regrets

Mercredi 19 mai 2010 3 19 /05 /2010 18:32

Elle se trouve dans mes liens en bas à droite et fait partie des raisons pour lesquelles j'ai ouvert ce blog. Par "défaut", presque. Alors je tiens à l'évoquer.

Mon "histoire" - dans le sens premier du terme - avec elle commence il y a quelques temps maintenant. Ca fait un bail que je suis son blog, et j'ai mis du temps à commencer à commenter dessus, avant de m'arrêter progressivement, cela n'ayant à la longue plus aucun intérêt de commenter dans le vide, surtout, surtout quand on croit avoir établi un contact.

Lorsque je me suis fait virer comme une merde l'été dernier, au-delà de mes intentions de revoir de fond en comble mes aspirations professionnelles, il m'a fallu prendre mon courage à deux mains pour lui envoyer un email très explicite lui indiquant que j'avais une histoire pour elle. Dans le sens où son style graphique - pour lequel je garde un amour sans faille - convenait selon moi parfaitement à mon scénario. Attention, si vous me suivez depuis un moment, je vous rassure, cela n'avait absolument rien à voir avec ce que je j'ai l'habitude d'écrire. Je me voyais dans une chronique familiale sur le long terme, entre les Yamada et 6 feet under. Drôle avant tout, poignante par moment, et surtout ancrée dans les "réalités françaises" des années 90 à nos jours, ou presque. Genre, ambitieux. Trop ambitieux, bien sûr. Mady m'a poliment répondu qu'elle n'avait pas assez d'éléments - ce que j'admets être vrai - qu'elle était occupée - ce dont je ne saurais douter - et qu'on ne s'improvise pas scénariste de BD - idem.

En deux ou trois emails, tout cela a fini par une fin de non-recevoir en mauvaise et dûe forme de sa part, puisque le ton un tantinet condescendant du dernier message m'a pas mal vexé. Ma plus grosse erreur est de lui avoir envoyer un sms parce que je n'avais pas internet chez moi à l'époque. Le pire, c'est que je l'ai répétée, cette erreur, à la sortie de son livre, et que malgré mes circonstances atténuantes, une connerie reste une connerie. J'y reviendrai plus bas.

Il faut savoir que je ne sais absolument pas à quoi elle ressemble. Et que je n'ai à la base pas tellement envie de le savoir. Non, seul son trait m'intéressait et c'est ce que je me suis évertué à lui dire, de la façon la plus nette et concise possible. Je n'allais évidemment pas m'étendre sur mon éternel fantasme de la main tendue, un jour, vers moi, et qui me ferait sortir de mon quotidien pourri. Je vous rappelle que je venais de me faire virer, comme une merde cela va de soit je répète.

Bref, les mois passent et avec une énergie insoupçonnée chez moi, j'arrive à ouvrir ce blog, pour écrire mes fictions. Enfin. Pour me rendre constructif. Mady m'a d'ailleurs fait la gentillesse de laisser un ou deux commentaires. Sans pour autant prêter la moindre attention aux miens, ou même à la suite de mes histoires. Bref, je serai stupide de lui en vouloir, tout le monde sait que tout le monde est très occupé, sauf moi.

Les mois passent encore et son livre est annoncé. Ô joie. Je compte me précipiter dessus., bien sûr. Cela tombe pile au moment d'un décès dans mon entourage, et alors que je me rends à l'enterrement, dans le rer tout pourri qui m'emène vers Fontaibleau je fais donc la connerie de lui renvoyer un sms de félicitations auquel elle n'a bien entendu pas répondu. Rions un peu et imaginons qu'elle ait changé de numéro.

 

Bref bref, bref encore, pourquoi raconter tout ça maintenant ?

