une zik une humeur

Lundi 30 janvier 2012 1 30 /01 /Jan /2012 02:22

Laissez-vous guider de peu. Si pour vous le rêve est absent il faudra que vous appreniez à accepter la part de celles et ceux chez qui il est omniprésent. Ne vous inquiétez pas les projets ne s'évaporent pas ils se transforment comme de la glace sur des plaques brûlantes, dans tous les états qui se perdent parfois avant de reconverger vers un point unique ; l'envie, et le besoin de bien faire qui lui est lié.

 

Ne pensez pas à cet autre besoin qui souvent gratte à la porte ; celui de reconnaissance. Superflu, luxueux, sombre, aride et ingrat. On écume les dissidences intérieures et on en extrait le plus éphémère. Toutes ces belles choses devenues hideuses une fois sorties de leur carcan, ces choses qu'on s'obstine à offrir au tout venant qui n'en a rien à battre.

 

Ne vous inquiétez pas. Ne vous agitez pas. Les raisons auront raison des coeurs. Les amours ternes resplendiront comme jamais sous le vernis des années. Les tenants s'accoupleront aux aboutissants. Il y aura même des enfants. Plus de laids que de charmants c'est un fait. C'est un fait avéré mais ne vous endormez pas non plus. La laideur constructive durera ce que le charme inné aura décidé de lui céder.

Alors profitons-en. Prenons ce qu'on nous donne, le peu autant que l'immense. Prenons notre temps. Prenons le temps. Nous l'avons.

 

 

 

 

 

 

(musique : Radiohead, "go slowly". Mis en ligne sur youtube par jeremy24ar)

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Samedi 23 juillet 2011 6 23 /07 /Juil /2011 05:55

 

 

 

 

 

Il y a ce que l'on ne saura ni faire ni construire. Encore moins maîtriser.

Arrêter de chercher à expliquer que la fatalité existe bel et bien, en parallèle de la malchance et de l'ignorance naïve.

Par exemple.

Immanquablement vous avez l'ingrat dans le coin, et le pusillanime à côté de lui, ceux-là qui se gaussent sur les essais foirés de l'autre à la vie tellement plus difficile.

Faire simple. Faire concret.

 

Sujet verbe complément thèse antithèse synthèse.

Par exemple.

 

"Hier, Paul, Emeline, Zinedine, Mamadou et Ling sont allés se promener dans les bois.

Sur le chemin Emeline a ramassé une pierre et l'a lancée sur Mamadou.

Le racisme, ce n'est pas bien.

Le racisme n'explique pas tout.

Le racisme vit en chacun de nous.

 

Combattons le racisme."

 

Ou quelque chose d'approchant...

Avec les erreurs utiles par exemple.

 

 

Faire simple et concret sans relâche et sans ambition. Rater sa vie avec panache. Dire je sans que ça intéresse le premier atteint ou la première concernée.

Par exemple. Il y a longtemps que "je" n'ai pas rêvé. Sens banal du terme. Et les rêves que "je" fais malgré tout sont sans commune mesure avec les idées de grandeurs qui "me" nourissaient à une époque.

 

Abandonner ces putains d'infinitifs.

 

"Je" ne pleure plus depuis des années. Et c'est tant mieux.

 

"Je" décrirais bien la pluie sur "ma" ville ou les rayons de soleil à travers les branches mouillées des arbres de "ma" forêt.

"Je" m'étalerais bien sur le temps qui n'en finit pas de "me" durer le long du dos.

"Je" disserterais avec plaisir sur la tuante incapacité au bonheur.


Mais vous le savez, le besoin manque, l'énergie fait défaut. La complainte explose.

 

"Je" ne mérite pas plus tout ça que le voisin d'en face. Pusillanime, ingrat, incompétent ou ignare.

 

Nos erreurs nous construisent, paraît-il. Reste à savoir si cela justifie de payer l'hypothèque toute une vie.

 

"Je" saurais de toute façon transmettre le peu de positif et d'humour qu'il "me" reste.

 

 

Ralentir un rythme déjà bien bien lent, quitte à se demander si on ne commencerait pas par hasard à reculer.

Détourner les yeux de l'horizon.

 

Abandonner ces putains d'infinitifs.

 

 

"Je" colmaterais mes regrets avec quelques détritus de beaux projets.

"Je" retraverserais les doutes de part en part pour qui sait finir ce que "j'ai" commencé.

Mais tout porte à croire que le trop tard a métastasé.

 

 

 

Descendre les échelons quatre à quatre. S'asseoir vieux avant l'âge en tailleur, mollement raide comme une pique, avec peine et fracas, et s'allonger enfin, les mains sous la nuque. Scruter l'au-dessus. Se complaire dans la monotonie, l'émerveillement et l'ordure.

 

 

 

 

 

Abandonner demain ces putains d'infinitifs.

 

 

 

 

 

(musique : "the unexclusive virus" de Kashiwa Daisuke. Mis en ligne sur youtube par modernary)

 

edit 26/8/11 : Personne ne m'a fait remarquer que j'avais confondu "indicatifs" et "infinitifs", J'ai corrigé moi-même, et je vous boude un peu. D'abord.

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Mardi 7 juin 2011 2 07 /06 /Juin /2011 04:43

 

 

 

 

Ces chansons viennent de terres souvent inhospitalières, aux hivers rigoureux. Des bouts du monde miniatures battus par les vents de toutes directions et la neige en collines. Plus au nord les bateaux s'aventurent avec peur.

Il fallait à la base que l'instrument devienne plus violent qu'ailleurs. Il fallait qu'il tourne comme les rafales. Il fallait qu'il se lève puis meurt avec les courants.

