AngeLe ne va pas être contente (blague) mais sans faire original, j'ai cherché et trouvé en deux secondes des centaines de blogs
citant ce poème très célèbre de l'auteur du Moyen-Âge.
Que sont mes amis devenus
Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Ce sont amis que vent me porte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta
Avec le temps qu'arbre défeuille
Quand il ne reste en branche feuille
Qui n'aille à terre
Avec pauvreté qui m'atterre
Qui de partout me fait la guerre
Au temps d'hiver
Ne convient pas que vous raconte
Comment je me suis mis à honte
En quelle manière
Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Le mal ne sait pas seul venir
Tout ce qui m'était à venir
M'est advenu
Pauvre sens et pauvre mémoire
M'a Dieu donné, le roi de gloire
Et pauvre rente
Et droit au cul quand bise vente
Le vent me vient, le vent m'évente
L'amour est morte
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta
C'est intemporel à en pleurer, parfois. Tant pis pour le manque d'originalité dans mon choix, cela fait des années que ce poème m'obsède autant que le riff de basse constant dans "the national
anthem" de Radiohead ou celui de "Schism" chez Tool. Je ne suis évidemment pas le seul, et il a d'ailleurs été mis en musique à de nombreuses reprises, selon Wikipédia, qui est notre ami à tous
vous le savez. Vous y trouverez par exemple Léo Ferré, Hugues Aufray, Joan Baez et même Nana Mouskouri.
Ca vaut pas le coup de perdre ses amis?
Je plaisante, mes amis je les aime et je les garde. C'est juste que je me rends compte que sans amis nous ne sommes rien et il m'arrive de paniquer grave à l'idée de me retrouver seul comme le
narrateur de ce poème, probablement Rutebeuf lui-même, qui a mieux que quiconque décrit cette solitude horrible où nous tomberons tous un jour ou l'autre.
Après on pense juste à remplir sa vie avec quelque chose de suffisament prenant, pour ne pas dire "oubliant". Je ne fais pas exprès de revenir sur les mêmes thèmes, désolé. En même temps, ça crée
une cohérence dans ce blog, non?
Oui, tout ça, c'est du remplissage de vie. Ou c'est la vie elle-même qui est un remplissage de je ne sais quoi avant d'en finir une bonne fois pour toutes avec le cercle des réincarnations. Il
paraît. Je n'y crois pas du tout, en tout cas, à ce très beau fatras bouddhique.
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A moi maintenant :
A la lisière du petit bois
Jubilant, jubilo, zizi, pan pan
Toc toc la godinette
Jeannette passait une fois
Pan jubilant, toc toc la godinois !
Elle rencontra e p'tit François
Qui s'en allait gauler des noix
L'apercevant, le fin matois
Lui dit : "Veux tu faire avec moi ?"
Veux tu faire un tour dans les bois ?
J'te montrerai, gentil minois
- P'tit François, j'irai ben "o ta"
Seulement j'ai peur de perdre... - Quoi ?
F'ma mère j'ai peur de perdre la croix
Car je n'la r'trouv'rai pas je crois
le bon vieux temps, comme on dit...
La vie est ce qu'elle est (tu vois, je fais encore moins original que toi !).
Amitié, terme à définition variable...
pierre-a ou le blagueur sans inspiration....
mais ton poème est parfait tel qu'il est.
Non mais, toi qui le connais bien et puisqu'il ne répond pas (^^), pourquoi R. a t-il écrit : AnGeLe ne va pas aimer (blague) ?
A bientôt !
Il est temps que je me replonge dans mes notes avant d'aller ZZZzzz...
Bravo et bonne nuit!
Au fait, si j'ai pas répondu immédiatement, c'est que j'ai aussi une vie, contrairement aux apparences! ;)
bah oui, je l'ai déjà dit, ça non plus c'est pas original...
à demain j'espère et rebonne nuit.
Pauvre Rutebeuf. Tellement naïf et crédule qu'il s'est laissé abusé par ces démons sans scrupules, sans cœur et sans remords. "Droit au cul" selon sa propre formule, la sodomie figurative ne date pas d'hier. Sous cet angle peu élogieux, on serait bien tenté de le plaindre notre ami Rutebeuf, le cul à l'air en plein hiver.
Si je comprends bien le poème, ces "amis" étaient "clairsemés", tellement superficiels, en somme, que le vent les a éparpillés...
