Mercredi 27 janvier 2010
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06:35
(dialogue-fiction)
- Eh bien, Monsieur X, comment vous sentez-vous aujourd'hui?
- Et comment vous voulez que je me sente? Ca va faire 5 semaines que je suis ici et je vois aucune amélioration notable.
- Les infirmières disent qu'elles vous trouvent mieux qu'à votre arrivée...
- Elles pensent ce qu'elles veulent, les infirmières, moi, je sais ce que j'ai, et je vous dis que ça s'arrange pas!
- L'autre jour, vous avez expliqué que la perfusion d'Anafranil vous avait fait beaucoup de bien. Vous vous êtes réveillé tôt et de bonne humeur. Les infirmières l'ont confirmé.
- Faut croire que c'était très passager...
- Ecoutez, Monsieur X, je comprends bien votre impatience, mais votre cas est atypique, et nous allons avoir besoin de beaucoup de temps pour définir un diagnostic qui ne vous satisfera pas,
puisqu'il sera imprécis.
- Alors pourquoi me retenir ici?
- Parce que vous avez besoin de repos, aussi. Et je vous rappelle que vous n'êtes pas complètement "retenu" comme vous dites. Lorsque j'ai voulu vous placer dans le secteur fermé, vous avez
fermement refusé, et j'ai accepté de vous laisser ici, en chambre individuelle, et le chef de service a donné son accord. Vous vous souvenez?
- Vous êtes bien mignonne, docteur, mais avant le repos, avant la guérison, dont vous et vos consoeurs m'ont largement expliqué qu'elle n'existait pas, je veux des réponses, et puisque vous parlez
du chef de service, j'aimerais savoir pourquoi, après des semaines de vide, il ne daigne même pas venir me voir!
- Il est très occupé.
- J'en doute pas, mais moi je vais rester ici encore je sais pas combien de temps, alors je veux le voir.
- Vous voulez le voir?
- Je veux le voir.
- Bien, je lui demanderai. Mais dans tous les cas, vous devrez faire preuve de patience...
- Ne vous en faites pas pour moi, la patience, je la trouverai; je demande juste des réponses à mes questions... et des solutions pour que j'aille VRAIMENT mieux, (il s'emporte tout seul) j'ai que
25 ans, merde! Ca devrait être interdit de se sentir si vieux et impotent à 25 ans! (il se dirige vers la fenêtre de la chambre qui donne sur la cour où traînent une flopée de personnes salement
amochées qui ont parfois le triple de son âge)
- (court silence) Et vos idées noires? Elles ont repris?
- (il ricane) Elles ont jamais cessé et vous devriez le savoir. Et puis c'est quoi cette expression politiquement correcte à la con, "idées noires", "tristesse", j'appelle ça l'envie de crever,
moi, tout simplement, sans tourner autour du pot. Vous autres médecins vous êtes un peu pathétiques.
- Et moi je crois que c'est quand votre ironie constante ne suffit plus que vous vous retrouvez au plus mal, comme maintenant, vous avez bien joué avec nous tous, et maintenant vous vous rendez
compte qu'il va falloir entrer pour de bon dans le sujet
- Ecoutez-moi bien une bonne fois pour toutes: JE NE CROIS PAS EN LA PAROLE! Du moins, pas dans mon cas. Elle m'a jamais libéré. Non, ce que je veux, c'est un remède concret, comme cette
sismothérapie que vous refusez de me donner. Vous m'en avez parlé, vous m'avez fait croire à des choses, et vous vous êtes rétractée. Typiquement féminin, ou humain, je sais même plus je m'en
fous.
- Abstenez-vous de vos réflexions machistes. La sismothérapie a failli commencer, mais au dernier moment l'une des deux hématologues qui a étudié votre dossier a considéré qu'il y avait chez vous
un très léger problème de coagulation du sang au niveau du facteur 8. Et personne ne prendra ce risque dans notre équipe.
- Vous cherchez juste à vous défausser de je sais quoi... vous êtes lâche, c'est tout...
- (garde son calme tant bien que mal) Mon rôle est de minimiser au maximum les risques, quels qu'ils soient. Vous connaissant, je sais que mourir sur une table d'opération pendant un sommeil
contrôlé ne vous fait rien de particulier, mais sachez évidemment que c'est là la meilleure des options, si je puis m'exprimer ainsi: Imaginez qu'au cours de la douzaine de séances que vous subirez
vous fassiez une hémorragie cérébrale qui vous cloue dans un fauteuil jusqu'à la fin de vos jours? Vous avez beau être suicidaire, vous n'en êtes pas stupide pour autant. Je me trompe?
- Oui, vous vous trompez. Je ne suis pas suicidaire. J'ai jamais essayé. J'ai trop peur de me louper, oui. J'ai trop peur d'avoir mal, et vous le savez. Mais je veux en finir, ça oui.
- Si le mot ne vous plaît pas, j'en suis désolée, mais les faits sont là. Vous nous aviez dit que vous ne pourriez supporter un été de plus. Nous sommes bientôt en juillet, et vous êtes toujours
là, je considère qu'il y a du progrès, donc.
- Si vous le dites, j'en suis pas joyeux tout plein pour autant.
- (silence un peu plus long) j'ai aussi entendu que vous avez disons... noué une relation (l'expression la fait sourire) avec Mademoiselle Y avant qu'elle nous quitte? Elle vient vous voir tous les
jours alors qu'elle n'a pas le droit de rentrer à l'intérieur. Ca non plus ça ne compte pas, pour vous? Ca non plus ça ne vous remonte pas le moral?
- (jetant un oeil à Lydie qui l'attend dans la cour) Ce n'est pas pareil. Elle est adorable. Je sais qu'elle est sincère, et je le suis devenu, par défaut. Mais ça ne durera pas. Elle est venue me
chercher, mais elle me lâchera au final comme une merde, comme les autres, comme toutes les autres, tous les autres. J'aurais beau faire d'elle le nouveau centre de ma vie, avoir plein de projets
concrets malgré son jeune âge et le mien que ça ne l'empêchera jamais de me jeter comme une merde, oui, comme une merde.