Bien sûr bien sûr il y a à l'origine une histoire tragique derrière tout ça, une légende, une fable. Il s'agit d'un chant pour les morts. Il s'agit d'un chant en hommage à un moine martyr.

Mais de mon côté j'en retiens avec empathie et nostalgie les éléments déchaînés. J'en garde la perfection formelle de régions reculées balayées par des bourrasques verticales en plaines et horizontales sur les flanc des montagnes. Ces paysages qui savent me réduire au silence. Cette terre que j'écoute pleurer avec fascination et qui me manque tellement.

 


 

 

 

(musique : "Tsugaru Jongara Bushi" interprété par Hanawa Chie, au Boozy Muse à Tokyo le 20/11/2009. Vidéo mise en ligne sur youtube par Roze523. Si ça vous intéresse, il y a tout un tas de versions disponibles de ce très célèbre morceau de shamisen.)

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Samedi 7 mai 2011 6 07 /05 /Mai /2011 14:55

 

 

 

 

Je me vois ici étendu ici sur mon grand lit comme pour dormir quand je m'étends dans ma position préférée, sur le ventre le genou droit remonté très haut. Mais si je suis étendu ici ce n'est pas que je dors mais plutôt que je suis mort. Je viens juste de mourir, sans éprouver la moindre douleur. Je viens juste de mourir et le temps se met progressivement à passer de plus en plus vite.

 

Depuis le plafond, plan fixe sur un corps à moitié nu. En bas à gauche de l'écran s'affiche un compteur avec la durée écoulée depuis le départ. Avec lui qui avance se décompose en parallèle le corps en question, déshumanisé. On y voit les détails de la peau qui change de couleur. Dehors le soleil va et vient à travers une fenêtre qu'on devine par ses carreaux. Parfois la lumière se fait grise comme le corps qui transparait en caméléonades. Parfois elle devient aussi noire que le jais des taches formées sur la chair abîmée par l'avant autant que l'après la fin. Les nuits sinon sont apparemment très courtes, spongieuses.

 

Il y a une étonnante part aléatoire dans la pourriture des éléments qui nous composent.

 

Le compteur poursuit sa route et emmène dans son élan les lambeaux de peau qui s'affaissent un à un avec les icebergs pour modèle, quand ceux-ci s'effrondent à plein pans pleins d'emphase dans l'océan glacé.

Et le parallèle est saisissant, entre l'eau qui se crée de manière immortelle, continue, permanente, et cette même eau qui quitte le vivant et d'autres os pour ne plus jamais y revenir, à ne laisser que le squelette de quelque être malchanceux parce qu'assoiffé d'inaccessible.

Cet être de silence desséché qui respire encore les derniers effrois.

 

Car j'imagine que mes calcifications ne pourront malheureusement pas parler à ma place.

 

 

 

(musique : Venetian Snares, Bebikukorica Nigiri. Mis en ligne sur youtube par daedalus8421)

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Jeudi 14 avril 2011 4 14 /04 /Avr /2011 06:56

 

 

 

 

Les cauchemars conscients sont une plaie. Celui-ci vous paraît très long et très réel. Les monstres accourent et dansent devant vous comme des brutes pensantes. Avec emphase et ridicule ils se moquent ouvertement. Leurs rythmes hésitants résistent à tout décompte. Ils gesticulent comme des damnés volontaires des rieurs gras. Ils tournent et dansent autour de vous et vous fixent de leurs yeux pervers. Vous ne savez pas combien ils sont. Vous ne savez plus compter, mais vous savez ce qu'ils cherchent. De l'action. Ce qu'ils cherchent, ce qu'ils veulent c'est de l'action. C'est du sang et des cris. Des larmes. Les vôtres cela va de soit. Ils sont sans pitié. Ils vitupèrent et exultent en choeur. Puis vous laissent soudain à votre souffrance.

 

 

Vous arrivez enfin à vous réveiller. Vous vous trouvez probablement plus dans une forêt sombre qu'au milieu de l'océan. Le feu brûle doucement et se perd à éclairer le camp. Il ne reste que vous. Cela vous semble une éternité que vous êtes parti vers des cieux meilleurs. Tous vos camarades sont tombés un à un et vous ne savez plus compter. Vous étiez parti avec eux par nécessité mais aussi par goût de l'aventure et du risque. Par curiosité. Mais vous vous êtes retrouvé seul. La maladie, les dangers et les meurtres ont eu raison de tous. Il ne reste donc que vous et vos monstres dans vos cauchemars de forêts. La nuit est tombée depuis des heures et le soleil se laisse grandement désirer.

 

Vous aussi vous cherchiez l'action. Mais le sang et les larmes ont eu raison de votre esprit. Les cris de vos pairs y résonnent sans fin alors que vous vous rendormez par défaut, l'épuisement psychique en gage. Vous avez la fatigue en vous depuis votre naissance. Vous ne savez plus compter, mais la vérité est que vous n'en avez jamais réellement eu envie.


 

Et les monstres de réapparaître. Moins nombreux mais plus grands. Plus vicieux et cyniques. Presque plus majestueux. Dirigistes et cyniques. Eux savent où vous mener. Eux savent compter les actions et les désillusions, les faux rêves de grandeurs. Et ils en rient comme les bossus qu'ils sont. Ils vous sont supérieurs en tout. Ils savent compter. Ils savent agir et danser. Dessiner. Ils savent couper court aux ambitions. Claquer les portes. Ils savent vivre, rire et jouir du malheur des pauvres hères dont vous feignez ne pas faire partie.

 

 


(musique : Bartok, quatuor à cordes no 4, Sz 91, dernier mouvement. Interprété par le quatuor Alban Berg.)

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