On a beau ne pas se tenir au courant, ça fait toujours un énorme choc quand un artiste que vous appréciez meurt, surtout dans la force de l'âge.
Kon Satoshi nous a quittés ce 24 août. Le cancer l'a emporté alors qu'il allait sur ses 47 ans. Son nom n'est pas vraiment connu du grand public par chez nous, mais nombreux sont celles et ceux qui se souviennent de son premier film "Perfect Blue" sorti en 1998, salué par la critique et le public amateur d'animation de qualité. Ce polar très sombre - une histoire de dédoublement et de traquage de starlette au milieu de crimes sanglants - était malgré tout perfectible, comme tous les premiers longs-métrages ou presque - notamment dans l'animation. Perfectible mais inoubliable.
Les suivants ont, je le pense, atteint le statut d'oeuvre d'art. J'avais vu "Millenium Actress" ("Sennen Joyû") lors de mon premier
séjour au Japon en 2002, et avais été surpris du manque de spectateurs pour un jour de sortie. Excellent film que je vous conseille, malheureusement à peine distribué en salles ailleurs qu'au
Japon, mais trouvable assez facilement en DVD.
C'est surtout la géniale comédie "Tokyo Godfathers" qui m'a conforté dans l'idée que ce réalisateur était en train de devenir un très grand réalisateur, plein d'idées et d'humour. Il était venu lui-même le présenter au festival des nouvelles images du Japon, fin 2003, et je me souviens comme si c'était hier de son émotion toute contenue face à une salle comble et un public étranger mais conquis qu'il n'avait jamais réellement rencontré de cette façon.
Malheureusement toujours, un festival reste un festival et si mes souvenirs restent bons je ne crois pas non plus que le film soit sorti sur les écrans français, en dehors de ce jour-là - le coffret DVD, sinon, a été plutôt soigné. Il s'agit d'un hommage appuyé aux comédies américaines, un western moderne et déglingué qui garderait un solide ancrage au Japon, prenant place et action au beau milieu d'un milieu ( les sans-logis) trop peu dépeinte au cinéma.
En 2006, "Paprika", son dernier long-métrage en date, a fait plus ou moins un bide en France et cela m'a encore une fois beaucoup peiné. L'histoire assez complexe était en fait une sorte d'"Inception" avant l'heure, en beaucoup plus barré. Mais l'ambiance, les couleurs et la musique en font aujourd'hui une oeuvre unique que contrairement aux daubes de David Lynch les spectateurs n'ont pas voulu comprendre.
Il avait auparavant réalisé vers 2004 une série que je n'ai pas encore vue en entier, "Paranoia Agent" ("Môsô Dairinin"), mais qui gardait d'emblée tous les délires de l'auteur comme marque de fabrique, avec beaucoup de réussite à ce que j'ai pu constater.
Toujours pour éviter de m'enflammer, je ne vais pas m'étendre sur cette disparition qui m'attriste énormément. Disons que cela fait un moment que beaucoup de personnes, dont moi, se "préparent" à l'après-Miyazaki ou l'après Takahata, et c'est donc assurément, pour tous ceux - comme moi, donc - qui n'était pas assez à l'affût de nouvelles de ce monde-là pour être au courant de la maladie de Kon, une très mauvaise surprise, et je pèse mes mots. Une grande perte pour le cinéma d'animation japonais, et mondial. Il avait de quoi assurer la relève de tous les autres, comme Ôtomo et consorts. Il avait encore plein de choses à raconter. Il aurait dû encore avoir le temps de nous faire peur, rêver et/ou rire.
Je ne répèterai donc jamais assez combien je suis triste. Et encore plus triste de bien avoir senti depuis longtemps combien ce grand réalisateur n'a pas tout à fait eu la reconnaissance qu'il méritait. Ce genre de choses prend du temps. Ce simple temps que la vie ne lui a pas laissé.
Je suis triste, oui. Très triste. Affreusement triste.
ご冥福を祈ります
Qu'il puisse reposer en paix.
Et que ses films, eux, ne reposent pas au fond de placards poussiéreux.
(vidéo : extrait de Paprika)
edit 28/08/10 : bon, je viens de chercher un peu de quoi réfuter ma thèse comme quoi les (derniers) films de Kon n'ont pas eu le succès qu'ils méritaient. Et la vérité est qu'à part les récompenses dans les festivals internationaux, nombreuses, je voudrais vraiment qu'on me confirme le nombre d'entrées, que je crois faible, et que j'ai pu constater, je le répète, de mes yeux au Japon. Merci d'avance. de bien vouloir participer.
Sinon, de fait, pour me laisser le
bénéfice du doute, j'ai ôté l'épithète "internationale" à "reconnaissance" dans le dernier paragraphe. En gros, selon moi, les festivals ne font pas tout, et les films ont très peu été distribués en
dehors de ces circuits, limitant par définition le succès commercial dont j'ai pu avoir quelques échos, et dont je doute un peu beaucoup, rien qu'à la vue des chiffres sur IMDB. Reste à connaître
les chiffres de vente des DVD.
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"2010 ? Il est pas mort quand meme !!?!?" Je n'ai pas à chercher longtemps la terrible confirmation. La nouvelle date d'il y a 2 jours. Je suis abasourdi. "Merde!" dis-je, "Alors il n'y aura plus de nouveau films de Satoshi Kon ?"
Je reste quelque minutes comme un con devant mon ecran. Puis je décide de partager cette nouvelle troublante sur facebook. J'ai là-bas quelques bons amis qui, c'est sûr, partageront mon désarroi.