- On a déjà dû vous expliquer que le plus difficile dans les cas comme vous, instables, c'est de parer au plus pressé tout en sachant qu'il y a tout un pan de votre personnalité, indubitablement
négative et pessimiste, qui n'a pas forcément de lien direct avec votre maladie. Et c'est encore plus difficile à juger sachant que les médicaments comme le lithium prennent beaucoup de temps, des
années parfois avant de faire effet.
- Le lithium? Encore une belle arnaque, je le sens. Je ne vois pas pourquoi on devrait m'obliger à avaler un médicament qu'on prescrit normalement à des vieux. Et c'est la seule chanson de Nirvana
que j'aime pas.
- Ce n'est pas vrai, Monsieur X, le lithium peut fonctionner avec des patients comme vous, il est notamment très efficace contre le suicide, couplé avec l'Anafranil.
- Vous m'en direz tant.
(le silence se fait à nouveau dans la chambre pendant une bonne dizaine de secondes)
- (se dirige vers le petit bureau où sont posées pêle-même des feuilles de dessin) C'est vous qui dessinez tout ça?
- Non, c'est Franquin. Ah, zut il est mort il y a 10 ans. Déjà? Merde...
- (faisant semblant de n'avoir rien entendu) Vous n'en aviez jamais parlé. C'est très beau, vraiment.
- Nan, c'est de la merde, mais c'est ce que je fais. Merci pour le compliment spontané.
- (calme et conciliante) Je le pense vraiment (elle prend une feuille et la montre à son patient, on y voit une femme blonde, jeune, et à côté d'elle probablement sa petite fille, en train
d'admirer la mer grise déchaînée assises sur un falaise très grise, avec derrière elles des bâtiments type HLM très gris. le dessin ne laisse transparaitre clairement que la chevelure blonde de la
maman, celle plus rousse de sa fille et un arbre rouge plus loin sur leur gauche) Celui-là veut dire quelque chose de particulier?
- (surpris et un peu gêné) Non, c'est plus ou moins une commande. Dites, vous n'avez pas des visites à faire?
- Je peux bien passer un peu de temps avec vous, vous vous plaigniez de ne voir personne de l'équipe. Alors ce dessin, pour qui est-il?
- Pour un type qui m'a demandé d'illustrer son histoire. Une histoire bizarre de femmes livrées à elles-mêmes sur une île où il n'y aurait que des femmes. J'ai pas tout lu mais il m'a donné
quelques consignes, que j'ai suivies. Les deux que vous voyez là sont les héroïnes, une mère et sa fille.
- Et qui est ce type? Un ami?
- Non, pas vraiment, c'est juste quelqu'un qui tient un blog qui marche pas et je me suis dit que s'il avait besoin de mon aide je serai là.
- Un blogueur? Vous n'avez pas de blog, vous-même?
- Si, mais il est moins contraignant, et je cours moins après la reconnaissance que lui.
- Et donc?
- Disons qu'il se crée des vies, qu'il raconte des histoires que je me suis mis à mettre en images.
- Donc il a besoin de vous?
- Je pense que oui.
- Et ça vous plaît, à en juger par le nombre de dessins que je vois sur ce bureau.
- Je préfère travailler sur ordinateur, mais on m'a bien fait comprendre que c'était pas très sûr d'amener du matériel ici.
- Non, c'est vrai.
- Donc je dessine et colorise avec ce que j'ai...
- Et ça vous plaît...
- Si vous le dites
- Et vous ne mourrez pas tout de suite.
- (après beaucoup d'hésitation) il faut croire, oui.
Par injektileur
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Jeudi 21 janvier 2010
4
21
/01
/2010
14:57
Un soir tard que je me rentrais à mon asile
je croisai une jeune fille, gracile mais peu docile
qui se mit à me déverser toute sa bile
sur mes petits pieds bancals
"Mademoiselle, mais que faites-vous?"
"Je me purge, Monsieur, je me purge, voyez-vous."
"Et de quoi vous purgez vous?"
"Mais des hommes, Monsieur, des mâles"
Elle n'avait pas fini sa phrase,
que la revoilà partie avec emphase
à vomir et provoquer en moi une nécessaire stase
"Je vous ordonne de cesser immédiatement!"
réussis-je à articuler tant bien
que mal à me libérer des liens
qui me tenaient au grand rien
de cette jeune fille sciemment
tellement proche de moi que ses cheveux propres se confondaient parfois avec les miens, sales.
sans me regarder elle chercha une petite bouteille d'eau pour se rincer la bouche et recracher le tout au loin, un peu pâle
"Que vous-ont donc fait les hommes, pour que me punissiez d'une telle façon?" refis-je, passablement chagrin.
"Ne vous-a-t'on jamais expliqué qu'un jour vous paieriez pour tout ce mal?"
"Non, Mademoiselle, j'avoue, et je n'y suis pas préparé le moins du monde"
"J'imagine que non, et c'est ce qui rend le sacrifice d'autant plus jouissif"
"Le sacrifice? Où êtes-vous allée pécher des visions si immondes?"
"Mais chez vous, faible et clopinant monsieur, raté parmi les ratés parmi les passifs"
C'était à n'y rien comprendre
"As-tu envie de moi?'
"J'ai surtout envie de rendre"
"Est-ce que, je répète, tu as envie de moi?"
"Non, aucune, sincèrement, aucune..."
"Bien, mon grand, grand bien te fasse"
"Mais je ne vous autorise pas à railler ainsi ma rancune!"
"Rancune il y a, donc, tu vois, petite rascasse!"
Elle continue et m'insulte
"Tu es petit, oui, et laid, et insignifiant et tu devrais rester reconnaissant que je t'aborde qu'elle qu'en soit la façon"
Elle sentait bon et ne semblait pas ivre.
"Tu es petit, et laid, oui, et je te fais l'honneur de devenir la proie de ma haine des hommes. Tu es petit, et laid, et je te fais l'honneur, oui, de comprendre à quel point je leur en veux."
"Et je n'ai pas mon mot à dire"
"Apparemment, non... En veux-tu aux femelles, toi?"
"Non."
"Menteur, tu n'es qu'un menteur, ce sont les cibles les plus faciles parmi les plus faciles!"
"Probablement, mais elles me sont aujourd'hui devenues par trop fragiles..."
