Mercredi 11 novembre 2009
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Quoi de plus logique et cohérent que de continuer à parler de l'Oubli un 11 novembre? Depuis la mort de Lazare Ponticelli et de
Louis de Cazenave il ne reste officiellement en France plus d'anciens combattants. En cherchant rapidement on se rend compte qu'il en va de même pour les autres pays. Au jour où j'écris ces
lignes tous les survivants des tranchées sont morts. Le 11 novembre n'aurait de sens que si l'esprit humain savait se dégager du simple confort d'un jour ferié, ferié pour une grande partie de
privilégiés. Les poilus seront oubliés comme les autres, les monuments que chaque commune se plaît à poser n'y changeront rien, pas plus que les cérémonies. En revanche, hors de question de
toucher à un jour ferié. Et hors de question pour moi de juger ce fait. Je suis le premier à apprécier le 11 novembre pour ce qu'il est. Fermé. Mais chaque année, beaucoup plus que pour les les
fêtes religieuses, sans nécessairement me retrouver dans les cérémonies où les officiels aiment à se montrer, et doivent se montrer, j'essaye au maximum d'avoir ne serait-ce qu'une pensée pour
tous ces hommes, souvent des gamins, et aussi pour leurs proches qui avaient tellement peur pour eux. Je ne suis pas un modèle, je vieillis moi aussi, c'est tout. Souvent aussi je les oublie.
Malgré les images qui restent, les films, les témoignages, la souffrance des tranchées, l'horreur de Verdun ne sont plus appréhendables que par copeaux. Ces survivants qu'on honore tant n'avaient
pour la quasi-totalité d'entre eux que ces mots-là: "Arrêtez tout. Plus jamais ça. La guerre est une connerie abominable fomentée par des gens qui ne l'ont jamais faite, ou qui ont oublié eux
aussi." Le moins que l'on puisse dire c'est qu'on a jamais écouté ces vétérans-là. Ceux qui ont connu les tranchées, pour de vrai, de l'intérieur, avec les explosions assourdissantes, le
sifflement des balles et des oreilles, la crasse la boue le sang la douleur la faim la soif le froid la peur. Les derniers de la soi-disant der des der. Ceux qui l'ont appelée comme ça et qui
priaient pour que personne ne vienne les contredire là-dessus.
Vous souvenez-vous de cette célèbre histoire de la trève de Noël 1914 à Frelinghien? Vous savez, quand les soldats britanniques et allemands se sont mis à jouer au football ensemble. Eh bien,
cette histoire est comme beaucoup d'autres significatives de l'esprit humain. Les soldats ne voulaient plus se battre. On les a fait se battre, et se haïr. Mais à la fin, je doute qu'ils se
haïssaient vraiment. Du moins pas ceux d'en face, mais plutôt ceux d'en haut, des deux côtés.
Alors des deux côtés, ceux qui n'en pouvaient plus, ceux qui se révoltaient, ceux qui se rendaient bien compte qu'on les traitait ni plus ni moins que comme de la chair à canon, ceux qui
s'enfuyaient, ceux qui faisaient semblant, ceux qui se blessaient bizarrement, on les condamnait à mort, et si possible on les exécutait.
Mais il faut bien avouer que nous aurions plus de quoi repenser à tout ça, nous, la génération d'après 1974, si nous n'avions pas notre propre guerre à gérer. Plus fausse, plus sournoise, plus
pacifique. Elle fait beaucoup moins de morts (quoique), et ceux-ci sont toujours du même côté. De l'un les pays en guerre, où il est beaucoup moins risqué d'être soldat que civil, et de l'autre,
les pays en paix, où depuis 35 ans on essaye de nous faire croire que quoi qu'il arrive tout ira bien, puisque nous sommes en vie. Certes, en vie. Bien sûr, en vie.
Je pense que les salariés de France Télécom et de Renault qui se sont suicidés (partie émergée de l'iceberg) devraient être autant considérés comme des victimes de guerre que les trouffions qu'on
envoie en Afghanistan ou en Irak et qui ont signé pour donner leur vie à leur pays parce que bien souvent ils n'avaient pas le choix. Je ne parle même plus des civils. Je ne veux plus me mettre
en colère pour "rien".
Je suis toujours trop long sur ces sujets, mea culpa...
dernières gentillesses, ou non