Je copie le lien vers la news de catsuka, et ajoute en commentaire comme un dernier hommage au maitre: "Merde..."
Quelques minutes plus tard je reçois un email qui m'informe qu'un de mes tres bons amis facebook à commenter mon lien. J'y retourne donc pour aller partager la peine de ce fan éploré.
Virginie: "T'es à la bourre..." (sous-entendu ca fait déja 2 jours)
... J'ai vraiment des gros BOULETS dans mes amis facebook moi !
merci pour ton témoignage, flo, et je suis content que tu partages mon émotion. Et oui, t'as raison, cette Virgine est un vrai boulet. Comme toutes les Virginies d'ailleurs. lol, plus sérieusement, ce n'est pas le genre de nouvelles qui défile en bandeau sur BFM TV, donc non, à 48 ou 72 heures près on est pas à la bourre. Je me souviens très bien de la mort de Imamura Shôhei (l'un de mes réalisateurs préférés) lorsque je me trouvais au Japon, et qui m'avait choquée par le manque d'hommage que ce grand réalisateur primé aurait dû recevoir dans les médias grand public, même là-bas. Enfin, je dis ça, je suis probablement sévère et j'avais pas trop le temps de regarder la télé notamment, mais avoue qu'apprendre une telle nouvelle sur un rapide lien d'un site de cinéma français, j'ai trouvé ça très dommage. Un peu comme le manque de réels hommages publics à Claude Lévi-Strauss, Pierre-Gilles de Gennes, ou même Laurent Terzieff, même si dans le domaine de l'art c'est moins flagrant. Exemple Alain Bashung, ou même Jean Ferrat ces derniers temps. Après chacun ses goûts. Mais le fait que l'autre Super Nanny fumeuse soit devenue en mourant le premier trending topic made in France sur twitter a pas mal contribué à ma désertion de ce réseau social > il paraît que c'est comme ça qu'on les appelle :/ j'y ai surtout vu des gens sans réels amis, bien tristes au fond, derrière les apparences fêtardes ou studieuses ou laborieuses. Désolé, c'est un sujet complètement différent.
En espérant que comme beaucoup d'autre son talent sera reconnu au moins a sa juste valeur après sa mort.
salut coyote o/
oui, c'est la moindre des choses qu'on peut lui souhaiter. Effectivement, Oshii ( avec et pour qui Kon Satoshi a travaillé) et Watanabe sont des grands réalisateurs aussi, tu as raison de le souligner. Avec mon pessimisme chronique, j'ai tendance à oublier les personnes de valeur qui sont encore parmi nous. Merci, donc ^^
Comme je l'ai dit, Tokyo Godfathers est largement plus abouti que les précédents, eux-mêmes très prometteurs. Kon n'a déçu personne. Et c'est bien ce qui me chagrine le plus :( On aurait aimé en savoir plus. J'ai aussi oublié de préciser qu'a priori, son dernier film, "Yume Miru Kikai" ou "Dream Machine (inachevé ou non, je n'en sais encore rien) devrait sortir l'année prochaine, en tout cas au Japon. Je pense que j'en reparlerai à ce moment-là. Et je reverrai avec plaisir tout le reste. ^^ Restons positifs dans le deuil, malgré tout.
Le site suivant (en japonais) évoque Kondô Yoshifumi, du studio ghibli réalisateur tout aussi prometteur de "Mimi wo Sumaseba" (1995), mort au même âge en 1998. De là à dire que ce sont toujours les meilleurs qui partent les premiers :/ je ne sais pas. Mais je ne sais pas non plus jusqu'à quand Miyazaki, Takahata travailleront chacun dans leur à nous faire rêver. Aux noms cités par toi, je voudrais aussi rajouter Hosoda Mamoru ("La traversée du temps" et "Summer Wars") et Morita Hiroyuki ("Le royaume des chats") qui j'espère se feront un nom chez nous. Oui, j'ai beaucoup aimé le royaume des chats :3 pour des raisons que je vais zapper parce que ma réponse est bien trop longue ><
et pour les japonisants, encore, qui passeraient par hasard par ce blog, je mets en lien la lettre d'adieu de Kon Satoshi. Pour les autres, sachez juste qu'elle vraiment très poignante de justesse face à la mort, et j'aimerais avoir l'énergie - et le niveau - pour vous la traduire correctement. Je verrai si j'en suis capable et vous en ferai profiter si j'y arrive. Je suppose que ça ne dénotera pas trop avec mes thèmes habituels. Et pardon toujours pour la longueur de mes réponses aux commentaires, dans ces cas précis j'en profite pour rajouter ce que j'ai voulu "éluder" - bien grand mot - dans l'article même :/
Reposez en paix.
merci pour ton témoignage, et bienvenue à toi, souka. J'avoue que le nom de Yamauchi ne me disait pas grand chose - je n'ai pas toujours une grande mémoire des noms :/ - mais après quelques recherches, oui, je confirme, c'est aussi une très grande perte. La fin d'été sera assurément bien endeuillée :( le plus important est que nous n'oublions pas ces grands artistes.
:( j'ai décidé de revoir petit à petit ses films, donc, et je m'y mettrai avant la fin de l'année. Je connais par coeur ou presque perfect blue :3 et tokyo godfathers, mais sinon, c'est vrai, beaucoup moins millennium actress ou paprika, qu'il faudra donc que je "revisionne" comme on dit, avec beaucoup d'attention. Et oui, ainsi va la vie, mais dans tous les cas, mourir de cette façon, à 46 ans, c'est quand même injuste ><