"As-tu envie de moi, oui ou non?"
"Je l'ai dit, non, pas la moindre érection"
"Comment oses-tu, je te colle et te recolle et t'astique depuis plus de cinq minutes!"
"Je suis au-délà de ça, et ose m'élever au-dessus de l'animal en rut"
En colère soudain, elle attrapa ma main et la dirigea dans sa culotte, son sexe était impeccablement rasé, froid, sec et propre à l'excès.
"Moi non plus je n'ai aucune envie de rien, te dis-je! Et c'est pour ça que tu es en train de payer!"
"Outre le fait qu'elles sont très bon marché, mes chaussures sont vieilles et trouées, je comptais les jeter d'ici la fin de l'année. Alors ne vous privez pas"
"Je te hais!"
"Je ne ressens rien, de mon côté!"
Alors que je prononçai ces mots, elle s'agrippa à moi franchement pour s'accroupir. Elle relèva sa robe et tira ses collants et sa culotte coton étonnament enfantine sur ses genoux, et se met à
uriner sur mes pieds et les chaussures qui les protègent plus ou moins. Ne pouvant m'empêcher de regarder ce qu'elle me montrait, je remarquai grâce à bonne vision nocturne sa relative maigreur et
de fines traces de lacérations au niveau du ventre et de l'intérieur des cuisses, ainsi que sur son pubis.
Elle se releva très vite, se servit de mon manteau pour s'essuyer, m'embrassa à pleine bouche pendant une petite dizaine de secondes et lança avant de s'enfuir à moitié
"Je vous hais tous autant que vous êtes, et je te hais toi aussi, espèce de larve!"
Je ne la revis évidemment plus jamais, et eus toute les peine du monde à nettoyer mes chaussures et tout le reste avant de me décider à les jeter.
(Bon, vraiment pas terrible, non, mais encore une fois, complètement de chez totalement improvisé, je sais pas ce que ça donnera quand je relirai ça dans quelques temps...)
Par injektileur
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Dimanche 20 décembre 2009
7
20
/12
/2009
02:59
(dialogue-fiction)
- Commissaire?
- Oui, X?
- La fouille ne donne rien de mieux. C'est la deuxième fois que nous venons, pourtant.
- Et alors?
- J'aimerais savoir ce qu'on cherche.
- Je vous l'ai dit cent fois, des éléments probants par rapport à cette affaire de vol de voitures.
- Cette affaire uniquement?
- Oui, cette affaire uniquement, maintenant, arrêtez d'insister, ou vous allez vraiment m'énerver.(il cherche à
s'éloigner)
- Et les filles, commissaire?
- Quoi, les filles? (il ne retourne pas)
- Qu'est ce qu'on fait pour les filles?
- Quelles filles? (il se retourne, contenant mal sa colère)
- Vous savez très bien commissaire, on a ni chiens ni quoi que ce soit pour les chercher, mais les agents ont vu, comme vous comme moi, le mur blanc dans la cave. Ils ont aussi entendu des cris
d'enfants.
- On l'interrogera encore, l'autre, pour le mur. Et les cris d'enfants, ils venaient de l'extérieur.
- En décembre, les enfants ne s'attardent pas à l'extérieur, et moi, je les ai entendues aussi, les petites, à l'intérieur. Vous savez très bien qu'elles sont là, on a des témoignages précis. Il
faut prolonger les recherches et les aider.
- (furibond) Fermez-la! Cette histoire vous dépasse complètement, ne me faites pas répéter mille fois les mêmes choses! Nous sommes venus pour des vols de voiture, nous repartirons, même
bredouilles, pour des vols de voiture!
- (stoïque) Est-ce que c'est vraiment comme ça que vous voyez votre métier?
- (de plus en plus furieux) Ne me donnez pas de leçon! Vous n'étiez pas né que j'entrais déjà à l'école de police! Vous n'avez pas idée de ce qui se joue au-dessus de vous! Vous n'avez pas idée du
nombre de têtes qui vont tomber avec celle de Dutroux si on ne suit pas la procédure!
- (haussant le voix à son tour) La procédure? La procédure, vous dites? Vous savez pertinemment qu'il y a tout près de nous 2 petites filles de 8 ans séquestrées, affamées et probablement violées
depuis on ne sait combien de temps dans un réduit de la taille de vos toilettes et vous me parlez de procédure?
- (ayant encore plus de mal à ravaler sa rage soudaine pour que personne d'autre n'entende) Et vous, X, vous voulez jouer les héros? C'est ça? Allez-y, défoncez-le ce mur, prenez vos
responsabilités de héros, mais sachez que vous n'en tirerez rien, rien du tout! Si on dévie ne serait-ce que d'un seul pas, l'autre ordure risquerait de nous filer entre les doigts. Les fillettes
sont nourries, vous le savez comme moi. On les laisse là, on planque et on met le grappin sur tout le groupe. Voilà, ce qu'on va faire. Et vous n'êtes pas en position de protester.
- Et vous, vous essayez de me faire avaler ça, commissaire.
- (il se calme) Demandez-vous si vous avez le choix.
- Non (il soupire), malheureusement non.
- La discussion est close, donc. Maintenant allez rappeler les équipes et faites-moi votre rapport réel cette fois.
- Une dernière question, tout de même...
- Je vous l'accorde.
- Vous qui semblez avoir l'habitude de ce genre de cas, pourriez-vous m'expliquer comment vous arrivez encore à vous regarder dans un miroir?
- Je n'ai pas besoin de vous donner de réponse, vous allez être très vite confronté au problème, faites-moi confiance. (il sourit faiblement)
pour Julie et Mélissa et les autres, toutes les autres victimes un peu partout dans le monde, voici ma très modeste contribution, fictionnelle je le
répète, à ce qui me fera penser jusqu'au bout que nous sommes des monstres.
malgré tout, par souci de vérité factuelle, veuillez lire ceci, tiré d'un site résumant très bien l'affaire
Dutroux.