Parce que je reviens de sa séance de dédicaces où je viens de me faire accueillir, toujours comme une merde, par le libraire qui n'a pas voulu que je l'approche puisque ce n'était pas à lui que j'avais acheté mon exemplaire que j'avais dans mon sac. Très capable, très commercial de sa part, me direz-vous. Et vous aurez raison. 17h45 ou 44, je rentre dans le magasin quasi vide, assez content de m'être motivé à ramener ma fraise. Le peu de monde me fait dire que j'aurais l'occasion de discuter un peu, qui sait. Devant elle, un seul homme. A côté d'elle Romain Ronzeau que je connais aussi par son blog qui me plaît beaucoup d'ailleurs. Je l'entraperçois plus que je la vois. Elle est à cinq mètres à peine, trop penchée sur sa feuille à dessiner je ne sais quoi, lui la regarde faire, et de notre côté l'autre connard m'explique que la priorité va à ceux qui lui ont acheté, à lui, les albums. Alors je dis non, et il se retrouve tout con. A part lui, les deux auteurs avec leur lecteur, et moi, deux personnes seulement sont présentes à ce moment-là, et je pourrais même pas confirmer qu'ils étaient là pour les dédicaces. Vive les commerçants compétents.

Oui, il s'est retrouvé con, mais moi encore plus à me barrer fissa pour éviter de m'énerver et finalement devenir de plus en plus furieux alors que je rentrais chez moi (pas trop loin, non, j'avoue).

 

Je suppose que je parle de ça parce que c'est à l'image de ma vie. Je ne sais pas si j'avais très envie de rencontrer Mady, de la regarder dans les yeux. Je crois que non, finalement. J'avais peu de temps avant entendu une interview d'elle à la radio, dans le cadre du salon du livre de Genève de si mes souvenirs sont exacts, où elle expliquait qu'elle avait maintenant quelques projets de BD avec des scénaristes. Et moi de bisquer le moins possible devant mon écran, à contenir ma nouvelle frustation comme le glandu que je suis. Elle a une jolie voix, sinon, à part ça, même si le ton est un peu précieux peut-être. Oui j'en parle parce que c'est tout ce que je retiendrai d'elle. C'est à l'image de ma vie. Jamais aller au bout des choses. Ce connard de libraire a été un catalyseur, rien de plus. J'écris ceci à chaud mais  comme cette catégorie s'appelle regrets j'imagine que c'est en quelque sorte la situation idéale. Sur le chemin du retour j'ai commencé à hésiter à lui envoyer un nouvel e-mail ou à laisser un énième commentaire sur son dessin du jour.

Ce texte inutile hors-sujet et égocentrique fait acte de ma décision. Oui, tout le monde s'en fout . Peu  m'importe, à titre d'information vous étiez hier 19 à me "lire", dont moi-même. C'est pas comme si j'envahissais l'espace.

Donc non, je ne perdrai plus mon temps à me battre contre ma vie et contre celui que je suis vraiment. Surtout, surtout si jamais rien de bénéfique ne me revient en retour. Et par quelque chose de bénéfique je parle d'un message, d'un simple signe qui me dirait continue, tu m'intéresses.

Tant pis pour moi, et surtout pour le libraire de mes deux dont mon éthique personnelle à la con m'oblige à ne pas donner l'adresse, que vous retrouverez facilement  si ça vous amuse parce que je sais que vous êtes malins. La contre-pub est parfois aussi importante que la pub en soi.

 

Quant à toi Mady, continue, oui, parce que de mon côté je te lis et j'aime ce que tu fais. Il est juste hors-de-question que j'essaye à nouveau de te le faire comprendre.

 

 

Et Brel aura toujours raison. Et je me permets un petit lol façon bonus, pas original, presque private joke. J'aurais aimé.

 

 

 