Le Vent : puissance divine imparable, implacable, impitoyable. Notre ami Rutebeuf est victime d'un coup du sort, d'un sordide destin. Pauvre Rutebeuf trahi par ses plus proches, poignardé dans le dos tel César par Brutus, vendu aux romains tel Jésus par Judas. Priez pour Rutebeuf mes frères, pauvre philanthrope innocent qui a donné sa vie et son âme à la cause humaine et s'est trouvé traîné dans la boue d'une manière si ignoble qu'il "ne convient pas que je vous raconte" au point de finir sa vie seul.
Il a bon dos notre bon vieux Créateur, barbus sénile ou inconscient, qui sème au grès du vent "pauvre mémoire" et "pauvre rente" aveuglément sur ces créatures soumises. Zeus affalé dans son nuage, pousse négligemment ses éclairs du bout du pied, terrorisant sa création afin de tromper son ennui. La divine comédie dans toute sa splendeur, dont nous sommes les pantins conscients, les yeux grands ouverts et le cœur à la merci des éclairs.
Mais qui ici est assez naïf pour prendre cette évangile manichéenne pour argent comptant? Quelle est donc cette "guerre" que Rutebeuf prend soin d'éluder. Le terme "guerre" en lui même nous en dit pourtant long sur la gravité du litige en question. La moindre des choses serait de nous exposer l'injuste grief, faire éclater en plein jour le complot machiavélique dont il est victime. Il n'existe pas de "guerre" en ce monde qui ne mérite d'être racontée et commémorée (c.f. la note du 11 de ce même blog).
"I don't buy it!" Comme disent les anglais. Cette caricature est trop grotesque. Rutebeuf enfonce une porte ouverte. Evidemment qu'il est dur de perdre un ami! Qu'y a-t-il de plus cruel que le sort puisse jeter, quand la mort en personne vient faucher l'être aimé? Mais peut-on parler de "guerre" quand on parle de la mort d'un ami? Non, Rutebeuf parle bien ici de trahison, d'une souillure profonde qui l'a marqué dans sa chair, dans l'intimité de sa culotte, pour reprendre sa propre expression.
Alors oui, on peut imaginer qu'il a été abusé par de perfides suppos de Satan, tout droit sortis de la fournaise dantesque du centre de la terre. Leurs cornes encore incandescentes déchiquetant son pantalon, laissent son auguste popotin à la porté des courants d'air. De telles créatures dénuées de tout sens moral et de toute humanité existe bel et bien hélas, on les retrouve même souvent à la tête de pays. En général ce genre de mécréants ne se contente pas du malheur d’un individu, il travaille à l’échelle de peuples entiers. Il n’a que faire du menu frottin, d’un pauvre poète sans le sou.
Aussi vrai qu’il n’y a pas de fumée sans feu, il n’y a certainement pas de guerre sans tirs nourris, dans les deux camps. Rutebeuf cherche ici à blâmer le Ciel de lui avoir arraché ses amis. Il accuse les Dieux et les Démons de se jouer de lui, d’avoir sifflé des idées malsaines à ses amis pour qu’ils s’éloignent de lui, le trahissent et abusent de sa générosité. Se tourner vers Dieu - ou une quelconque puissance supérieure - quand on n’est pas capable de voir le mal que l’on fait autour de soi, est un réflexe bien humain mais qui hélas ne résous rien.
Rutebeuf a sans doute fini sa vie seul, tu as raison, mais je pense sincèrement qu’une introspection ne lui aurai pas fait de mal. J’imagine que mon propos peut sembler bien présomptueux et donneur de leçon. Ne vous méprenez pas. A l’école de la bienséance amicale - et surtout amoureuse - je suis le premier inscrit, celui qui doit fournir l’effort le plus soutenu. Mon incapacité à maîtriser ma langue fourchue a fait fuir la femme que j’aime. Irréversiblement. Il ne se passe plus un jour depuis sans que je n’y repense, seul dans mon grand lit vide.
« Les soit disant amis sont comparable à notre ombre ;
Ils nous suivent seulement quand le soleil brille. » Isabel Cristina Ferreira.
« Ton amitié m’a souvent fait souffrir ; sois mon ennemi, au nom de l’amitié. » William Blake.
malheureusement ou heureusement, j'ai pas grand chose à rajouter.
merci pour le temps que tu as dû y passer.