Par injektileur
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Lundi 7 décembre 2009
1
07
/12
/2009
18:45
Bon, voilà la nouvelle en question, vraiment finie à l'arrache. Je croyais avoir plus de temps mais je tiens absolument à respecter
les délais que je m'impose. Au pire j'y ferai quelque corrections. Ah, et surtout, j'espère que vous avez noté la nouvelle adresse du site: pourlamaingauche(point)net
Bonne lecture, et encore une fois, soyez indulgents, je n'ai jamais rien écrit aussi vite! C'est un vrai record, une nouvelle quasiment aussi improvisée que mes articles de
remplissage...
edit 8/12/09: orthographe et syntaxe
LA ROBE JAUNE
Prenez un homme. Physiquement quelconque intellectuellement quelconque. Mettez-le dans une situation
pas complètement extraordinaire pas complètement banale. Vous pouvez rajouter une journée ordinaire passée par lui de travail ordinaire effectué par lui dans une ville ordinaire habitée par
lui pour une vie ordinaire menée par lui. Invité par un collègue de bureau non moins lambda à prendre un verre plat dans un endroit correct, il le suit avec un enthousiasme maîtrisé et
modéré.
Pourtant qui en douterait chaque jour sait faire en sorte de ne pas être une copie conforme de la veille ou du lendemain.
Ainsi, alors que son collègue et lui sirotent leur bière tiède à une table entre un groupe de quatre joyeuses personnes, dont une femme qui attire tout d’abord sans raison apparente
l’oeil de notre homme. Imaginons que ce soit à cause de sa tenue, un manteau noir corbeau qui lui descend jusqu’au bas des cuisses et ayant pour gros défaut de cacher ce qu’il faudrait a priori pas
qu’elle ait honte à montre. Un manteau banal comme plein de manteaux banals.
Le petit groupe s’installe au bar, et alors que son collègue lui raconte des choses peu exaltantes sans être complètement inintéressantes, notre homme continue de chercher pourquoi
cette jeune femme attire son regard. Il ne se sent même pas sûr de penser qu'il est dommage pour elle de s’habiller de la sorte. Il sait en revanche qu’il ne s’agit aucunement d’attirance sexuelle.
L’homme a sa libido en berne depuis sa dernière rupture houleuse quelques mois auparavant. Il repense un instant à Gaëlle, qu’il n’a peut-être jamais aimée, puis à ses soeurs, comme souvent. Le
collègue parle de la préparation de la réunion des haut-cadres de la boîte, la semaine d’après. Il a remarqué que notre homme a du mal à quitter des yeux la jeune femme au comptoir, mais préfère ne
pas en rajouter, et considère qu’un célibataire triste n’a de leçon ou de taquineries à recevoir de personne.
Sans événement particulier une journée saura être vécue, mais jamais, grand jamais, rappelée. Et quand au bout de cinq minutes à peine la petite voix de la fille se fait entendre plus
clairement dans la salle, avec un joli rire, en fait je crève de chaud ici, vous savez, notre homme lui ne pense pas que ce qu’il avait pressenti à son entrée s’est avéré exact. Cette jeune femme a
quelque chose, une seule chose de particulier que couvrait son manteau. Sa robe. Courte et très jaune. Elle fascine instantanément notre homme, qui de là où il se trouve, peut l’observer sous
toutes les coutures.
Il s’agit d’une robe jaune mi-cuisses en tissu léger, sur laquelle sont brodés de gros carreaux peu visibles car jaunes aussi, un peu plus foncé. Les manches très courtes et
elles-mêmes à peine ourelées donnent un cachet assurément «jeune» à l’ensemble. Autour de la taille, une fausse ceinture consistant en deux fils brodés entre lesquels du tissu plissait un peu plus
fortement avantageait d’une jolie façon les courbes assez prononcées de sa propriétaire. Notre homme attend un moment que la jeune femme daigne se tourner vers lui pour l’admirer un peu mieux. Ce
qu’elle fait d’un geste finalement très naturel. Au niveau de la cuisse gauche se trouve une petite broderie rouge, toute simple, qui ne doit pas représenter grand chose, ou du moins, pas à la
distance d’où l’homme la voit. La robe semble se fermer par le devant, car tout une rangée de petits boutons pression, à moitié cachés sous des coutures identiques à la ceinture, en plus fines, la
traverse de haut en bas. La fille s’est suffisamment boutonnée pour qu’il faille se contenter d’imaginer son décolleté. De part et d’autre deux poches discrètes n’ont pas l’air faux car la fille en
sort des petits papiers à plusieurs reprises.
Alors que le collègue lui explique pourquoi ce serait mieux s’il se syndiquait, l’homme regarde la jeune femme papillonner au milieu des 3 garçons qui l’accompagne. Pourquoi la
regarde-t-elle? Parce que l’envie d’elle? La concupiscence? Certainement pas. Parce que la robe? Parce que le Jaune à la Van Gogh? Probablement. A beaucoup d’égards elle était clairement attirante,
que personne ne croie le contraire. A une autre époque de sa vie, l’homme suppose qu’il serait parti pour lui proposer, avec ses mots à lui, sans vulgarité ni jamais de métaphores, d’introduire son
pénis dans son vagin et d’y effectuer des va-et-vient plus ou moins réguliers. Mais l’homme a bien vieilli, et le manque de vulgarité se perd, de nos jours. Sans oublier que ceux qui entourent la
jeune femme ne sont, sous leurs airs malgré tout gentils et désintéressés chacun dans leur genre, a priori pas contre l’idée d’introduire leur pénis dans son vagin aussi. D’où
incompatibilité. Elle, de son côté, l’homme connaît bien ces techniques, semble tentée par le plus plus bellâtre des trois. Pour changer. Et ce malgré le fait qu’elle s’est accoudée au bar en
laissant les deux autres entre lui et elle, et qu’elle le regarde à peine et ne lui adresse la parole que pour se moquer de lui. J’ai l’impression de regarder Adeline, en fait, se dit l’homme.
Mais Adeline n’a ni les cheveux, ni les jolis petits seins ronds de la jeune fille. Pas plus que ses soeurs.
L’homme a toujours préféré les petits seins qui tiennent bien aux gros machins qui tombent et ballotent tout le temps. Sans réellement savoir pourquoi. Un truc de famille, sûrement. Des deux côtés
de la famille de l’homme, les femmes ont toujours eu de grosses et/ou belles poitrines, et ses soeurs ne font pas exception à la règle.
