Un jour très proche des hommes viendront me tuer. M'assassiner si vous voulez. Ils viendront me réveiller à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit
quand je dormirai mal et me feront un peu peur comme j'ai toujours eu un peu peur des cauchemars. Ils ne prononceront ni chef d'accusation ni sentence mais je m'en moquerai pas mal. Je ne
lutterai pas plus. Je saurai ce qu'ils veulent.
Ils m'emmèneront dans un endroit indéterminé, une petite pièce de quatre mètres sur quatre sans
fenêtre avec pour unique meuble un matelas dégueulasse posé à même le sol.
Comme ils seront humains et que c'est la loi, j'aurai droit à une dernière volonté qu'ils auront déjà sélectionnée. D'un geste simple ces hommes m'indiqueront la pièce avoisinante où m'attendra
la plus jolie, la plus fine, la plus envoûtante des rousses aux yeux très verts.
Au début elle ne dira pas un mot. Elle est très sinon trop jeune. Je m'approcherai d'elle sans en avoir trop envie. Envie de rien depuis trop longtemps. Je la déshabillerai et me rendrai compte
qu'elle est réelle. Et me rendrai compte qu'elle est parfaite. Elle ne fera rien mais semblera complètement à l'aise. Elle sourira même de temps à autre, se laissera faire sans ciller.
Et je serai étonnament à l'aise moi aussi. Je l'allongerai sur l'épais tapis prévu à cette occasion et me mettrai nu à mon tour.
Il y aura au final plus de violence que prévu.
Malgré sa relative petite taille même par rapport à moi et ses 50 kilos mouillée à l'eau lourde, jamais je ne devrais être capable de la porter à bout de bras comme je le ferai là et
pourtant.
Il y aura au final plus de violence et de plaisir que prévu.
Je me sentirai fort, elle sera forte et me fera mal au dos aux épaules et aux reins.
Puis plus rien.
J'aurai besoin de souffler un minimum mais elle se relevera de suite. La semence en trop aura à peine fini de couler entre ses cuisses qu'elle enfilera une autre culotte dont le tissu attirera
mon attention. Elle attendra que toujours allongé j'ai remis mon pantalon pour appeler les hommes à côté qui entreront extrêmement vite mais sans précipitation aucun, m'agripperont me tireront me
balanceront avec brutalité sur le matelas sale. Sous ses yeux à elle je ne résisterai pas car je saurai bien combien je n'en aurai plus la force. Elle semblera me l'avoir drainée.
Quasiment nue, donc, elle prendra directement sur le dos du plus petit des hommes une veste deux fois trop grande pour elle. Allongé comme je serai ils me feront tous l'impression de
grattes-ciel
Puis dialogue que j'entamerai il y aura :
"Je peux savoir comment tu t'appelles, au moins?"
"Emilie..."
"... Mais j'ai horreur de ce nom!"
"Pas vraiment, non. Et j'aurais pu choisir Aurélie, Lucie ou Nathalie..."
"Et tout ce cirque pour ma mise à mort, ça veut dire quoi exactement ? "
"En gros, tout ce que tu vois ici représente ton monde intérieur. "
"Hein ? Mais mon monde intérieur peut pas être aussi pauvre que ça ! "
"Tu es très prétentieux... Tu t'attendais à quoi ? T'as jamais voulu croire en quoi que ce soit d'irrationnel. Tu t'es toujours borné à cette fausse humilité qui te caractérise. Voilà le
résultat."
"Et toi, tu représentes quoi, là-dedans, alors ? "
"Ton idéal féminin, j'imagine, au moins depuis que tu as l'âge de comprendre pourquoi tu bandes."
"Ces dernières années je bande plus trop mais bon..."
"Ca c'est la Mort qui te donne un coup de pouce."
"Elle est sympa la Mort."
"Très. Mais sinon, t'as bon goût, c'est vrai." dira-t-elle en rouvrant la veste et se regardant un peu partout dans un miroir que je n'aurai pas encore vu derrière un colosse.
