil mais continue de sermonner les petites insouciantes et
de s’énerver quand on lui dit qu’il est hors-de-question de priver celles qui en ont envie du seul divertissement que peuvent offrir ces blocs miteux. Tamise n’aime pas Congo depuis que celle-ci
lui a flanqué une gifle. Non sans raisons. La petite, agacée par les remontrances et l’inquiétude permanente de la mère de Bérézina, a eu un jour la maladresse de rétorquer que ce n’était tout de
même pas sa faute si sa fille n’avait jamais été qu’une bonne-à-rien. Paf et repaf. Y’a eu le retour, aussi. Ca fait très mal. Tamise garde en mémoire la « bouillance » tenace de ses
joues déjà endolories par le froid qui sévissait alors. Sensations contraires pas forcément inintéressantes cela dit. Quand on est une enfant on n’a pas toujours conscience des blessures que les
mots peuvent infliger. L’affaire s’est arrêtée là car Liffey a plutôt trouvé normale la réaction de Congo, et a chargé expressément Tamise d’aller lui présenter des excuses. Ordre auquel la petite
s’est pliée, en rechignant. Cela n’étonnera personne d’apprendre que Tamise garde des rapports peu conventionnels avec la Mort, au regard de son âge. Elle n’est pourtant pas la seule parmi toutes
ses camarades. Sur une île de 5 kilomètres carrés le fatalisme devient une maladie infantile très contagieuse, augmentée entretenue et nourrie par des tendances suicidaires qui ne disent pas leur
nom.
Tam voltige entre les étages emprunte les raccourcis les plus enivrants se laisse porter par les souffles pour atteindre des lieux inaccessibles à tous sauf elle. Elle s’amuse elle se
libère, elle refuse de penser à la Mort à Congo ou à qui que ce soit d’autre elle préfère garder à l’esprit des choses plus triviales plus rigolotes. Comme par exemple le fait que c’est avec ses
acrobaties qu’elle a lancé depuis peu une nouvelle mode parmi les filles de l’île. Assez involontairement c’est vrai ; mais du coup elle en tire encore plus de prestige. Et l’anecdote mérite
d’être contée, ne serait-ce qu’à titre de preuve de la vitesse à laquelle les histoires circulent dans un espace aussi réduit qu’Ishijima.
Par injektileur
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Publié dans : ishijima
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