La jeune femme fait à vue de nez du 85B ou C maximum.
L’homme a toujours eu un don pour mesurer à vue, quoi que ce soit. A un moment dans sa vie, il pensait même travailler dans le prêt-à-porter où le bâtiment. De la tête au pied, les tailles humaines
n’ont quasiment pas de secret pour lui. Pour les rangements, les meubles et la place qui leur convient, idem. Il sait aussi déterminer à quelle distance se trouve un objet par rapport à lui, ou à
un autre objet, parfois dans des espaces très grands, avec une précision qui impressionne tout ceux qui s’amusent à le tester.
La jeune fille fait un bon petit 85B. Elle mesure 1 mètre 60 sans ses bottes et doit chausser du 39. Son tour de taille serait de 62 ou 63 centimètres et ses hanches 88 ou 89. Le tour
de tête n’est pas vraiment calculable car ses cheveux sont plutôt bouclés et qu’elle les a attaché rapidement en chignon. Comme Chloé.
L’homme a toujours été confronté aux «trucs de filles». C’est lui qui s’est toujours occupé de ses 3 petites soeurs, depuis leur naissance. Les parents étaient absents et
inconsistants, bien plus obnubilés par leurs problèmes de couples et leur vie sexuelle que par le bien-être de leur enfants qu’ils ont fait sans le vouloir réellement, pour la bienséance. L’homme
donc, à peine adolescent, a bercé ses soeurs, les a nourries, lavées, changées, il les a fait jouer jusqu’à son propre épuisement. Quand le père est parti sans se retourner avec une inconnue, et
que la mère a commencé à avoir les fils qui se touchent, c’est lui qui s’est retrouvé en charge des filles. Chloé n’avait pas encore ses règles et c’est lui qui a dû lui expliquer de quoi il en
retournait exactement, parce que soit disant les copines n’étaient pas claires. Pendant des années, c’est lui qui a fait toutes les courses acheté tampons (serviettes seulement pour Nathalie),
sous-vêtements et vêtements (avec elles, souvent), pris les rendez-vous chez le médecin. Il a eu à la fois les rôles de père, de grand frère et de meilleur ami. Ses soeurs, par malheur, ne
s’entendant pas forcément bien entre elles, c’est toujours vers lui qu’elles se retournaient pour quoi que ce soit. Surtout pour des problèmes en vérité. N’ayant jamais été officiellement leur
tuteur il s’est souvent retrouvé dans des positions inconfortables par rapport à sa mère, ou à l’administration. L’avortement de Chloé, en terminale, s’est très mal passé puisque l’homme a dû
menacer la mère de partir lui aussi si elle ne donnait pas son autorisation, comme cela était obligatoire à l’époque.
C’est l’homme qui a appris à ses soeurs à ses méfier des hommes. Parce qu’ils ne pensent qu’avec leur queue, notamment. Mal lui en a pris. Les regrets l’assaillent parfois, quand il
s’aperçoit qu’Adeline, la plus jeune, celle qu’il a vraiment complètement éduquée, a largement fini par perdre en un temps record toute confiance en l’amour et en la gent masculine, pour ne se
laisser aller qu’à des histoires tout juste humides et sans lendemains. Et parfois c’est les larmes qui lui viennent quand elle essaye de jouer à la fière parce qu’elle a couché avec deux étalons
en même temps et qu’elle ne comprend pas pourquoi les filles qu’elle connaît sont tellement dégoûtées par les éjaculations faciales, et que lui se dit que le temps est loin où il la faisait sauter
sur ses genoux et qu’elle riait aux éclats et qu’elle lui demandait si lui aussi il partirait un jour et lui de répondre non jamais, jamais je serai toujours là pour toi ma puce, ne t’inquiète pas.
Je veux pas que tu partes, moi. Je partirai pas, je te jure, Adeline. Promis? Promis. Promis Promis? Promis promis. Tu sais que c’est toi que j’aime le plus sur cette Terre. Moi aussi, ma puce, je
t’aime plus que tout. Plus que Nathalie ou Chloé. Exactement pareil, j’ai assez d’amour pour vous trois. Et il la berçait et attendait qu’elle s’endorme pour la ramener dans son lit faire sa sieste
dans sa petite tunique jaune écru.
L’important n’est pas de savoir ce qui s’est passé depuis, qui sont ses soeurs, ce qu’elles ont fait de leur vie. Il a vécu tout entier pour elles, et elles le lui ont bien rendu.
Elles continuent à bien le lui rendre. Elles l’adorent mais lui ont fait du mal de la même façon. Sa vie sentimentale est un échec, en partie à cause d’elles et de leur jalousie. De la bêtise de
celles dont il est tombé amoureux, bien sûr, c’est évident. La seule fois où il a levé la main sur une fille, la dispute était violente. Elle s’appelait Marion. Elle ne supportait pas de passer
après les 3 chipies, comme elle les appelaient. Elle crevait de jalousie, et n’osait pas aborder un sujet, qu’elle n’aurait définitivement mieux fait de ne jamais aborder. Alors, dis-le, dis-le
moi, c’est ça que je veux t’entendre dire! Dis-le que tu couches avec elles! Tu alternes, ou peut-être même toutes les trois en même temps, des fois. Tu me débectes!
Quelques semaines après, cette Marion s’est excusée de la plus plate des façons. Elle était juste jalouse et inquiète et intriguée par cette relation fusionnelle entre l’homme et
chacune de ses soeurs. Mais il était beaucoup trop tard. De toute façon, elle n’était pas la première. A le cracher aussi clairement, si, mais l’homme en a toujours eu assez des sous-entendus
dangereux et des plaisanteries vaseuses. Si personne ne peut comprendre, qu’on me foute au moins la paix, qu’on nous foute au moins la paix. Demandez-leur, à elles, si notre relation est malsaine,
elles sont adultes maintenant, et vous expliqueront que les dégueulasses, c’est vous qui pensez forcément à ce genre de conneries!
Peu importe. La très jolie robe jaune et la personne qui se trouve dedans n’ont pas pour but de ramener l’homme à ses souvenirs. Il ne sait même pas sur quoi ces souvenirs se basent.
Une tenue d’Adeline quand elle avait 5 ans? L’association d’idées a des limites. Et pourtant...