Par injektileur - Publié dans : regrets
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Samedi 30 janvier 2010 6 30 /01 /2010 06:35
Des nombreux festivals français où je ne me suis jamais rendu, et pour cause, je ne me suis rendu dans ma courte et trop longue vie qu'à une poignée de festivals, Angoulême est celui qui me vient en premier à l'esprit, toujours.
Oui, je sais, je m'étais fait un devoir de ne pas coller à l'actualité mais des fois, celle-ci s'impose.
Donc non, je ne suis jamais allé faire un tour à Angoulême, comme je ne suis jamais allé à Avignon non plus, où j'ai l'honneur d'être né. Je ne connais pour ainsi dire pas cette ville, mais mon désintérêt parfait pour le théâtre ne m'encourage pas à approndir, surtout d'après les échos que j'en ai eu. A savoir, gros bordel, grosse foule et grosse saleté avant même que l'idée d'art ne vous vienne à l'esprit. Et puis le off qui passe pour tellement in qu'il en devient non plus out mais plouc, alors que le in se laisse aller à l'autocélébration permanente depuis plus de 50 ans maintenant.
J'aimerais aller à Avignon quand même, voir, savoir si tous ces comédiens sauront me convaincre de ma connerie (ça serait pas difficile, pourtant) de ne pas apprécier le théâtre, qu'il soit classique ou contemporain, à sa juste valeur.
De par mon amour du piano, il est évident que j'adorerais aller à la Roque d'Anthéron (festival dont le fondateur vient de mourir à l'âge respectable de 89 ans). Pourtant, là encore, plus que la "flemme" le manque de temps ou de moyens j'aurais un peu peur de me voir confrontés à des gens qui sont aussi là pour être vus, dans la bonne bourgeoisie provençale, qui n'a rien à envier à la bourgeoisie bordelaise, qui elle réussit à damer le pion à la bourgoisie altoséquanaise (le 92, quoi. vi, j'ai cherché dans wikipédia le gentilé de ce département pour rendre ma phrase plus jolie et je vous dis zut, j'ai moi-même été altoséquanais par euh... la force des choses, alors un peu de compassion merci) ce qui n'est, tout le monde s'accordera là-dessus, pas un mince exploit.
Bref, que des préjugés de ma part, je sais. Un jour j'irais à la Roque d'Anthéron et je suis certain que je kifferai, comme disent les djeunz.
J'aurais aussi voulu aller à Belfort, dans le temps. Mais j'ai peur de m'y sentir très vieux, bêtement, et seul.
J'aurais voulu aller à Carhaix, mais avant que ce soit devenu la machine de guerre qu'on connaît aujourd'hui.
Pour ma part, je me souviens du premier Rock en Seine, en 2003, quand il ne durait qu'une seule journée. Il y avait ma chérie PJ Harvey, Massive Attack, Morcheeba, Electric 6 qui m'a bien fait marrer. Y'avait même K's choice, c'est vous dire. Ah, et Beck, mais lui je supporte pas, donc non, oubliez. Le reste je sais plus bien, je n'avais que d'yeux pour PJ et ne fus en aucune manière déçu, sinon par la durée du set, forcément trop court. Rock en Seine aujourd'hui c'est quoi? Oasis qui splitte, enfin? Amy Winehouse qui joue les divas? C'est tout? De la pub à tous les étages? C'est tout? Qui se souvient de Rock à Paris?
Bref, le sujet n'est jamais là mais bon...
Les festivals de rock sont comme les marchés de Noël, on va forcément arriver à saturation. Je ne parle même pas des conventions/festivals manga en Ile-de-France ou un peu partout ailleurs en France. Il y aura forcément saturation, oui, et les derniers cons arrivés seront je l'espère les premiers à se prendre des baffes. Vous avez vu les restaurants de sushi qui pullulent dans Paris (et je suppose partout ailleurs?) c'est une catastrophe culinaire ET écologique. Mais je m'égare.