"Je suis pas sûr que ton caractère soit exactement celui qui me convient..."
"Tu semblais pas vraiment y penser il y a quelques minutes."
"Et tu as quel âge ? "
"En équivalent humain, tu veux dire ? J'ai 16 ans." fera-t-elle avec un gigantesque sourire.
"Merde, mais c'est un piège, ça ! Ris pas comme ça, j'ai des principes!"
"Des principes, tu dis ? Ca marche pour les vivants, ça, tu sais. Et effectivement, si mon âge te dérange, tu pourras te dire que ce sont tes principes qui t'auront tué. Certes, celui-là est très
important chez toi et pour ta société, mais c'est l'arbre qui cache la forêt. Tu t'es suicidé à petit feu, c'est ça que tu dois voir à travers moi, ton idéal féminin contre lequel tu peux
tellement peu de choses. Mais trève de bavardages, le temps presse, et tu m'as l'air assez calme. Il faut que tu meures maintenant. "
"Attends, et ma dernière vraie volonté, j'y ai pas droit ? "
"Celle-là ne t'a pas plu ? "
"Si, mais ce n'est pas exactement ce que j'aurais demandé. Donc je réclame quelque chose de simple, précis, que tu ne pourras pas refuser."
"On verra. Je t'écoute."
"Tu allais partir, pas vrai ? "
"C'est vrai."
"Je te demande de rester près de moi."
"Et qu'est-ce qui te fait croire que je vais accepter ? "
"Tu vas accepter parce que je viens de comprendre que tu n'étais pas mon idéal, comme tu dis, mais ma propre mort elle-même. Je ne vois pas ce que le rapport sexuel vient faire là-dedans mais
j'en suis persuadé, tu dois rester près de moi, même si c'est contre mes principes. Je t'ai fuie si longtemps que c'est bêtement que je vois qu'il faut que je t'embrasse maintenant pour partir en
paix. Je sais pas qui tu es, si tu es si irréelle que ça, si tu n'existes vraiment pas ou si tu n'as jamais existé, mais je veux que tu sois là jusqu'à la fin. Ca n'aura pas de sens sinon."
Elle s'approchera de moi lentement et après un moment de silence me dira :
"Petit con..."
"Ca veut dire que tu acceptes ? "
Elle enlèvera à nouveau sa veste et s'assiera à califourchon sur moi, avant de s'alonger et de me prendre dans ses bras. Les hommes prépareront alors l'injection autour de nous
"Et tu pourrais aussi me dire le sens profond de cette culotte brodée si finement ? Ca m'intrigue."
"Ce qui est brodé, c'est les noms de toutes celles qui t'ont fait du mal..."
"Tu parles d'un symbole..."
"C'est pas moi qui l'ait choisi..."
"Je savais même pas qu'il y en avait autant que ça... Et celle qui m'ont fait du bien ? "
"Elles n'auraient rien à faire ici, mais si tu veux savoir, je suppose qu'elles sont en moi, au moins une partie..."
Les hommes attendront maintenant ses ordres et elle enfouira sa tête dans mon cou.
"Me dis pas genre il faudrait que je tombe amoureux de toi, ou que tu tombes amoureuse de moi pour me sauver ? Pour te sauver, toi ? C'est n'importe quoi ?!Ou alors j'aurais dû te reconnaître et
t'aimer avant ? On s'est déjà rencontrés ? Croisés ? Réponds-moi, dis. Oh, tu pleures ? "
"Ta gueule, andouille..."
Sur ces belles paroles elle se taira et gardera sa tête au creux de ma nuque. D'un geste du bras elle signalera au colosse responsable de me lancer je ne sais quel poison dans les veines. Et c'en
sera fini de moi.
La semaine dernière j'ai vu ma mort. Et j'ai su qu'au moment d'en finir, je ne verrai ni lumière ni flash quelconque, mais sentirai son coeur battre bien après l'arrêt du mien, ses petits seins
chauds contre mes risibles pectoraux froids et son odeur matérielle si pure me couvrir entièrement comme un linceul.
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