Adeline est différente de ses soeurs, probablement de la même façon que le jaune détonne avec tout le reste. C’est assurément la plus jolie des trois. Mais c’est loin d’être la plus
fine, psychologiquement parlant. L’homme ne supporterait pas qu’on la résume ainsi, mais il faut bien admettre que c’est une blonde, dans tous les sens du terme. Mais comme elle en joue pour
tromper son monde, il s’inquiète surtout qu’elle ne réussisse jamais à trouver chaussure à son pied, avec le pied malléable qu’elle a, et son appétit sexuel remarquable et remarqué.
Mais peu importe.
Pourquoi le jaune?
Est-ce la robe, alors? Effectivement, pour être de bonne fois, elle est tout à fait seyante et notre homme aimerait par exemple juste pouvoir en faire le compliment à la jeune femme.
Mais étant donné qu’il est aujourd’hui impossible pour un homme de faire un compliment à une inconnue sans que cela passe pour du rentre-dedans maladroit.
Mais il a envie de lui dire ce qu’il ressent à ce moment précis, avec son collègue qui se met à lui prendre la tête avec les fiches de paie où il y a des erreurs depuis 2 mois. Le
temps passé à boire ne compte plus et rien d’autre ne compte plus non plus sinon le Jaune. Elle irait probablement mieux à Chloé. Nathalie a vraiment trop de poitrine, ce serait vulgaire. Et
puis elle a horreur du jaune. Parfois, très rarement, la jeune femme tourne la tête vers lui et le regarde quelques courtes secondes, les yeux grand ouverts, en train de rire à la plaisanterie
qu’elle vient d’entendre, mais attentifs à ce qui s’ouvre. Un drôle de regard que l’homme ne connait pas bien.
Soudain, le collègue se retire poliment, certainement lassé par la situation. Notre homme lui dit au revoir, un peu embarrassé, puis replonge dans la contemplation de la robe jaune,
avec son tissu ni trop doux ni rêche, et ses carreaux discrets, et son petit motif brodé sur la cuisse. Et tous ses boutons pour la fermer. Un instant l’homme se demande de quelle couleur sont les
sous-vêtements. Noire, apparemment. Ils transparaissent un tout petit peu . L’homme n’a pas l’intention d’avoir d’érection pour si peu. Il se dit juste, d’un point de vue esthétique, que pour une
fois, le noir lui convient.
Fatigué, il s’apprête à s’extirper de sa contemplation. Dehors, il s’est remis à pleuvoir. L’homme marmonne quelque chose d’incompréhensible même par lui-même et va au comptoir pour
régler l’addition. Debout à côté de la fille, il réalise sans surprise qu’elle sent bon. Mais toujours pas d’érection. Il n’en veut pas. Les garçons à côté d’elle montrent que l’alcool montent en
eux, et elle rit avec des regards en coin plein d’excuses, ou de compassion allez savoir, pour notre homme. La pluie s’intensifie un peu, puis beaucoup le temps qu’on lui ramène sa monnaie. Il
laisse un pourboire correct. Votre robe est ravissante, Mademoiselle, vraiment. Il l’a dit d’une traite, sans réfléchir, comme on retire un pansement. Elle se tourne vers lui et le gratifie du plus
beau sourire qui puisse exister. Merci beaucoup je viens de l’acheter et j’avais un peu peur de la porter. Bonheur réel du quotidien jamais banal. Après l’avoir saluée il sort rapidement sans se
retourner.
Il n’a pas fait 100 mètres qu’une voix déjà familière se fait entendre derrière lui. La robe jaune arrive à sa hauteur en courant, tout sourire. Il a oublié son ordinateur. Jamais il
n’oublie son ordinateur. Il le lui dit. Elle rit. Elle a le même rire que sa mère. Un joli rire franc, jamais moqueur. Il la remercie le plus sobrement possible et l’enjoint à retourner s’abriter
au café parce qu’elle est sortie sans son manteau et qu’il pleut de plus en plus fort. Elle obéit et cours dans la direction opposée. Au tiers du parcours elle se retourne et sans se départir de
son si beau sourire fait un petit geste de la main. La robe mouillée, le soutien-gorge noir et la culotte sont maintenant bien visibles. L’homme ressent pendant un court moment un début
d’érection.
En se dirigeant vers chez lui, l’homme se dit que rien ne changera jamais. Le Jaune restera jaune. Ses soeurs seront ses soeurs. Il devra s’accoutumer à sa solitude plus si nouvelle
que ça. Mais soudain, en regardant la sacoche de son ordinateur portable, il se prit à s’amuser, en souriant à son tour pour la première fois depuis des lustres, à calculer objectivement la
probabilité qu’il y avait à ce que cette jeune femme à la fascinante robe jaune y ait laissé un message quelconque. Quelques années auparavant il n’aurait pas supporté le stress de ce chat de
Schrödinger adapté à la vie sociale et sexuelle. Tant que l’homme ne vérifie pas, la robe jaune est à la fois à lui et pas à lui. Quantiques visions de l’acte sexuel. Juste un pénis introduit ou
non dans un vagin et y faisant ou non des va-et-vient. Ou les deux en même temps. Le sexe et pas de sexe en même temps.
Le Jaune, lui, pourtant, lui appartient pourtant pour de bon. Et dans un éclat de rire il se dit que l’hypothétique message dans sa sacoche attendra bien qu’il soit de retour chez
lui.
Par injektileur
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Mercredi 2 décembre 2009
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02
/12
/2009
14:47
Ce titre fait référence de façon explicite à une chanson d'un de mes groupes préférés, Expérience. J'aurais des choses à dire mais
j'ai comme qui dirait un coup de mou, alors je me contente de vous faire lire cette dernière nouvelle envoyée en 2004 au PJE, en même temps que "Morioka no Sayaka". Vous imaginerez que ça n'ait pas
plu, et que mes intentions premières n'ont pas été comprises du tout, une fois de plus. J'ai assez (litote, toujours) peu apprécié le "conviendrait
à un lectorat de moins de 16 ans, au plus" mais ai digéré depuis, quand même. On se retrouve mal jugé parce qu'on essaye de sortir comme on peut des sentiers battus. Je ne me justifierai pas. Ceci
est juste un dialogue intérieur à la con comme chacune et chacun d'entre nous peut en avoir, n'importe quand. Bonne lecture quand même. J'essaierai mieux demain.