Je me dois aussi de parler des festivals de cinéma, forcément, les plus hype. C'est simple en Europe c'est comme si on était encore en guerre. Cannes contre Berlin et Venise à boulets rouges. Mais Cannes n'a plus que sa croisette et ses cagoles. Les palmarès et les sélections ne valent plus rien. Le reste c'est moins que moins que la merde que tous les Haïtiens sont en train de se chier les uns sur les autres, faute de mieux. Je crois que je hais Cannes, oui. Donner un prix à Haneke, c'est une offense à l'art.
Je ne dis pas que je suis toujours d'accord avec les palmares de la Berlinale ou de la Mostra mais il y a chez elles souvent une audace maîtrisée que j'apprécie à chaque fois à sa juste valeur. Bon, à Cannes en face, ils ont primé "Hunger" récemment et j'ai aimé "la chambre du fils". Ca ne rattrape pas tout l'autre merde à mes yeux, ça non, croyez-moi. Et tant pis pour Tarantino et Imamura. A Berlin ils ont surtout récompensé l'un des films de ma vie (peut-être LE film de ma vie) d'un ours d'or, ex aequo je vous l'accorde, mais ours d'or quand même. Et cet Ours d'or, je l'ai vu de mes yeux, au Japon, posé nonchalament sur un énorme tas de dessins, à savoir l'ensemble des dessins préparatoires nécessaires à l'élaboration du "Voyage de Chihiro". Et je pense que je n'oublierai jamais cette image précise de cet Ours qui n'avait rien à faire là, posé là avec détachement, ironie, fierté, humilité et un tout petit peu de prétention à la fois. J'ai été impressionné comme je l'ai été peu de fois par un musée (le musée Ghibli à Mitaka, au Japon, donc), et une exposition.
Je m'égare, pardon.
Alors que j'écris cet article je vérifie donc les palmarès qui confirment sinon mes propos au moins mon opinion tenace. Cannes ne vaut rien face à Berlin et encore moins face à Venise, dont je me rends compte que j'ai vu et aimé chaque Lion d'or depuis mon arrivée à Paris, et probablement quelques lions d'argent. Bon, ces derniers ont récompensé Lynch et Rohmer, que j'abhorre ostensiblement, mais ce n'est pas très grave. Ils ont aussi récompensé Miyazaki, ce que jamais ne feront les ratés de la Croisette. Quant à hononer Takahata, je pense que les cochons pourront voler, comme disent les Anglais.
Je sais pas vous, mais moi, je me verrais plutôt à Montreux, parce qu'un festival de jazz (auquel je ne connais presque rien) à la base qui invite Radiohead ne peut pas être un mauvais festival. Et ça me ferait sortir un peu de France. Ceci dit je dois sûrement me tromper, ça doit encore être trop "gros" pour moi. Comme Reading, par exemple ou d'autres festivals plus loin...
Rendez-moi mon festival des Nouvelles Images du Japon!
Par injektileur - Publié dans : regrets
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Mardi 26 janvier 2010 2 26 /01 /2010 19:46
rien
rien du tout à l'horizon sinon de sombres présages de silence
enfin sombres, je me comprend; ce n'est pas comme si quelqu'un allait mourir, non plus
le vide et le silence pesant, avec le temps qui se fige jusqu'à on ne sait quand
j'ai une telle haine de l'apitoiement sur soi-même et de l'autofiction que j'en viens à me demander si je ne suis pas encore plus masochiste que je ne l'avais imaginé en premier lieu
je me suis bien planté toutes ces années

j'ai la suite de mes histoires, évidemment
j'ai même plein d'idées d'articles autour
mais ce qui m'agitait encore un tout petit peu aux premiers jours de 2010 est en train de foutre le camp complètement
lentement
accélérant
l'envie est partie
le goût aussi
et c'est horrible à avouer, à expliquer pour les raisons dont j'ai déjà parlé
jamais ce blog n'aurait dû devenir ce qu'il est devenu depuis son ouverture il y a moins de 3 mois
seulement
je me voyais poster moins, et mieux, avec des réactions contrastées, des lecteurs (juste un peu) plus présents
je ne me voyais pas me justifier de choses dont tout le monde se branle à s'en faire péter le service trois-pièces
je ne me voyais pas autant sensible aux statistiques qui ont si peu à dire finalement
je ne me voyais pas m'astreindre à ce point à des règles ridicules que je me suis inculqué à moi-même et dont une fois encore tout le monde se fout éperdument

la connerie humaine ne connaît aucune limite, c'est un fait
la mienne non plus, par définition
mais si mon erreur a été de croire en moi au moment où j'ai appuyé sur le bouton, alors cette fois, cette fois j'aurai du mal à assumer ma faiblesse, ma paresse et ma prétention

je ne saurai vous dire le temps qu'il me reste, ici dans ces pages
je ne supporterai pas longtemps de vous tenir ce genre de discours pendant des jours ou des semaines
alors on sait jamais, soyez sages
et portez-vous bien malgré tout
Par injektileur - Publié dans : regrets
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Dimanche 24 janvier 2010 7 24 /01 /2010 18:08
Et voilà, avec le dimanche soir reviennent les premiers souvenirs de télévision, par exemple. Lucky Luke. Il y avait de quoi haïr Lucky Luke parce que son générique de fin si caractéristique indiquait aux enfants que oui, l'école allait reprendre le lendemain, et qu'on n'y pouvait rien. Oui, Lucky Luke était un salaud, dès 1984 si ma mémoire ne me fait pas défaut. Alors quand 20 après, en 2001, France 3 a lancé une nouvelle série, à la même heure, avec Antoine de Caunes qui prête sa voix au cowboy, j'ai hurlé au scandale! On veut faire subir à nos petits frères et à nos petites soeurs les affres de ce que nous avons subi nous-mêmes!
Comment osent-ils?
Bande de sadiques!
N'avez-vous pas honte?
Ne savez-vous pas qu'une grande partie des enfants déteste l'école, et donc, le dimanche soir?
Pourquoi le leur rappeler?
Hein? Dites-moi!

Après je me suis calmé en me disant que je devais bien être le seul, encore une fois, à penser à ces conneries. J'ai toujours adoré Rantanplan de toute façon, j'avoue.

Maintenant, la fin est proche, je le sens, comme tous les dimanches soir.
Et je regrette tellement toujours de ne pas avoir eu le courage de m'en rendre compte plus tôt.

Pardonnez-moi, pour tout. Pour l'incohérence de mes propos et des textes qui vont avec, pour mon laxisme, pour ma lenteur, pour mes perpétuelles envies de tout balancer très loin et de ne plus entendre parler de rien, pour ma méfiance voire ma haine vicérale de l'espèce humaine dans son ensemble.

Ce blog était mort-né d'emblée.

"I'm a poor lonesome blogger, I'm a long long way from homepage"
Par injektileur - Publié dans : regrets - Communauté : trop dure la vie....
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Mercredi 13 janvier 2010 3 13 /01 /2010 04:22
Comme il est toujours de bon ton de se lancer dans l'autofiction facile si on veut être lu(e) je vais m'y mettre, une fois de plus, de la façon la plus banale et misérable possible, pour ensuite élargir du mieux que je peux le champ au sujet plus général qui m'intéresse aujourd'hui, la jalousie.

Voyons, si je cherche ce qui m'a pris de vouloir parler de ça, je me retrouve à fouiller dans ma mémoire immédiate d'aujourd'hui pas forcément glorieuse. Alors comme effet de style facile, pour faire dans la distanciation pseudo-intello-foireuse-qui-se-prend-pas-pour-de-la-merde je vais parler à la troisième personne du singulier, et faire comme si c'était de la fiction, sans écrire en italique.

 Imaginez un mec, chômeur, seul, pas intéressant, qui depuis des mois dort toute la journée. Il n'a rien à faire. Il ne fait rien. Depuis quelques temps son ordinateur et internet sont sa seule vision du monde. Ce n'est pas un geek dans le sens qu'il n'y connait rien en informatique. Mais tout le reste, les moeurs, us et coutumes du web 2.0, la netiquette il maîtrise plus ou moins.

 Dans sa vie il n'y a rien. Plus rien. Absolument et tristement plus rien. Ou presque. Grâce à son blog des petits rayons de soleil ont un peu égayé tout ça. Il en a même rencontré un, ravissant, dont il préfère se moquer allègrement plutôt que d'avouer publiquement qu'il tient à lui.
Mais en dehors de son blog. Rien. Les sites communautaires et autres réseaux sociaux n'ont de communautaire et de social que le nom. Le mec, lui, se rend compte à quel point être seul veut dire exactement la même chose, IRL comme URL.

 Il y a une dizaine de jours, sur l'un de ces réseaux, une sorte de petit ange est apparu pour venir calmer les atermoiements égocentriques et misanthropes du mec. Rien de bien extraordinaire, la jeune fille se contente de le faire rire, de répondre aux messages qu'on lui envoit et de rire elle-même aux bêtises qu'on lui raconte. Elle tient aussi un blog malheureusement pas assez mis à jour où elle expose d'une très jolie façon ses vues sur les choses de la vie et de l'amour. En un mot comme en cent, mignonne en diable.