Ne rien
attendre
« Il ne faut rien attendre de moi, tu sais… » m’avait-elle dit soudain, au milieu d’une ville
nocturne comme les autres. Loin de nous, à travers les bruits de moteurs frustrés de klaxons fatigués ou de sirènes éteintes je pus entendre distinctement un chien hurler à la mort. J’ignorais si
de son côté elle avait le cœur à y prêter attention. J’en doute. Elle n’aimait pas les chiens, et encore moins les chiens qui hurlent à la mort. Ajouté à cela qu’il ne fallait rien attendre d’elle.
Dommage et désolé pour le roquet au timbre de ténor et pour tous ses congénères mais j’avais nettement plus de raisons que lui d’être triste. Il ne fallait rien attendre d’elle. On a beau le
savoir, on a beau s’y « attendre » cela fait toujours de la peine. Je l’avais senti venir, pourtant, je l’avais senti venir dès notre première rencontre. Elle était mignonne à croquer
mais le croisement de nos regards avait fait un gros flop. Oui, c’est le mot, un flop. Un plouf. Comme une pastèque lancée dans une piscine, le goût sucré en moins. On supposera que je suis la
pastèque, elle la piscine ; car elle avait les yeux très bleus. Mais n’allez pas croire pour autant que je sois un albinos à la peau verte. Je donne simplement la pastèque en guise d’exemple
de truc lourd et lent du bulbe ; car chacun sait que le Q.I. d’une pastèque n’a rien à envier à celui d’un animateur de télévision du samedi soir. Quoi que l’on puisse dire j’étais tout
simplement mal barré avec elle, depuis le début, dans tous les sens du terme. Elle me plaisait beaucoup, pourtant, vous l’aurez compris. Selon moi objectivement douce gentille drôle et futée. Mais
puisqu’il ne fallait rien attendre d’elle… En fait je me demande si ce n’est pas là la pire chose qu’une femme quelle qu’elle soit puisse dire à un homme quel qu’il soit. Ce n’est pas parce qu’on
ne représente rien qu’on n’a pas droit à un minimum de considération, je pense. Même le néant a ses théories et ses théoriciens. Ainsi suis-je convaincu qu’elle n’a jamais éprouvé ne serait-ce que
le moindre soupçon d’intérêt pour moi. J’étais plus que transparent ou vide ou inexistant à ses yeux. D’une certaine manière je pourrais m’en vanter. Ce n’est pas rien d’être complètement rien, je
pense. Et le néant à un je-ne-sais-quoi de classe dans la connotation, je trouve, une sorte de douce odeur de fin du monde, en un mot, il symbolise de la meilleure façon ce vide caractéristique que
le regard d’une femme vous renvoie avant même que celle-ci se rende compte que vous ne l’attirez pas. Vide qu’avec mon expérience je suis passé maître dans l’art de déceler en moins de temps qu’il
ne faut à une pauvre pastèque tombée sur l’autoroute A6 un 15 août pour se faire écraser par un vacancier sans pitié pour les cargaisons des remorques de ses congénères, si tenté que l’un de ces
congénères ait la drôle d’idée d’emmener une pastèque avec lui en vacances dans sa remorque. Cela a l’avantage d’éviter les pertes de temps ou de longues embardées dans le ridicule. Il ne fallait
rien attendre d’elle. Soit.
Il ne fallait rien attendre d’elle, mais c’était elle qui m’avait aperçu par hasard en train de traverser la rue, c’était elle qui m’avait interpellé. Il lui avait fallu crier très
fort parce que depuis quelques mois je ne me séparais plus du baladeur MP3 qu’un richard de mes amis m’avait donné, et avec lequel je prenais un réel plaisir masochiste à me rendre sourd. Oui, je
suppose qu’elle a crié très fort, elle a crié mon nom très fort et je ne l’ai pas entendue. Alors c’est elle qui est venue à moi, elle a même un peu couru, je crois, elle m’a contourné et s’est
posée devant moi avec un grand sourire. J’ai dû prendre mon air niais de d’habitude, puis bafouiller quelques mots de surprise que j’ai probablement réussi à enrober d’autres mots d’excuses
foireuses, parce que je me rappelle qu’elle a ri. Mes oreilles sifflaient un peu. J’ai dû avoir l’air vraiment stupide. Mais elle a ri. Peut-être n’était-elle non plus pas vraiment à son avantage
dans cette situation. Très légèrement essoufflée, les joues rosies par le froid léger ; il faisait nuit mais le rouge de ses joues déteignait dans les lumières des réverbères. Elle n’avait pas
mauvaise haleine mais on sentait qu’elle avait bu et fumé. Ses yeux étaient clairs malgré tout. Elle parlait tout doucement, comme si m’avoir crié dessus l’avait gênée et qu’elle voulait se
rattraper. Parfois je devais me pencher sur elle pour mieux l’entendre et, loin au-dessus des odeurs de fumée ou d’alcool, ses cheveux envoyaient leurs parfums multiples d’essais à répétitions de
shampooings de toutes sortes de toutes provenances. Alors elle reculait imperceptiblement, toujours avec le même sourire aux lèvres, sans hausser la voix, peut-être un peu plus intimidée, et
continuait à me poser des questions soit insignifiantes soit tout à fait sensées, mais toujours irrésistibles dans l’intonation. Mes oreilles sifflaient un peu. Ses yeux étaient clairs, malicieux,
peut-être un peu fatigués mais craquants par leur fatigue même. Ils inspiraient puis expiraient la satisfaction et la joie de vivre comme de véritables poumons. Pourtant dans chacun de leurs
souffles je pouvais percevoir le message premier. Il ne fallait rien attendre d’elle. Mes oreilles sifflaient un peu. Il ne fallait rien attendre d’elle et toutes les pastèques rouges roses et
vertes du monde et toutes les piscines olympiques du monde se rallieraient à ma cause d’amoureux transi – diable que j’ai horreur de cette expression – que cela ne changerait pas le problème. De
mon côté il fallait que j’assume, quand elle était près de moi, les sourires, les yeux bleus, les plaisanteries les exclamations les silences, quand elle était loin de moi, tous les moments
interminables où elle me manquait, sans ses sourires, ses yeux bleus, ses plaisanteries ses exclamations ses silences. Mes oreilles sifflaient un peu. Mais qu’importe la souffrance, que valent les
atermoiements inutiles, les plongeons, puisqu’il ne fallait rien attendre d’elle. Surtout ne pas se poser de questions, surtout ne pas se poser de questions.
Il est fort probable que j’aie trop attendu de sa part. C’est même certain. Personne ne me blâmera je pense, c’est une réaction humaine. Je pense. Je souhaiterais juste ne pas avoir à
le formuler à haute voix. Question de dignité. Un homme a le droit de taire ce genre d’erreurs. Elles ne concernent personne d’autre que lui. Il est libre. Plus que libre. Plus que triste, mais
plus que libre. Et ne lui demandez pas ce qu’il compte faire de sa liberté dont, dans ces moments interminables, il se fout comme des cotations boursières d’il y a 30 ans. Je tiens à préciser ici
que dans mon cas, même les nouvelles les plus récentes de Wall Street ou de Tokyo ne me font ni chaud ni froid, y compris et peut-être surtout lorsque je suis en pleine forme. Chose étrange qui
m’arrive, parfois, sans prévenir. Le fait est qu’on ne donne jamais le cours de la pastèque, ni celui des piscines privées ou même des piscines olympiques. Ce serait intéressant, pourtant. Il
paraît que d’après l’état du Marché on peut prédire l’avenir de la planète. Le Marché passe pour un devin. J’ai entendu quelque part que depuis les origines de l’Humanité, les devins et les
diseuses de bonne aventure, les voyantes lisent dans toutes sortes de choses pour prédire l’avenir. Je me demande si dans les entrailles d’une pastèque chlorée, l’un d’entre eux ou l’une d’entre
elles aurait pu m’avertir de ma future déconfiture, ou même prédire que je ferais ici même, involontairement je vous le jure, un jeu de mot doublé d’une allitération absolument nulle, et pourtant
tellement à l’image de mon esprit perturbé. Je me demande si une pastèque aurait pris ses plus jolis pépins pour écrire à mon intention au fond d’une assiette quelconque « Méfie-toi, méfie-toi
bien, il ne faudra rien attendre d’elle ». Le fait même que je me flagelle à écrire ceci laisse à croire que je ne sais toujours pas écouter ma « pastèque intérieure ». Quel dommage.
Quel manque de discernement. Quel déni d’introspection. Cela aurait pourtant permis de me protéger d’une partie des troubles qui m’affectent encore aujourd’hui. Je dirais que ma vie a toujours
manqué de sucre, mais qu’importe. En fait c’est peut-être une chance si on considère le sucre comme le futur premier poison mortel du XXIe siècle. Mais qu’importe. Dans tous les cas il n’aurait
quand même rien fallu attendre d’elle.
Il ne fallait rien attendre d’elle. Plus on les écrit plus les phrases perdent leur sens. Je dirais que ça peut être une bonne thérapie pour tous les malheureux muets qui n’ont pas
accès à la méthode Coué, ou tous les gens intelligents qui ont compris depuis longtemps que cette méthode Coué ne marche jamais, et encore plus les malheureux muets intelligents qui n’y ont pas
accès mais qui ont compris depuis longtemps qu’elle ne marche jamais. Bien qu’en y réfléchissant un peu, je ne voie au final pas comment la méthode Coué pourrait marcher, si elle marchait, dans un
cas tel que celui-ci. Tout simplement aucun rapport. Comme elle et moi.
Il ne fallait rien attendre d’elle. Continuons quand même, les pastèques sont avec nous. Il ne fallait rien attendre d’elle, mais moi j’avais envie de la prendre dans mes bras de
l’embrasser de lui faire l’amour. Les pastèques rougissent, mais c’est la stricte vérité. Il ne fallait rien attendre d’elle, et malgré tout je suis un homme. Et aucun homme, quel qu’il soit,
amoureux d’une femme, quelle qu’elle soit, ou tout d’abord fortement attiré par une femme, quelle qu’elle soit, ne pourrait supporter que cette femme, quelle qu’elle soit, lui dise qu’il ne faut
rien attendre d’elle. Cela n’est pas humain. Les pastèques acquiescent. Mais bien sûr une femme, quelle qu’elle soit, peut tout à fait dire de façon claire à un homme, quel qu’il soit, qu’elle ne
veut pas de lui ou qu’ils ne sont pas faits pour être ensemble. Cela n’est évidemment pas à remettre en cause. Les pastèques confirment, bien qu’un peu noyées dans ma rhétorique mal entretenue,
infestée par des algues toutes plus étranges les unes que les autres. Mais qu’importe.
De nous deux je ne sais qui avait au final le moins de choses à dire à l’autre. Moi, probablement. Admettons, pour une fois. Elle me raconta que sa prof d’histoire de l’art était morte
d’une crise cardiaque deux jours auparavant, en faisant de la natation à un rythme trop élevé pour ses capacités et son âge. Elle ajouta qu’elle la détestait, et qu’elle avait honte de ne pas
ressentir la moindre tristesse ou le moindre remords d’avoir été si peu attentive en cours. Je ne sus pas plus que d’ordinaire dire quelque chose d’intelligent.
Puis nous nous sommes quittés, elle, avec ses yeux bleus avec son sourire et ses mots gentils et ses silences, moi, dans l’obscurité absolue. Arrivé dans mon appartement je me suis
écroulé sur le lit, exténué, le visage enfoncé au plus profond de la couette. Puis je me suis retourné, après cinq minutes en apnée. J’ai fixé le plafond blanchâtre. À la lumière du néon il prenait
la même couleur que l’intérieur de l’écorce d’une pastèque. Dehors on pouvait entendre copuler deux chats du quartier. Chez cette espèce la femelle souffre toujours beaucoup pendant l’accouplement,
à cause du mâle et de son pénis hérissé comme un harpon.
Il ne fallait rien attendre d’elle.
J’avais prévu de pleurer le lendemain.
Par injektileur
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