 Attention, n'allez pas croire des conneries fleur bleue qui pue. On ne la lui fait plus, depuis des années, à ce mec. Cette fille il ne connaît même pas son nom, il l'a à peine vue en photo et ne sait pas à quoi elle ressemble. Donc, non, n'allez pas croire des conneries. Il ne veut pas la rencontrer ou du moins essaye-t-il de s'en persuader. Il ne veut pas savoir qui elle est ou du moins se persuade-t-il de ne pas y penser. Il s'en contrefiche de ce qu'elle pense, de ce qu'elle vit ou de ce qu'elle ressent. Il s'en branle de la même façon qu'il se branle de l'ensemble de ce qui l'entoure depuis tellement longtemps qu'il n'en a même plus conscience, il n'en a même plus conscience de ce point précis où son indifférence de tout est tellement grande qu'il n'a plus l'envie ni la force de se demander comment il tient debout.

 N'empêche que. Elle est mignonne. Drôle. Et attentionnée. Attentionnée. Et drôle et c'est ça qui compte et c'est ça qui est terrible dans cette indifférence de merde qui vous cloue à votre lit d'emblée, cette indifférence de merde, face à vous et depuis vous, en sortie comme en arrivée.

 Un nouveau rayon de soleil fait irruption dans votre petit monde pourri, donc. Et vous n'en avez aucune, mais absolument aucune envie, comme vous n'avez aucune envie d'en parler dans un blog que si peu de monde lit, un blog comme tellement d'autres, juste un peu plus bancal car chargé de choses si amères ou bizarres qu'il en devient risible. Tout aussi risible qu'est l'idée qu'on se fait de sa propre valeur et de l'utilité même d'écrire des choses pour rien. À jamais pour rien.

 Le blabla n'intéresse pas ce mec, on ne la lui fait plus. Il croyait se connaître, il réalise qu'il ne se comprend pas. Et même comprendre qu'on ne comprend plus soi-même n'aide pas à se préserver de mouvements d'humeur et autres pensées grassement reptiliennes.

 Le mec a toujours été possessif, toujours. Il l'assume.

 Quand aujourd'hui son petit rayon de soleil explique, de façon objectivement adorable, combien elle est heureuse d'avoir déjeuné avec le jeune stagiaire "qui est trop beau", il se découvre jaloux. Et souffre. Bizarrement beaucoup.

 Il ne souffre pas tant de cette jalousie que du ridicule que cette jalousie implique, de son ineptie, de son amertume à gerber. Il a honte et se demande si tous les jaloux ont honte de ce qu'ils sont. Et il est triste, forcément. Ca oui, il est triste, et se hait d'une force qu'il n'avait encore jamais combattue. Le mec, il l'a lu, une fois, que la jalousie est la pire des souffrances morales. Et que, oui, les jalouses et les jaloux ne s'aiment pas. Litote. Dorénavant il pourra confirmer et parler d'expérience.

Je confirme, donc. La jalousie c'est la bombe atomique des sentiments affectifs. D'illustres auteurs l'ont maintes et maintes fois décrite mille fois mieux que moi. Bombe sale, peut-être. Il en reste toujours quelque chose qui vous fera crever un jour ou l'autre, avec souffrances.
Je n'ai jamais été un jaloux. Je n'ai jamais été un jaloux. Je n'ai jamais été un jaloux. Je le jure. Je le sais. Et je prie un dieu inexistant pour que cela ne change jamais.
Pourtant, de façon horrible, la Toile vient de balayer mes illusions. Oui, il est possible de changer, lentement, subreptiscement. Les gens changent, la solitude aidant...

j'ai failli mettre ce texte dans "insanités" mais je me suis dit que "regrets" conviendrait aussi, dans le sens où je m'en veux beaucoup par rapport à plein de choses sur le sujet.
Par injektileur - Publié dans : regrets - Communauté : trop dure la vie....
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